‹ Les penseurs de l'IslamChapitre 88 sur 235 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

mentaire. Quelle était la nature exacte de ces morceaux ; quel en était l’usage ? Dans quelles circonstances étaient-ils récités ? Est-ce Mahomet lui-même qui les prononçait ? Etaient-ils publiés sur les places des villes, ou chantés dans les lieux de prière, ou envoyés par écrit comme des circulaires ou des proclamations ? Etaientils sermons, hymnes ou épîtres ? — Mahomet en avait la responsabilité, cela n’est pas douteux ; mais en était-il le véritable auteur ? étaient-ils composés par lui, ou par quelqu’un d’autre pour lui ? — En outre ces morceaux nous sont-ils parvenus tels qu’ils ont été débités à l’époque du Prophète ? Ont-ils pu subir postérieurement des remaniements ou des retouches ? Se peut-il aussi d’autre part qu’il y en ait parmi eux qui datent d’une époque plus ancienne ? — Toutes ces questions sont fort délicates, et il est à croire qu’on les discutera longtemps encore ; nous voudrions seulement présenter à ce sujet quelques remarques.

Le Coran n’a pas pu être exactement une prédication, tout au moins pas une prédication improvisée, parce qu’il est en prose rimée. Il faut qu’il ait été travaillé et très probablement écrit. Il est d’ailleurs invraisemblable que les croyants aient retenu de longues sourates, simplement en les entendant débiter par le Prophète. Ainsi la sourate LV, intitulée « le Miséricor-

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dieux », comprend 78 versets. Sur ces 78 versets, il y en a 67 qui sont terminés en an, 6 en âm, qui paraît être une assonance tolérée de ân, 2 de suite en âr et 2 de suite en în, plus 1 en oun , ce dernier par le fait un peu suspect. La sourate LII a ses 4 premiers versets en our ; ensuite dominent des rîmes en oun, mêlées de façon irrégulière à des rîmes en îm et în. Le chapitre LUI est en « a maqsourah », a suivi d’un i ; le LIY est tout en finale r. C’est un procédé de versification très négligé et très vulgaire ; le Coran est, pour le fond comme pour la forme, une œuvre à intention populaire.

Le mot Sourate, rangée, qui désigne les chapitres, est employé apparemment pour indiquer cette forme poétique. Le mot ayat, verset, dont le sens est signe, marque, dérive apparemment des points ou petits cercles qui séparaient les versets dans les manuscrits. La tradition lui a donné le sens de signe miraculeux, miracle. La division en versets est imitée de celle pratiquée par les Juifs et les Chrétiens pour la Bible et l’Evangile.

Dans le Coran, c’est Dieu qui est censé parler ; cette convention découle de l’ancienne conception prophétique. Elle n’est cependant pas appliquée tout à fait comme elle le fut chez les Prophètes bibliques, Jérémie, Ezéchiel, ni comme elle put l’être plus tard dans des ouvrages

de piété tels que V Imitation. Dieu, dans le Coran, s’adresse souvent au Prophète. Celui-ci en général se montre assez humble, et reçoit des conseils, presque des réprimandes. Toutefois il prend le titre de Nébî qui devait être le plus considérable, et supérieur à celui de resoul (1). Le fait pour un orateur sacré de parler de la part de Dieu, comme si c’était Dieu qui parlait, n’est pas par lui-même extraordinaire : le plus modeste prédicateur chrétien en fait autant. Parler pour Dieu n’implique du reste pas qu’on ait eu de véritables visions, ni des révélations auditives ; il suffit de se sentir intérieurement poussé par l’esprit divin, et de croire à son rôle de missionnaire. Il est question de visions dans le Coran, mais elles n’y sont pas très importantes.

Les croyants sont plusieurs fois appelés dans le texte coranique « enfants d’Israël ». Cela n’implique pas nécessairement qu’ils aient été tout à fait judaïsants au début, ni que les morceaux où se trouvent ces mots proviennent de communautés juives. Chez les Chrétiens aussi, on a souvent comparé les fidèles aux Israélites, choisis par Dieu, instruits et éprouvés par lui.

1. Nébî, prophète, titre ordinairement donné à Moïse. La sémantique paraît être : annonciateur, innovateur. Resoul, apôtre, porteur d’épîtres ( risâleh ) ; le mot correspond au titre donné dans le christianisme à St-Paul.

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Mais évidemment cette appellation indique une forte influence judéo-chrétienne.

