CHAPITRE PREMIER. — LA PERSE AVANT L’iSLAM
était, il est vrai, surtout chrétienne. Auparavant, le grec avait été cultivé à l’université d’Edesse, dite « Ecole des Perses ». — « Des ruines de l’Ecole d’Edesse, a écrit Renan (1), sortirent les écoles de Nisibe et de Gandisapor (Djondisâbour) qui durent principalement leur splendeur aux Chrétiens nestoriens. Ces écoles étaient adaptées aux études grecques. L’académie de Djondisâbour se vantait d’être hippocratique, et fut le berceau de toute la médecine en Orient... C’est surtout au temps de Chosroës le Grand que la Perse devint le refuge du génie grec. Qui ne sait que la cour du roi « barbare » devint l’asile des philosophes qui fuyaient devant la persécution de Justinien. Le roi lui-même se plaisait à ces études. Il voulait être dit Platonicien et, comme le rapporte Agathius, il se fit traduire en persan des écrits grecs ; on dit qu’il s’était assimilé Aristote mieux que Démosthène n’avait fait pour Thucydide ; et il connaissait si bien la philosophie de Platon, qu’aucune des difficultés du Timée ne lui échappait, non plus qu’aucune des élégances du Phédon, du Gorgias, ou d’un dialogue aussi profond que le Parme nide. »
1. E. Renan, De philosophia peripatetica apud Syros, thèse Paris, 1852, p. 17 ; — et V. Schulze, Disputatio de Gundisapora, dans les Commentaria Soc. scient. Petropol., t. XII.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
Ce roi dispute à Khosrau Eperwîz l’honneur d’avoir bâti le célèbre palais de Médaïn, l’Eïvan Kesra. Les uns l’attribuent à Eperwîz; les autres, et cette opinion est la plus répandue en Perse, à Anochirwan. Ce monument était, dit un musulman, en brique et en ciment; l’élévation de sa voûte était d’environ 70 coudées (35 mètres). « Sur le portique, selon Jâkout, on avait représenté la ville d’Antioche et le Chosroës Anochirwan s’entretenant avec les habitants. » D’après une légende très répandue dans l’Islam, une partie de ce palais s’écroula le jour de la naissance de Mahomet.
En religion, Anochirwan était, comme on sait, mazdéen. Il extermina, au début de son règne, la secte des Mazdakites, secte communiste et fort dangereuse. Mazdak (1) était une sorte de manichéen qui avait paru sous Kobad et séduit le peuple par ses innovations. Il interprétait Y Av esta en lui donnant un sens caché très différent du sens extérieur. Anochirwan le mit à mort avec ses partisans au nombre de 80.000, entre Djâzir et le Nehrewan dans Y Irak ; il rétablit ensuite le culte du feu et proscrivit les discussions et les controverses religieuses. Des écrivains ont accusé ce roi d’avoir persécuté les chrétiens ; mais M. Kershasp, dans son livre
1. L’affaire de Mazdak est longuement racontée dans le F ars-N âmeh, pp. 86, 89.