CHAPITRE PREMIER
LA PERSE AVANT L’iSLAM 11
donc à ies persécuter, afin que les Chrétiens et les croyants des autres fois aient lieu de vous louer et se sentent attirés à la vôtre. »
Sous ce règne, la Perse fut attaquée de tous côtés. Bien que Hormuzd fût fils d’une princesse turque, le grand Khan des Turcs, son cousin, envahit la Perse avec 300.000 guerriers et pénétra jusqu’à Hérat ; l’empereur grec entra dans le royaume du côté du désert de Syrie, avec une armée de 80.000 hommes. Les peuples de la Caspienne, les Khazars, y pénétrèrent par le Nord-Ouest et les Arabes par le Sud. 11 était difficile à la Perse de se défendre contre tant d’ennemis. Les Turcs étaient alors les plus insolents. Un héros persan du nom deBahrâmDjoubin fut envoyé contre eux ; il les approcha à marches forcées et, après divers combats, tua lui-même d’un coup de, flèche le grand Khan des Turcs ; cet exploit est resté célèbre. Puis Bahram fit prisonnier le fils du Khan et l’envoya à Hormuzd avec un énorme butin. On rapporte que le butin se montait, en or, vases, pierres précieuses, armes et ustensiles divers, à 250.000 charges de chameaux.
Il est à remarquer que les Turcs, qui n’apparaissent dans l’histoire musulmane qu’environ trois cents ans plus tard, étaient alors une nation importante, puisqu’ils pouvaient mettre en ligne 300.000 hommes et possédaient de telles riches-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
ses. Leur vainqueur, Bahrâm Djoubin, se méfiant de l’ingratitude du roi, le fit déposer par ses troupes. Cette révolution trouva de l’écho dans la capitale. Les grands, qui haïssaient Hormuzd, le déclarèrent déchu et lui crevèrent les yeux.
Une lutte intestine suivit entre Choroës Perwîz (ou Chosrau Eperwîz), le fils du roi déchu, et le général Bahrâm. Perwîz eut d’abord le dessous. Ce prince tua de sa main trois affidés turcs que son rival avait envoyés pour l’assassiner, puis il revint à Ctésiphon trouver son père aveugle pour lui demander conseil. Hormuzd lui conseilla d’aller voir l’empereur grec Maurice, ce qu’il fit. L’empereur le reçut favorablement et lui donna en mariage sa fille Marie, princesse très estimée.
On a de longs détails, et assez romanesques, sur ces débuts de Perwîz, sa lutte contre Bahrâm, ses rapports avec les Grecs. Surpris un moment par la cavalerie de son rival, il fut sauvé par un de ses compagnons qui revêtit son armure, et il alla se cacher dans la montagne. Au milieu de ces aventures se place le parricide. Après la visite qu’il fit à son père aveugle, les compagnons de Perwîz lui demandèrent la permission d’en finir avec lui ; et comme le prince ne répondait rien, ils retournèrent auprès du roi déchu et l’étranglèrent.