‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 8 sur 235 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LA PERSE AVANT L’iSLAM 13

L’empereur n’avait pas seulement donné à Eperwîz sa fille ; il lui avait aussi fourni une armée, une importante force de 60.000 soldats, moyennant que l’Empire ne paierait plus de tribut à la Perse. Avec cette armée, Perwîz s’occupa de reconquérir son royaume. Les troupes de l’Adzerbaïdjan, puis d’autres provinces le reconnurent, et, après plusieurs rencontres, il finit par vaincre Bahrâm en combat singulier ; celuici se retira chez les Turcs.

Perwîz paya alors les troupes de l’empire byzantin, leur donnant 20 millions de dirhems, et il les renvoya dans leur pays ; puis il fit son entrée dans sa capitale Médaïn.

Un de ses premiers actes fut un édit en faveur des Chrétiens il leur permit de restaurer leurs églises et autorisa qui voudrait, sauf les adeptes du magisme, à embrasser le christianisme. Naguère, Anochirwan avait mis à la fin du traité par lequel il imposait un tribut à l’empereur, la condition que ses sujets professant le magisme qui se trouveraient sur les terres de l’empire seraient bien traités et qu’ils pourraient construire des temples du feu ; la condition réciproque avait été admise pour les Chrétiens résidant en Perse.

Monté sur le trône, Perwîz acheva de se débar-

LES PENSEURS DE L’iSLAM

rasser de son ancien rival. Nous avons dit qu’il s’était réfugié chez le grand Khan des Turcs. Perwîz gagna la femme du Khan par des présents, et celle-ci fit assassiner Bahrâm. Bahram avait avec lui une femme qui, selon que la religion mazdéenne l’autorise, n’était autre que sa propre sœur. Cette femme, digne compagne d’un héros, après la mort de son époux, quitta le pays des Turcs, tua de sa main le frère du Khan qui la poursuivait pour l'obtenir en mariage, à la tête de 12.000 guerriers, et se rendit auprès d’Eperwîz. Celui-ci la remercia d’avoir autrefois blâmé Bahrâm dans sa révolte ; elle lui plut, et il l’épousa. Cette héroïne s’appelait Gordieh.

Firdousi dit (1) que Perwîz lui demanda le récit de sa lutte contre les gens du Khâkan. Elle se fit amener un cheval, apporter un casque, un arc, une cotte de mailles et un carquois rempli de flèches de peuplier ; puis, plaçant le bout de sa lance sur le sol, elle sauta en selle, rapide comme le vent. Elle évolua à droite et à gauche, voltigeant et poussant des cris qui perçaient les nuages noirs. « Voilà, dit-elle, comment j’ai combattu le turc. » Perwîz l’épousa selon les rites de sa religion.

Cependant, de toutes les femmes d’Eperwîz,

1. Firdousi, Le Livre des Rois , trad. J. Mohl, Paris, 1878, t. VI ï, p. 214.

Page 1