CHAPITRE IV
VIE DE MAHOMET
La proximité supposée de la fin du monde ne signifie rien ; on la représentait comme prochaine pour qu’elle fût sensible ; il fallait frapper et effrayer ; les événements trop lointains ne frappent pas. D’ailleurs si la date en était fixée, « fixée » dans la pensée de Dieu, « certaine », elle n’était pas pour cela connue, et Mahomet lui-même avoue qu’il ne faut point la lui demander et qu’il ne la connaît pas.
Des légendes relatives à la fin du monde et à sa proximité ont eu cours dans tous les temps ; il n’y a pas de personne pieuse dans les milieux catholiques qui n’en connaisse un certain nombre. La « prophétie de Malachie », la « prophétie d’Orval » sont censées donner des dates. La fin du monde aura lieu quand l’Evangile aura été prêché par toute la terre, quand le temple de Jérusalem aura été rebâti, etc. Des dames disaient sous la Restauration : « Quand les voitures marcheront sans chevaux et qu’on entendra la voix de l’homme d’un bout du monde à l’autre, ce sera la fin du monde. » Tout cela, malgré la terreur que devrait inspirer le sujet, n’est guère qu’amusement de dévots et édifiantes rêveries.
Les théories millénaristes seules se présentent sous des formes un peu plus constituées ; nous en reparlerons sans doute en traitant des
sectes. Beaucoup de traditions chrétiennes en-
LES PENSEURS DE L’iSLAM
seignaient aussi que le Messie a dû venir à la fin des temps. On divisait le temps de l’humanité, selon certains systèmes, en 7 périodes ; le Christ est venu au début de la septième ; celle-ci pouvait d’ailleurs être plus longue que les précédentes et durer plus ou moins longtemps ; mais le plus probable tout d’abord était qu’elle durerait 1.000 ans. Une tradition citée par M. Casanova veut que Mahomet ait cru que l’islam durerait 500 ans. Il n’y a rien là-dedans qui nous sorte en somme de la question des influences judéo-chrétiennes.
En ce qui concerne le caractère même de Mahomet et les formes de son activité, une question très grave se pose ici. Doit-on vraiment se faire une idée du caractère de Mahomet d’après le Coran ? Jusqu’à quel point en est-il le véritable auteur ; jusqu’à quel point le Coran exprimet-il sa nature et sa pensée ? Si l’on met à part quelques exhortations énergiques à la guerre sainte — et encore on connaît bien des cas de moines ayant prêché la guerre sainte — on entrevoit derrière le Coran un caractère principalement religieux, quelqu’un dont la prédication, l’exhortation pieuse, l’appel à la foi et au repentir, la préoccupation de l’au-delà seraient l’habitude et la fonction spéciale. Le Mahomet de l’histoire est fort différent : c’est surtout un militaire, doublé d’un diplomate et d’un com-