Certains passages dans le Coran supposent un état de l’islam un peu avancé. Peut-être ontils été remaniés postérieurement à Mahomet, ou sont-ils au contraire des traces de prédications chrétiennes antérieures. Ainsi un passage où le Prophète se plaint des croyants qui manquent la prière le jour de l’assemblée, et préfèrent s’occuper de commerce ou d’une vente qu’on annonce, laissant le prédicateur seul (LXII,9- 11), et un autre où il est question d'imams, de pontifes, régulièrement établis sur les enfants d’Israël (XXXII, 24), ne peuvent guère s’entendre des adeptes de Mahomet ; ils conviendraient mieux aux chrétiens. Les versets IX, 17-18, interdisant la visite « des mosquées » au pluriel, à ceux qui font profession d’impiété, étonnent aussi pour l’époque de Mahomet; il ne devait pas y avoir à ce moment-là tant de mosquées. En six endroits, dans le Coran, les mosquées sont nommées au pluriel, comme s’il y en avait beaucoup. Au verset II, 194, parlant du pèlerinage, le Prophète évoque l’idée d’une quantité de fidèles : « Quand vous revenez en foule du mont ‘Arafat, idzâ afadtom. » Ailleurs il donne les règles du pèlerinage comme s’il en était tout à fait le maître, au mépris des infidèles. Il parle de la guerre et de ses troupes,

comme de choses assez grandes ; de l’emploi de l’aumône pour le rachat des esclaves. Il n’y avait pas d’esclaves à l’étranger à ce moment-là. Je me demande si les textes n’ont pas été élargis dans ces passages, de façon à s’appliquer à un Islam amplifié, à moins qu’ils ne soient adaptés de quelque code chrétien.

Remarquer encore très particulièrement le verset 9 du chapitre XLIX où il est question de la guerre « entre plusieurs nations croyantes », situation impossible pour l’Islam au temps de Mahomet. Par contre, la petite sourate « à l’union des Koréichites » qui est une espèce de toast, et celle de l’Eléphant, semblent être des débris de l’époque préislamique.

Je ne vois d’ailleurs pas dans le Coran, cette période de débuts pénibles, cette situation humble et mortifiée que l’on a coutume d’y voir surtout dans les sourates dites mecquoises. Assurément Mahomet parle en beaucoup d’endroits des contradictions et des persécutions qu’ont à subir tous les prophètes, des rires et des sarcasmes de l’incrédulité ; mais c’est là un thème général, et cela ne l’empêche pas de traiter les incroyants avec beaucoup de hardiesse et de dédain ; il ne cesse de les menacer de défaites à la guerre, et de châtiments terribles dans ce monde et dans l’autre ; il leur prédit le sort d’Ad et de Thémoud. Un prophète faible et méconnu

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n’aurait pu parler de la sorte. La petite sourate CX classée parmi celles dites de la première période, est un véritable cri de triomphe : « Quand tu vois les hommes entrer par légions (i afouâdjan ) dans la religion de Dieu. »

En somme, l’ensemble du Coran convient bien à peu près à l’époque mahométane, mais se rapporte à un moment où l’Islam était déjà bien établi, nombreux, maître de soi, et où il se sentait fort.

Quelle idée Mahomet se faisait-il du Livre et du Coran ? La question vaut la peine qu’on l’examine ; elle est assez troublante.

Mahomet qui selon une tradition était illettré, attache à l’idée du Livre une énorme importance. Il jure par le Livre, en fait la manifestation de Dieu, la preuve de sa mission. Nombre de sourates, y compris celles qu’on regarde comme les plus anciennes, parlent du Livre et du Coran, ou débutent par sa mention. Quelquefois c’est un simple énoncé du fait de la révélation : XLY, 1 : « La Révélation du Livre est de Dieu puissant et sage » ; même formule XXXIX, 1 ; XL, 1, XL VI, 1 ; variantes XXXII, 1 ; autre XLI, 1 : « La Révélation est du Clément du Miséricordieux. » D’autres fois c’est un serment : XLIV,

1 : « Par le Livre explicatif » ; même formule XLIII, 1 ; variante XLI,1. XXXVIII, 1 : «Par le Coran plein d’avertissements (dzou ’l-dzikr) » ; XXXVI, 1 : « Par le Coran sage. » Ou encore c’est une espèce de présentation : XXVII, 1 : « Ce sont les versets du Coran et d’un livre explicatif. » Chapitre II, 1 : « Voici le Livre en lequel il n’y a point de doute, direction pour ceux qui craignent. »

Il est question de ce Livre dans toute la carrière de Mahomet, soit au début des sourates, soit à l’intérieur, depuis celles qui sont tenues pour les plus anciennes : Sourate du sang coagulé, XCVI,1 : « Lis, au nom de ton Seigneur qui a créé; » Sourate d’el-Qadr , XCII, 1 : « Nous l’avons fait descendre dans la nuit d’el-qadr » ; jusqu’aux plus tardives.

Or, on doit se demander si jamais Mahomet a pu se représenter comme un livre le Coran que nous connaissons ; il n’existait pas comme livre, il n’était pas encore achevé ni réuni de son temps. D’après la théorie courante, le Coran est une succession de morceaux plus ou moins fragmentaires, débités ou écrits au jour le jour, selon les circonstances, dans le cours d’une vingtaine d’années, et qui n’ont été groupés en un volume qu’assez longtemps après la mort du Prophète. Ce livre, Mahomet ne le vit jamais ; il n’en eut peut-être pas lui-même l’idée. Est-ce à lui qu’il

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pouvait penser dès les premiers jours de sa prédication, alors qu’aucune sourate n’existait encore et qu’il n’y avait point de communauté musulmane à qui dicter des lois ?

