CHAPITRE IV
VIE DE MAHOMET
remarque est à faire : Mahomet paraît avoir été monogame pendant le temps qu’il vécut avec Khadîdjah ; il fut très polygame après. Lammens fait la même observation au sujet d’Ali et de Fâtimah (1) : Ali est monogame, au moins théoriquement, durant la vie de Fâtimah ; ensuite il est polygame. A leur arrivée à Médine, dit Lammens, les Mohadjirs se marient beaucoup. Il se peut qu’il y ait eu flottement entre la monogamie et la polygamie à l’origine de l’Islam. L’Islam a dû naître sous des influences monogames. L’adoption de la polygamie a pu être un des premiers actes d’indépendance de la religion nouvelle par rapport au milieu dont elle était issue. La trace d’une période antérieure monogame serait restée dans la façon dont la tradition parle de Khadîdjah et de Fâtimah.
Les dates relatives à ces deux mères de l’Islamisme ne sont pas sûres. On ne sait quand naquit Fâtimah ; on se demande si c’est avant ou après la révélation. Khadîdjah était vieille quand elle a épousé Mahomet. A quel âge a-t-elle pu enfanter Fâtimah ?
Chose curieuse, ces deux femmes qui sont respectées dans la tradition et dont le caractère est honorable et tranquille, portent des noms qui, en arabe,, sont injurieux. Est-ce par un fâcheux
1. Lammens, Etudes sur Mo'âwiah , 3e série, p. 180 \ cf. 2e série, p. 61.
LES PENSEURS DE L’iSLAM
hasard, ou cela vient-il de quelque opposition momentanée, dont ensuite la tradition aurait négligé d’ effacer la trace ?
On peut évidemment pousser le scepticisme assez loin sur toute la première période de la vie de Mahomet jusques et y compris I’hégire. Cet événement, qui passe pour capital à l’origine de l’Islam, n’est pas non plus entouré de données historiques bien sûres. Noldeke remarque (1) que la date de l’hégire paraît être copiée sur celle de la mort du Prophète. Le Prophète est mort le lundi 12 Rébî 1 er de l’an 1 1 . Cette date-ci doit bien être historique. Or il se trouve que Mahomet est arrivé aussi lors de sa fuite à Qobâ près de Médine un lundi 12 Rébî 1er, que c’est un lundi du même mois qu’il est né, et que c’est encore un lundi de ce mois qu’il a reçu sa vocation. Une telle coïncidence, quoique non strictement impossible, ne laisse pas d’être suspecte.
Il existe dans Tabari trois récits différents de l’hégire, tous trois détaillés, mais peu concordants. Il y a d’ailleurs 3 hégires, fuites ou émigrations distinctes : l’une de quelques partisans du Prophète chez le Négus en Abyssinie ; ils y furent bien reçus et le Négus envoya même au