CHAPITRE IV
VIE DE MAHOMET
Prophète des présents, parmi lesquels des jeunes filles. L’une était Marie la Copte qu’il imposa ; puis, l’Islam ayant crû, le Négus renvoya ces Musulmans à Médine. — Une autre fuite est celle du Prophète à Tâïf. Il y fut traité de fou, bafoué et battu, et après avoir converti seulement quelques djinns, s’étant reposé dans une vigne comme Jonas, il rentra tristement à La Mecque. — La troisième fuite est l’hégire proprement dite.
Un doute naît encore des conditions psychologiques que l’hégire suppose : un changement psychologique presque complet se produit entre le Mahomet de La Mecque, anté-hégirien, et celui de Médine. Tandis que le premier est humble, patient, persécuté, semblable à un martyr chrétien, que beaucoup lui jettent de la boue et des pierres et que nul ne l’écoute, le Mahomet posthégirien de Médine se trouve tout d’un coup un chef militaire assez considérable, actif, autoritaire, plein de hardiesse et de ruse, et déjà il rêve de lancer ses adhérents armés jusqu’aux portes de La Mecque. Une si brusque modification de caractère est invraisemblable.
Le Coran ne mentionne pas expressément le fait de l’hégire. Il loue ceux qui quittent leur patrie et leur famille pour combattre dans l’intérêt de la foi, et il parle en cinq endroits de Mohâdjirs , émigrés que Dieu récompensera ; il les place à côté des Ansârs, les compagnons, mais
LES PENSEURS DE L’iSLAM
sans spécifier exactement de qui il s’agit. L’interprétation traditionnelle est que ce sont les croyants qui l’ont accompagné ou suivi de peu dans sa fuite. Mais le terme doit avoir un sens plus général. Le Prophète dit au verset LIX, 8 : « Il appartient une part du butin aux pauvres d’entre les mohâdjirs qui ont été chassés de leurs demeures et privés de leurs biens », en raison de leur foi. Le fait a dû se produire en diverses circonstances.
Puisque nous parlons ici de critique, oseronsnous indiquer une idée que l’on peut émettre au sujet de l’hégire ? C'est que ce mot a pu avoir d’abord le sens du latin migratio, la mort, sens qu’il a d’ailleurs aussi en arabe, où l’on emploie bien haddjara pour signifier « émigrer de ce monde à l’autre, mourir. » Le terme est employé en ce sens dans le calendrier chrétien. La communauté musulmane, encore sous l’influence chrétienne à ses débuts, aurait eu d’abord l’intention de faire commencer son ère à la date de la mort de son prophète. Ultérieurement, la commémoration de la mort ayant été rejetée, on aurait appliqué le mot à cette émigration, historique ou non, de La Mecque à Médine.
En un mot, sur la première période de formation de l’Islam à La Mecque, on ne sait rien de tout à fait sûr. L’existence historique de l’Islam commence à Médine, au moment où la