CHAPITRE PREMIER
LA PERSE AVANT L’iSLAM 9
sur l’ancienne Perse (1), repousse avec d’assez bons arguments cette accusation.
En somme, ce fut un fort beau règne, et le surnom de Juste donné à ce prince, qu’on place dans la bouche de Mahomet lui-même, bien que Mahomet n’aimât pas les Persans, paraît avoir été dignement mérité.
Le Prince qui succéda à Anochirwan, son fils Hormuzd, a passé aux yeux des historiens pour cruel et mauvais. Il est pourtant intéressant, car il fit de la politique démocratique et presque socialiste, qui lui réussit d’ailleurs fort mal. Anochirwan avait gouverné en s’appuyant sur les grands. Hormuzd, au contraire, s’appuya sur le peuple, et traita les grands avec dureté, en sorte qu’il s’attira leur haine. La Perse est un pays très digne d’être étudié au point de vue social. Elle eut d’une part une aristocratie brillante et un vif sentiment aristocratique ; beaucoup d’usages, de jeux, d’insignes, qui ont été à la mode dans la noblesse occidentale, comme les usages relatifs aux demeures nobles, aux
1. P. Kershasp, Studies in ancient persian history, très bonne étude de critique et de philosophie historique, Londres, 1905, p. 160. Tout le chap. VI (pp. 120- 165) est consacré à Anochirwan.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
grandes chasses, au blason, aux sports, sont venus de Perse ; et par contre la Perse a été aussi anciennement un pays de socialisme. Il s’y est produit à différentes époques des mouvements socialistes. Telles furent, naguère, la fondation des sectes de Manès, de Mazdak, des Ismaéliens, à l’époque moderne, celle du Babisme. Le roi Hormuzd eut sincèrement, semble-t-il, des tendances socialisantes ; ainsi il punit très sévèrement ses grands officiers qui, lors des étapes, commettaient des dégâts dans les jardins ou dans les champs. Il fit couper les oreilles et la queue au cheval de son propre fils Chosrau, parce qu’il avait abîmé un champ de blé ; punition très mortifiante pour un prince, et qui fut aggravée encore par le paiement d’une somme d’argent. Il prenait grand soin des troupes et tenait les chevaliers et officiers très serrés. Il fit incarcérer et exécuter, dit-on, 13.600 grands personnages, nobles, savants ou prêtres. Avec cela, il se montra libéral à l’égai d des Chrétiens, et fit à un gouverneur qui voulait les persécuter, cette belle réponse : « De même que notre trône ne peut se soutenir seulement sur ses deux pieds de devant, et qu’il a besoin de ses supports d’arrière, de même notre royaume ne peut subsister en sûreté si les Chrétiens et les adhérents des autres religions, qui ne sont pas de notre foi, sont amenés à se tourner contre nous. Renoncez