‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 71 sur 235 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

VIE DE MAHOMET

me et commandé des batailles ; il y en a qui pourraient n’être que des symboles généraux de la lutte morale de l’incrédulité contre Dieu et contre la foi... Oserai-je même hasarder à ce propos une remarque : des batailles de Mahomet, deux noms seulement paraissent dans le Coran : celui de Bedr et celui de Honéïn. Bedr est cité une fois, III, 119 : « Dieu vous a secourus à Bedr où vous étiez bien faibles. » Or Bedr pourrait n’être pas ici un nom propre. On pourrait traduire bibedr par « promptement », comme bidâran au vt IV, 5 : « Dieu vous a secourus avec promptitude lorsque vous étiez faibles. » Honéïn paraît également une fois IX, 25 : « Dieu vous a secourus en beaucoup d’occasions, à la journée de Honéïn où vous vous complaisiez dans votre grand nombre, qui ne vous servait de rien. » Or cet « Honéïn » est bien près du nom commun hanîn qui signifie le gémissement, la pitié, en sorte que le sens pourrait être : « Dieu vous a secourus en maintes occasions, au jour de compassion. » Comparez chapitre IX, verset 118 : « Dieu est revenu au Prophète, aux Mohadjirs et aux Ansars qui l’avaient suivi à l’heure de l’affliction, alors que le cœur d’une partie d’entre eux était si près de défaillir. »

Pour donner encore une idée du vague du Coran, on remarquera que La Mecque n’y est

LES PENSEURS DE L’iSLAM

citée que 2 fois, dont l’une sous le nom de Bekka, et Médine une seule fois, sous le nom de Yathrib. Deux noms d’hommes seulement paraissent dans le Livre saint, pour l’époque de Mahomet, hormis le sien : ceux de Zéïd et d’Abou Lahab. Or il se trouve que Zéïd est un nom général ; c’est l’appellation qu’on emploie dans les exemples de droit, dans les fetwas et dans les paradigmes grammaticaux. Quant à Abou Lahab, il veut dire : « Père de la flamme ». C’est assurément un nom de type : le type de l’impie voué au feu, qui, comme on a dit chez nous des hérétiques, « sent le fagot » : « Il sera brûlé au feu flamboyant, ainsi que sa femme porteuse de bois ; à son cou sera attachée une corde de filament de palmier » (Coran, XCI, 3-5). C’est la personnification du fagot. De ce type la tradition a fait — et ceci d’ailleurs rentre dans le système critique du P. Lammens — a fait un homme réel, et lui a même donné une postérité.

En somme, je vois dans le Coran beaucoup plus d’exhortations pieuses que d’histoire. Que l’on relise le récit des expéditions du Prophète dans un historien sérieux, par exemple le résumé qui se trouve dans le Livre de Y Avertissement de Mas‘oudi, et que l’on compare ces pages au Coran : il n’y a entre les deux documents aucun rapport ; c’est comme si l’on passait de Y Histoire du Consulat et de Y Empire à un Carême de Bour-

Page 1