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CHAPITRE IV. — VIE DE MAHOMET

La tradition ne donne point d’importance au père et à la mère de Mahomet. Son père, appelé Abd Allah, mourut soit avant, soit peu après sa naissance. Il s’occupait de commerce et tomba malade à Médine, en revenant de Syrie. Sa mère Amînah, proche cousine de son père, ne l’éleva pas elle-même et le mit en nourrice à la campagne ; elle mourut lorsqu’il avait 7 ans. A l’âge de 8 ans, Mahomet perdit encore son aïeul ‘Abd el-Mottalib ; il fut alors recueilli par Abou Tâlib son oncle, le père du fameux Khalife Ali. En somme, d’après ces traditions, Mahomet eut une première enfance un peu abandonnée, qu’il passa pour la plus grande partie, ainsi que sa jeunesse, en dehors de La Mecque.

Le P. Lammens, qui recueille avec plaisir tous les indices capables de rabaisser les grands hommes de l’islamisme primitif, a cru pouvoir douter de toutes ces origines. Il prend au propre la sourate XCIII du Coran, et fait de Mahomet un orphelin de naissance obscure, qui aurait été seulement adopté par la famille d’‘Abd el-Mottalib. « N’étais-tu pas orphelin, dit cette sourate, verset 6, et ne t’a-t-il pas accueilli ?... Il t’a trouvé pauvre, et il t’a enrichi. » Lammens déduit de là « l’admission de l’orphelin mecquois dans le clan hachimite », qui l’exploite ensuite comme un objet de commerce. La tradition arabe a aussi pris au propre ces versets,

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et les a appliqués à Mahomet, mais sans toutefois contester qu’il appartînt à la famille de Hâchim. Il nous paraîtrait plus simple de voir dans cette sourate une simple exhortation à la manière chrétienne, s’appliquant à tout fidèle. Selon l’idée chrétienne, toute âme est toujours pauvre par nature et comparable à un orphelin que Dieu recueille et enrichit.

Quoi qu’il en soit de ce détail, il est certain que les traditions relatives à l’enfance de Mahomet offrent peu de sécurité. On les sent arrangées soit dans un but honorifique, soit dans le désir de les relier au Coran. Le nom du père de Mahomet, ‘Abd Allah, serviteur de Dieu, est un nom général, celui que l’on donne à tout inconnu. Amînah la fidèle et Halîmah la douce, noms de sa mère et de sa nourrice, semblent des noms conventionnels. On serait tenté de prendre Mohammed, le glorifié, pour un qualificatif ; ce nom se trouve pourtant déjà dans les inscriptions hirnyarites. Mahomet a eu le surnom, le koniah d’Aboul’-Kâsim, père de Kâsim ; mais je ne vois pas qu’on ait de renseignements sur ce Kâsim.

Que le jeune Mahomet soit entré dans le commerce, rien n’est plus vraisemblable. Le commerce était la profession ordinaire des habitants de Médine et de La Mecque. Son mariage avec une riche veuve, dont il était l’employé, n’a rien non plus qui étonne. A ce propos, une importante

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