‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 58 sur 235 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

VIE DE MAHOMET

ne fit que croître. Elle se dépensa en une quantité de petites expéditions, que Mahomet dirigea en personne ou envoya sous le commandement de ses lieutenants, contre diverses tribus arabes ou juives. Ayant été constamment vainqueur dans tous ces combats, il vit enfin sa suprématie établie sur toute la région de Médine.

Pendant que l’islamisme devenait ainsi une puissance militaire, il continuait à se développer en tant que religion. Chaque circonstance nouvelle où se trouvait la communauté déterminait une intervention de l’esprit et la révélation de quelques versets ou d’un chapitre entier du Coran. Il y a lieu de croire que Mahomet n’était plus sujet alors aux accidents nerveux qui avaient été si violents dans les débuts de sa vie prophétique ; la plupart de ses révélations devaient maintenant être fictives. Néanmoins il tenait à demeurer toujours, au moins en apparence, sous l’action de cette force mystérieuse que, à La Mecque, il avait appelée l’Esprit Saint, et qu’il appelait à Médine l’ange Djibrîl ou Gabriel. Ce même esprit continuait à être Fauteur de tous les préceptes religieux ou législatifs qui venaient s’ajouter au Coran.

Avant de mettre le pied dans Médine, Mahomet avait construit la première mosquée, dans la petite localité deKoba. Le mihrâb, c’est-à-dire le

LES PENSEURS DE L’iSLAM

fond de l’abside, en était tourné vers le temple de Jérusalem. Après l’affaire de Bedr, l’inimitié des Juifs contre les Musulmans étant devenue manifeste, Mahomet avait voulu effacer de sa liturgie ce qui paraissait être une flatterie à l’égard du judaïsme, et un jour qu’il présidait la prière, il s’était retourné entre deux génuflexions, de la direction de Jérusalem vers celle de La Mecque. C’est depuis cet instant que tous les Musulmans se tournent pour prier, vers la sainte Kabah de La Mecque.

Vers le même temps Mahomet achevait de fixer le rituel de la prière quotidienne, divisée en cinq offices répartis de l’aurore à la nuit ; il donnait les règles des ablutions qui doivent précéder ces offices ; il établissait les lois du jeûne dans le mois de Ramadan ; et il instituait l’appel à la prière d’après un songe, dit-on, qu’avait eu l’un de ses compagnons. Ce rite singulier qui substituait les minarets aux clochers (1) et la voix grêle mais pénétrante de l’homme, au tintement et au fracas du bronze, est l’un de ceux qui expriment le mieux la poétique grandeur et la simplicité du dogme musulman.

1. Je laisse cette phrase qui fait bien littérairement, quoiqu’elle soit inexacte. L’usage des grosses cloches ne se répandit qu’à partir du XIIe siècle. Les églises ou monastères faisaient usage alors de crécelles ou de claquoirs de bois, ou peut-être aussi de timbres et de clochettes. (V. ci-après.)

Page 1