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CHAPITRE IV. — VIE DE MAHOMET

coranique, le hadîth (c’est-à-dire la tradition) a brodé ses légendes, se contentant d’inventer les noms des acteurs mis en scène, de délayer le thème primitif. »

Que ce procédé ait été fréquemment employé, cela ne peut vraiment pas être nié. Il suffît pour en avoir le sentiment, même sans être critique de profession, de parcourir une traduction du Coran et les notes du traducteur. Ouvrons par exemple le Coran de Kasimirski, nous y lisons, je suppose, ceci (Sourate de Joseph ou sourate XII, vt 77) : « Les fils de Jacob dirent alors : Si Benjamin a commis ce vol, son frère en avait commis un autre avant lui. » Une note explique : « D’après les commentateurs, Joseph étant tout petit, aurait volé une ceinture à sa tante ; selon d’autres, une poule pour la donner à un pauvre, ou enfin, une idole à son grand-père Laban. » Il semble bien que ces menus larcins ont été imaginés uniquement pour expliquer l’allusion du Coran, se rapportant à quelque légende perdue, et qu’ils ne dérivent d’aucune autre source étrangère au livre saint (1). De même, sourate XIX, vt 65: «Nous ne descendons du ciel que par ordre de ton Seigneur. » En note : « On suppose que c’est l’Ange Gabriel qui répond à Mahomet, lequel se plaignait des longs inter-

1. Cf. ci-dessous aux commentateurs, notamment l’article sur le commentaire de Zamakhchari.

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valles entre les révélations. » Assurément ce petit commentaire n’est qu’un essai pour préciser cette phrase un peu obscure et ne repose sur aucune donnée indépendante du Coran.

Le P. Lammens a beaucoup généralisé cette remarque ; il lui a donné une grande importance ; et il a admis qu’une vaste partie de la tradition s’était formée en partant de ces essais d’explication, s’était peu à peu enrichie, précisée, chargée de noms et de détails, et avait pris en même temps un certain cachet historique. Toute cette floraison du hadîih aurait donc une valeur historique identiquement nulle.

Le tout est évidemment de savoir dans quelle limite ce système doit être appliqué. Où est la ligne de démarcation entre le hadîih et l’histoire ? Faut-il condamner ou annuler toute la Tradition, parce que bon nombre de traditions particulières se sont formées de cette manière ? Je ne le pense pas ; certainement l’éminent critique ne le pense pas lui-même, et je ne doute pas qu’il n’ait dépassé sa propre pensée lorsque, dans l’article sur lequel nous nous appuyons, il a formulé ainsi ses résultats : « le Coran est la seule base historique de la Sîrah », c’est-à-dire de la biographie de Mahomet. Souvent, au cours de ses vastes travaux, on voit le P. Lammens employer, comme si elles avaient une valeur historique, des traditions bien caractérisées, et en tirer des ta-

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