CHAPITRE III
VIE DE MAHOMET
conduit par un chef Médinois ami des Juifs, fit tout d’abord défection. L’élan de la petite troupe musulmane fut cependant irrésistible ; les Koréïchites virent leur idole tomber à terre. Ils se retranchèrent derrière leurs bagages, et leurs femmes allèrent s’asseoir sur les collines, attendant qu’on les fît prisonnières. Mais les musulmans ayant imprudemment attaqué les Koréïchites dans leur camp, ceux-ci les chargèrent avec vigueur et les repoussèrent jusqu’au centre du champ de bataille. Beaucoup de musulmans effrayés s’abritèrent. Mahomet resta au milieu des plus braves, priant et les exhortant, leur promettant le paradis. Plusieurs tombèrent. Lui-même fut atteint de plusieurs coups, renversé de cheval et blessé à la bouche. Les Koréïchites devinrent maîtres de tout le champ de bataille. Leurs femmes y descendirent pour voir les Musulmans morts. La farouche Hind, la femme d’Abou Sofian, leur trancha de sa main le nez et les oreilles. Elle fit ouvrir le corps de l’un d’eux qui avait été le meurtrier de son père à la journée de Bedr, et elle lui mâcha le foie. Les deux partis passèrent la nuit dans leurs camps. Le lendemain, ils pensèrent à recommencer le combat ; mais, se sentant las, ils convinrent de se rencontrer l’année suivante auprès des puits de Bedr, et ils se séparèrent.
La rencontre projetée pour l’année qui suivit
LES PENSEURS DE L’iSLAM
la journée d’Ohod n’eut pas lieu. Mais deux ans après cette bataille, une ligue se forma contre les musulmans dont le prestige et la force s’étaient beaucoup accrus, et qui devenaient menaçants pour toute la région de Médine. Cette coalition comprenait les Koréïchites, des tribus juives qui, après l’affaire de Bedr, s’étaient déclarées hostiles aux musulmans, et diverses tribus arabes païennes ou chrétiennes. L’armée des coalisés s’avança contre Médine. Mahomet n’avait pas d’assez grandes forces à lui opposer, et la communauté musulmane fut dans une extrême angoisse. L’ingéniosité d’un persan la sauva. Cet homme conseilla à Mahomet de creuser devant Médine un long fossé contre lequel se briserait l’élan des assaillants (1). Son plan fut exécuté. Les coalisés, arrêtés par le fossé, demeurèrent en ligne devant, n’osant prononcer d’attaque ; les musulmans restèrent derrière, n’osant risquer de sortie. Après que cette expectative eut duré quatre ou cinq semaines, plusieurs des tribus coalisées retournèrent dans leurs pâturages. Les autres attaquèrent les musulmans et furent battues.
Après les grandes affaires de Bedr, d’Ohod et du Fossé, l’activité guerrière des musulmans
1. Première manifestation de l’art de l’ingénieur militaire dans l’Islam, une fortification semi-permanente. On voit que l’origine en serait persane.