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CHAPITRE II

l’arabie avant l’islam 71

Mais ce que, au point de vue de l’exégèse mahométane, on voudrait surtout savoir, c’est si, à côté des moines chrétiens proprement dits, il n’y avait pas alors, en marge du christianisme, certains ermites d’un caractère plus indépendant, qui prenaient des libertés avec la doctrine, et essayaient de se rapprocher un peu soit du pur déisme, soit des nouvelles conceptions islamiques. Il semble bien qu’il y en a eu. Un testament de Mahomet à Ali, publié par M. Reinhard (1), doit provenir d’un de ces ascètes un peu mixtes, chrétiens pour le fond, mais qui se permettaient des compromis avec la religion des hanîf ou avec celle des musulmans. Le moine Bahira est, d’après sa légende, un esprit de ce genre. Il essaie de diriger l’apostolat de Mahomet, tout en prétendant rester chrétien.

Ce Bahîra, sur lequel il existe une longue légende en arabe, dont j’ai autrefois donné une analyse dans la Revue de V Orient Chrétien (2), était un moine visionnaire, originaire d’Antioche. A cette époque, le monachisme était très florissant dans le voisinage d’Antioche et dans la Syrie du Nord. Bahîra quitta sa région et s’enfonça dans le désert du Sinaï, pour y baiser les

1. Angiolello, Buenos-Aires, s. d., pp. 2-17. Ce document est une trad. italienne, en dialecte vénitien.

2. La légende de Bahîra ou un moine chrétien auteur du Coran, Paris.

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traces des saints et s’y faire bénir par les moines. En redescendant de la montagne du Sinaï, il eut une longue vision apocalyptique, dans laquelle il vit quantité de bêtes fantastiques et symboliques, une partie du ciel, une partie des enfers, etc. C’est un précurseur de Dante, comme il y en eut pas mal en Orient. Il commença à prêcher et se fit chasser par les évêques. Il alla en pays arabe, chez les Arabes idolâtres, et acquit sur eux une certaine influence. « Il les entretenait souvent, dit la légende, de leur père Ismaël, l’auteur de leur race, et il leur récitait les prophéties bibliques les concernant. »

Un jour passa près de son ermitage une troupe d’Arabes, conduite par un jeune homme à l’air intelligent et noble : c’était Mahomet. Il reconnut en lui les signes de la prophétie et il entreprit de lui faire son éducation et mieux encore que cela : « Comment me croira- t-on, lui demandait Mahomet, quand je prêcherai ? Je n’ai pas de livre. — C’est bien simple, répondit Bahîra, je t’en ferai un. Tu viendras me trouver la nuit, tu prêcheras le jour. Toutes les questions que l’on te posera, tu me les soumettras et tu diras que c’est l’ange Gabriel qui t’a inspiré ta doctrine. »

Ainsi, d’après cette légende, le Coran serait en réalité l’œuvre d’un moine chrétien un peu irrégulier, un peu « à côté », et d’un caractère

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