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CHAPITRE III

VIE DE MAHOMET

et les campagnes qui l’environnent ; ils ont des maisons fortes, d’assez grandes richesses, et leur influence est considérable.

Au Sud de La Mecque s’étend la région de l’Yémen, l’Arabie heureuse, la terre du baume et des parfums. C’est de là que la reine de Saba envoya des présents à Salomon, dont la gloire avait traversé les déserts, de là aussi que, dans un autre âge, Lady Macbeth tira tous ces parfums qui ne purent pas laver sa petite main. Mais, à côté de ses légendes, cette terre a son histoire. Les Sabéens et les Minéens y ont eu des royaumes riches, florissants, en relation avec l’Egypte. Ils ont laissé des inscriptions que nous lisons maintenant, mais que les Arabes ne lisaient pas; Quelques siècles avant Mahomet, les habitants de cette région avaient été convertis au christianisme. Ils avaient été gouvernés par une dynastie chrétienne de princes abyssins, puis conquis par les Perses, qui étaient encore les maîtres de la contrée au temps de la naissance de l’Islam. Les officiers perses suivaient la religion de Zoroastre ; mais leur influence morale était faible, et les religions dominantes dans l’Yémen étaient encore le paganisme et le christianisme.

A La, Mecque, le paganisme était dans son plein épanouissement. Le peuple mecquois était un peuple bien doué, laborieux, guerrier et corn-

LES PENSEURS DE L’iSLAM

merçant. Ses caravanes allaient jusqu’en Syrie vendre les produits de l’Arabie, les laines, les gommes, les dattes, les palmes, les herbes aromatiques, et elles rapportaient à La Mecque les farines, les tissus et les vins de Syrie. Les populations des campagnes vivaient sous la tente ou dans des maisons en pisé, fixant leurs demeures près des eaux. Elles s’occupaient à paître les moutons, à soigner les chevaux, à traire les chamelles, à faire fermenter le jus des dattes. De temps en temps elles se donnaient le plaisir des batailles ; c’était pour le butin ou c’était pour la gloire. Peut-être on avait faim ou soif : l’eau avait tari, la récolte avait manqué, une épidémie avait décimé les troupeaux ; il fallait alors prendre l’eau des voisins, faire une razzia sur leurs bestiaux. Peutêtre aussi la tribu avait été outragée dans la personne d’un de ses chefs ou d’un de ses clients ou d’une de ses matrones ; ou bien un poète avait lancé contre elle un distique satirique que les caravanes allaient colporter dans tout le désert, et elle allait être marquée d’un stigmate de honte qu’il était nécessaire de laver dans le sang.

De là naissaient des vendettas sans fin ; et entre ces tribus et entre ces clans, des alliances se nouaient et se rompaient, des divisions et des fusions s’opéraient continûment. Des clans

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