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CHAPITRE III

VIE DE MAHOMET

cria : « Prêche (1). — Je ne peux pas prêcher », répondit Mahomet. — « Prêche », reprit l’esprit avec plus de force, et, Mahomet résistant encore, l’esprit, dans une dernière violence, lui appliqua au cœur des versets dont le sens était : « Dieu est Dieu unique et tu es son prophète. » Mahomet se releva saisi d’effroi, tous les détails de cette lutte restant présents à sa mémoire. Il s’enfuit de ce lieu et alla déposer ses terreurs dans le sein de Khadîdjah.

Crut-il dès lors à sa mission ? On en peut douter. Il lutta encore, il passa par d’amères détresses. Il désira se tuer en se jetant du haut des rocs de la montagne. Mais l’esprit le tenait ; il n’était plus libre. Les atteintes de l’esprit se multipliaient. Chaque jour, en un lieu quelconque, dans sa maison ou sur les montagnes, cette puissance étrange le terrassait, le forçait à parler, lui donnait des paroles. Dans ces crises, Mahomet tombait comme pris de vertige, la tête renversée, les yeux enflammés, l’écume à la bouche et baigné de sueur. Il avait déjà eu, étant tout enfant, un accident semblable ; il était tombé des bras de sa nourrice, et il faut croire que ce petit fait avait laissé quelques

1. « Prêche ». C’est ainsi qu’on recommandait naguère de traduire le mot iqra de la Sourate XCVI, 1-3. On verra au chap. V que nous en sommes revenus au sens de lecture liturgique.

LES PENSEURS DE L’iSLAM

souvenirs, car il éprouva plus tard le besoin de l’expliquer par une légende qu’on dirait empruntée à l’une de nos mystiques : il raconta qu’en ce moment, tandis que les convulsions le tordaient sur l’herbe, deux anges blancs s’étaient approchés de lui, lui avaient extrait le cœur de la poitrine et l’y avaient remis après l’avoir lavé. Quel que soit le diagnostic que l’on puisse tirer de ces traditions, il demeure certain (1) que Mahomet reçut ses premières révélations dans les accès d’une névrose plus ou moins voisine de l’épilepsie.

Il commença à les réciter dans les maisons, dans des cercles d’amis ; puis, poussé par l’esprit, il alla prêcher dans les marchés. Sa doctrine alors était simple, son enthousiasme était véhément. Dans de petits morceaux, coupés en versets très courts, où la vigueur du style s’alliait à la splendeur de l’expression, il prêchait l’unité de Dieu et sa toute-puissance, la nécessité d’y croire, le devoir de la bienfaisance, la beauté des demeures célestes, les terreurs du jugement, les horreurs de l’enfer. Il jurait de la vérité de sa mission. Il jurait par le ciel et les étoiles des nuits, par le soleil et l’éclat du jour, le matin et le poméridien, les aurores et les

1. Cette certitude est maintenant rentrée dans l’ombre qui enveloppe toute la première période de la vie de Mahomet. V. au chap. suiv.

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