CHAPITRE IV
VIE DE MAHOMET 147
merçant, un chef constamment occupé d'expéditions, de guerres, de razzias, de butin, absorbé par le souci de soumettre des tribus ou de menacer des empires. D’un côté un sentiment presque purement religieux, de l’autre une activité principalement militaire. Que penser de cette opposition ? Est-ce une dualité ; y a-t-il là deux hommes, ou n’est-ce vraiment que deux formes d’une même énergie, deux aspects d’un même caractère ?
La tradition a répondu jusqu’à présent que Mahomet avait été surtout religieux dans la première partie de son existence, surtout militaire dans la seconde. Nous devons savoir si cette réponse nous satisfait toujours. Il est bien certain que les premiers khalifes après Mahomet montaient en chaire et haranguaient le peuple ; ils étaient prédicateurs ; mais ils ne l’étaient sans doute pas aussi complètement, aussi spécialement que l’auteur du Coran.
M. Casanova a été amené par sa thèse à suspecter sinon l’authenticité, au moins l’exactitude du saint livre. Il admet d’abord (p. 4) que « les premiers Musulmans, malgré l’incontestable puissance de mémoire des Arabes, étaient profondément ignorants du Coran, et qu’on pouvait, Mahomet mort, leur réciter des versets dont, de leur propre aveu, ils n’avaient jamais eu l’idée (1). » Il