CHAPITRE III. - VIE DE MAHOMET
L’époque vint, dans la septième année de l’hégire, où Mahomet devait accomplir le pèlerinage de La Mecque, selon le traité passé avec les Koréïchites. La ville sainte des Arabes lui ouvrit ses portes. Il y rentra une première fois en prophète, et y passa trois jours occupé seulement d’actes religieux. L’année suivante, son prestige et sa force s’étant encore accrus, il revint devant La Mecque à la tête de dix mille musulmans. La ville ne fit point de résistance. Il y rentra pour la seconde fois en conquérant, et, après avoir satisfait à quelques vengeances, il y établit l’ Islam dans son centre.
Le sacré sanctuaire de la Kabah, dans le mur duquel était encastrée la pierre noire, était vénéré par les Arabes de temps immémorial. Les polythéistes y avaient placé des idoles, et la pierre noire elle-même, bolide tombé jadis près de La Mecque, n’était autre chose qu’un fétiche. Mahomet n’avait jamais cherché à enlever à La Mecque sa fonction de centre politique et religieux. S’il avait pensé à orienter vers Jérusalem les aspirations pieuses de ses partisans, il avait été, comme nous l’avons vu, bientôt amené à changer ce dessein. Mais il avait fort habilement tissu, autour de La Mecque et de son temple, une série de légendes capables de justifier leur consécration comme ville sainte ou comme sanctuaire de l’Islam. La Mecque, c’avait été,
LES PENSEURS DE L’iSLAM
à l’origine de l’humanité, le lieu où s’étaient retrouvés Adam et Eve, égarés après la chute. Des anges y avaient apporté du ciel pour Adam, un pavillon qui avait été la première Kabah. Plus tard, lorsqu’ Agar, chassée par Abraham, s’était arrêtée dans le désert avec Ismaël torturé par la soif, c’était encore sur l’emplacement de La Mecque qu’elle était parvenue ; et l’ange qui lui était apparu avait ouvert pour Ismaël le puits sacré de Zemzem.
Mais les polythéistes avaient profané ces lieux. Ils avaient introduit des idoles jusque dans le temple du Dieu unique. Il fallait effacer cette souillure. Et le Prophète ordonna d’abattre les idoles dressées dans La Mecque et autour de la Kabah. Mais on ne toucha point à la pierre noire ; et la superstition qui s’attachait à elle, comme un débris du paganisme, s’introduisit dans l’Islam. Des expéditions furent envoyées dans toute la région, pour abattre les idoles spéciales aux diverses tribus ; c’étaient des pierres, des arbres, des souches informes. Elles furent consumées ou brisées et l’on vit sortir d’elles, disent les traditions, les esprits qui les habitaient, sous des formes fantasmatiques.
Mahomet ne fixa pas sa résidence à La Mecque. D’ailleurs, le mouvement de conquête était commencé ; et après chaque succès qu’obtenait le Prophète, on voyait sa pensée grandir. Tout en