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CHAPITRE III

VIE DE MAHOMET

tristes s’étendent en ce temps-là comme de nos jours, bordés par des montagnes nues aux nuances jaune sale, brun pâle ou bleu terne. En avançant vers le Nord, du côté de Médine, ces montagnes se revêtent d’une végétation clairsemée de petits arbres de tall, dont les Arabes pauvres mangent les feuilles. Puis ce sont des régions volcaniques où le désert prend des aspects de lave noire ou de pouzzolane rouge. Les montagnes tachées par le bleu des basaltes, le blanc des grès, l’argent du talc, le pourpre du porphyre, ont de longs profils cassés et martelés et élèvent dans les airs des cratères noircis. L’eau, dans des siècles lointains, a coulé à leur pied et évidé la base des collines de grès. Mais depuis lors l’eau a fui ce sol. On ne la trouve plus que dans les rares sources qu’abritent les palmiers, au fond des puits ouverts sur le chemin des caravanes, ou dans des citernes naturelles que forment des roches imperméables. Le désert, arrosé seulement par les pluies rares, porte de maigres pâturages ; des moutons s’y nourrissent d’herbes jaunes aux fleurs violacées; les chameaux y broutent les feuilles des arbres nains, et l’on y voit passer, rapides, les autruches et les antilopes.

Ces régions ont été autrefois habitées par des peuples dont l’histoire, au temps de Mahomet, est à peu près oubliée. Il reste d’eux

LES PENSEURS DE L’iSLAM

des traces : des murs ruinés, des fortins éventrés, construits autour des sources par des tribus qui ont voulu en interdire l’accès à des tribus voisines, des graffiti sur les rochers le long des routes, des chambres sépulcrales groupées en nécropoles, dont les parois portent des inscriptions. Nous savons aujourd’hui que là vécurent des Nabatéens et d’autres peuples plus obscurs. Mais les Arabes du vne siècle ne peuvent pas lire ces écritures, et ils imaginent que ces châteaux et ces chambres ont été les demeures de races géantes disparues dans des cataclysmes ; légende au reste bien puérile, car ces tombes, dont la tradition arabe et coranique a fait des palais de géants, sont si basses que, nous autres, nous nous y écraserions le front.

A l’époque de Mahomet, des tribus arabes, sédentaires ou nomades, habitent ces contrées. Les nomades campent près des eaux dans les pâturages. Les sédentaires ont des villages aux maisons de boue, recouvertes avec les dalles naturelles que forme la lave. Parmi ces tribus quelques-unes sont chrétiennes. Les Juifs sont nombreux à Médine même (1) et dans les bourgs

1. Le christianisme était principalement professé à Médine par la tribu d’Iyad, très importante tribu arabe, qui avait été autrefois en guerre avec la Perse, et qui avait eu à La Mecque la garde de la Ka'bah. La résistance des Chrétiens d’Arabie à l’Islam fut faible. Il faut aller jusqu’en Mésopotamie pour rencontrer dans les Taglibites une tribu arabe chrétienne, dont la résistance à l’islamisation fît honneur à sa foi.

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