CHAPITRE III
VIE DE MAHOMET
parvenait point à comprendre : « Non, en vérité, s’écriait-il un jour en parlant de Jésus, Dieu ne peut pas avoir de fils ; Dieu ne peut pas engendrer. Lorsqu’il veut qu’une chose soit, il dit seulement : Sois ! et elle est. » L’opinion que la Trinité est un dogme polythéiste a persisté jusqu’à nos jours dans l’islam. Elle est un indice très remarquable de cette disposition d’esprit que l’on a appelée le simplisme, et en allemand die Einseitigkeit des races sémitiques.
Mahomet perdit Khadîdjah dans la dixième année de sa mission. Il perdit vers le même temps son oncle Abou Talib qui l’avait protégé. Il se trouva à partir de ce moment en butte à une hostilité croissante de la part des Mecquois. A Médine au contraire il recueillait des sympathies. Les Médinois, travaillés par les influences juives, étaient mieux préparés que les Mecquois à le comprendre. Quelques habitants de cette ville vinrent le trouver secrètement et lui jurèrent fidélité jusqu’à la mort. Les Koréïchites ayant eu connaissance de la chose en furent violemment irrités. Ils formèrent le projet de se saisir de sa personne. Mahomet résolut alors de quitter La Mecque et, avec tous ses partisans, il émigra à Médine. C’est de ce jour que date l’essor de sa fortune et celui de l’Islam. Aussi les musulmans le choisirent-ils eux-mêmes quel-
ques années plus tard, pour origine de leur ère, qu’ils appelèrent l’ère de l’hégire, c’est-à-dire de l’émigration.
La petite communauté musulmane, en s’installant à Médine, prenait l’apparence d’un embryon d’état. Il restait à l’organiser, à compléter sa doctrine, à lui donner des lois. Mais aussi, pour qu’elle pût se défendre et s’accroître, il faudrait lui donner des armes. La guerre se présentait comme devant être désormais l’une de ses fonctions vitales ; l’islamisme allait devenir une religion armée ; il allait enfin être lui-même.
Les guerres de l’islamisme commencèrent quelques jours après l’arrivée de Mahomet à Médine. Il ne faut pas se représenter ces premiers engagements qui suivirent l’hégire, autrement que comme des escarmouches entre tribus. L’objectif des musulmans était de couper la route de la Syrie aux caravanes des Koréïchites, et en même temps de s’emparer de leurs marchandises. Mahomet formait un escadron de 30 ou 50 hommes, attachait son étendard à la lance du chef, et l’envoyait attendre auprès d’un puits, à quelques jours de marche de Médine, le passage de la caravane. L’escadron s’embusquait aux abords de l’eau, tandis que quelques hommes