CHAPITRE IV
VIE DE MAHOMET
bleaux très colorés, des descriptions animées et même amusantes de la vie de Mahomet et de ses premiers compagnons. « La valeur d’une tradition, dit aussi le critique, dépend de son indépendance du Coran », ce qui signifie qu’il admet bien qu’il a pu exister des traditions n’ayant pas leur point de départ dans le Livre saint. C’est donc ici en définitive une question de sagacité et de tact : « Quelles sont les traditions qui dérivent du Coran ; quelles sont celles qui dérivent d’une autre source ? »
Je ferai ici deux ou trois remarques.
Les traditions dont il est le plus certain qu’elles dérivent du Coran, ne sont pas en général les plus importantes : ce sont souvent de pauvres légendes ou de pieuses interprétations. Ainsi le vt XXXIII, 45 du Coran porte : « Tu es le flambeau qui éclaire. » Là-dessus Lammens cite des traditions d’après lesquelles le Prophète était « blanc de visage, étincelant comme un miroir ; ses cuisses même étaient diaphanes ». Que ces traditions soient une paraphrase, assez sotte au reste, dudit verset, cela est bien possible, quoiqu’elles puissent avoir été inspirées aussi par la donnée évangélique de la Transfiguration ; mais en tout cas, personne ne songe à leur attribuer d’importance. Lammens lui-même a paru ailleurs accepter comme historiques des traditions portant que Mahomet était très
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corpulent. « Nous possédons, dit-il encore, de volumineuses descriptions de la personne de Mahomet. » Elles ne sauraient être toutes exactes, cela va de soi ; mais elles n’ont guère pu se former en partant du Coran, où Mahomet, loin d’être décrit, est à peine nommé.
Dans d’autres cas, cette sorte de critique dérive du Coran certaines traditions, alors qu’il aurait pu en surgir beaucoup d’autres du même genre. Ainsi le goût attribué à Mahomet pour le miel dans la sir ah est rapporté au vt XVI, 71 : « Nourris-toi de toutes sortes de fruits, et suis les voies tracées par ton Seigneur. Des entrailles des abeilles sort une liqueur de couleurs variées ; elle contient un remède pour les hommes. » Mais il devrait alors y avoir des traditions analogues sur les fruits, sur l’eau, sur le vin et sur le vin de dattes, que le Coran loue deux versets plus haut. Ce sont là des éloges généraux des dons de Dieu, conçus en termes assez poétiques.
En troisième lieu, Lammens trouve que le Coran renferme « d’innombrables allusions historiques ». J’avoue que je ne saurais partager cette manière de voir. Je trouve le Coran un livre très vague ; il ne contient presque aucun nom propre. Les allusions contre des ennemis et contre les infidèles sont en général tout à fait imprécises ; elles ne paraissent pas venir d’un homme qui aurait réellement combattu lui-mê-