‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 60 sur 235 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

VIE DE MAHOMET

en état de porter les armes, au nombre de sept cents, et on emmena en captivité les femmes et les enfants. Par contre d’autres tribus juives sortirent de leurs châteaux avec les honneurs de la guerre, emportant une partie de leurs biens. Le Prophète blâma un de ses lieutenants qui avait mis le feu à des jungles où des infidèles s’étaient réfugiés. Il était considéré de même comme un acte peu louable de couper les palmiers d’une tribu ennemie. Un soldat musulman en expédition ne devait pas oublier qu’il pouvait être aussi un missionnaire. Sa méthode d’apostolat était celle qui est restée depuis en honneur aux yeux des puissances mahométanes : il menaçait l’infidèle de son glaive en lui disant : « Rends témoignage de l’unité de Dieu, ou tu es mort. » Si l’infidèle donnait le témoignage qu’on requérait de lui, il était défendu de conserver aucun doute sur sa sincérité.

La puissance de Mahomet six ans après l’hégire était devenue considérable. Le Prophète osa s’avancer jusqu’aux portes de La Mecque dans le désir de visiter la Kabah. On ne le lui permit point encore. Mais il passa un traité avec les Koréïchites d’après lequel il lui serait permis d’accomplir le pèlerinage l'année suivante, pacifiquement selon ses vœux. Il revint à Médine et il acheva de réduire les Juifs qui, depuis cinq

LES PENSEURS DE L’iSLAM

ans, lui opposaient une résistance acharnée. Il les assiégea dans leurs derniers châteaux ; la plupart ne se rendirent qu' après une défense opiniâtre ; d’autres demandèrent la paix. Il laissa à ceux-ci leurs terres en exigeant d’eux un tribut. Il expulsa les autres de la péninsule arabique. Ces vaincus firent preuve d’une grande force d’âme. Ils partirent pour l’exil comme pour une fête. Ils sortirent des châteaux en brillant appareil. Leurs vieillards devant eux portaient les écritures ; leurs femmes, parées de bijoux d’or, de voiles chamarrés et de robes au safran, marchaient et dansaient au son des tambourins. Ils passèrent devant les armées musulmanes, puis s’enfoncèrent dans le désert en de très longs exodes, pour remonter vers la Syrie.

Lorsque le Prophète se vit souverain de Médine et traité comme tel à La Mecque, il détourna un instant ses regards de l’Arabie et les reporta sur les contrées voisines. Ayant pris un sceau sur lequel il fit graver : « Mahomet envoyé de Dieu », il écrivit au roi de Perse, à l’empereur des Grecs, au gouverneur d’Egypte, au négus d’Abyssinie et à d’autres princes, pour les inviter à embrasser sa foi. C’était une notification officielle de la naissance de l’islamisme ; elle fut accueillie avec mépris par ces puissances qui, presque toutes, bientôt allaient s’effondrer sous ses armes.

Page 1