Je sais que l’interprétation religieuse, mystique, est bien que Mahomet reçut le Coran tout entier et tout fait dès le premier jour de sa mission : il lui aurait été révélé par l’Archange Gabriel, dans la mystérieuse nuit d’Al-Qcidr (1) ; puis il l’aurait lui-même publié peu à peu parmi les hommes. Mais cette explication n’a point de sens pour la critique.

Si l’on admet, comme nous l’avons fait dans la section précédente, que la confection du Coran ne s’étend pas sur toute la vie de Mahomet^ mais appartient à la toute dernière période, la remarque que nous faisons en ce moment n’en

1. Dans la fameuse sourate sur la nuit d ’el-Qadr, le mot de Livre n’est pas exprimé. Il n’y a qu’un pronom : « Nous l’avons fait descendre dans la nuit d’al-Kadr. Qui t’apprendra ce qu’est la nuit d’al-Kadr. La nuit d’al-Kadr est meilleure que mille mois. Les anges y descendent et parmi eux l’Esprit, avec autorisation de leur seigneur sur toutes choses. Sainte est-elle jusqu’au lever de l’Aurore. » On interprète ordinairement el-Qadr par destin, arrêt ; nuit où sont fixées les destinées des hommes ; mais on pourrait entendre aussi dans le sens de nuit glorieuse ; — dzoul-qadr est ce qui est honoré; — et dériver ce fragment énigmatique de quelque cérémonie chrétienne : la descente du feu sacré ou la fête de Noël.

subsiste pas moins. Aucun livre ne parle autant de lui-même que le Coran. Il y a là une impossibilité. On lit bien dans l’Evangile : « Partout où cet Evangile sera prêché... » ; mais c’est un cas presque unique, et l’on voit qu’il s’agit ici non du livre même, mais de la doctrine de l’Evangile.

En fait, les sourates de notre Coran paraissent plutôt destinées à présenter, à recommander ou à commenter un certain livre qu’à en former un. Ce sont des exhortations à se conformer à un livre déjà révélé, des explications ou des paraphrases d’histoires qui y sont contenues.

Quel livre Mahomet pouvait-il avoir en vue ?

Ce peut être, soit une traduction arabe de la Bible ou de l’Evangile, — on en attribue à Warakah, — soit quelque apocryphe, peut-être placé sous le nom d’Abraham. Dans le livre dont parle Mahomet, il y avait, à ce qu’il dit lui-même, pas mal de paraboles ; il n’y en a guère dans notre Coran, tout au plus celle des deux Jardins au chapitre XVIII. Cette allusion à des paraboles ferait penser de préférence à l’Evangile.

Un terme assez mystérieux est celui de « Mère du Livre », omm el-Kitâb. Il revient trois fois dans le Coran. La tradition théologique y voit le prototype éternel du Coran gardé auprès de Dieu ; d’autres appliquent ce nom à la fâlihah ,

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la petite sourate très populaire qui ouvre le Coran. La question se pose de savoir s’il y avait un exemplaire type de quelque livre, en la possession de Mahomet lui-même.

Le verset III, 5 porte : « C’est lui qui a fait descendre sur toi le Livre ; il contient des versets explicites, c’est la Mère du Livre, et d’autres douteux (métaphoriques). Ce qui est douteux [favorise] la passion de la révolte et celle de l’interprétation ; mais son interprétation n’est connue que de Dieu. »

Ce verset faisant allusion à des disputes sur l’interprétation métaphorique d’un texte devrait être très postérieur à Mahomet, s’il s’agit de l’interprétation du Coran ; mais il pourrait s’entendre des disputes auxquelles donnaient lieu les Ecritures antérieures.

Chapitre XIII, verset 39 : « Dieu (il faut comprendre Mahomet) abolit ce qu’il veut et confirme ce qu’il veut. A lui la Mère du Livre. » Je comprends : à lui le Livre type dont il confirme ou abroge des parties à son gré.

XLIII, 1-3 : « Par le Livre explicatif. Nous en avons fait une lecture en arabe ; peut-être que vous comprendrez. Il est dans la Mère du Livre auprès de nous (chez nous). » Cela a l’air de vouloir dire au propre : un texte qu’il envoie en arabe est conforme à un exemplaire type qu’il possède chez lui. — L’idée de versets conser-

vés et d’autres abolis ou abrogés est ordinairement appliquée au Coran même que nous avons ; il renferme en effet certaines contradictions ou hésitations sur des points d’importance secondaire ; mais cette idée s’entendrait encore mieux, comme on l’a fait dans le christianisme, des parties de l’ancienne loi qui sont conservées ou abolies par une révélation nouvelle.

Le Livre est aussi appelé el-forqân, la décision. Ce nom est donné au Pentateuque dans le verset II, 50 : « Nous avons donné à Moïse le Livre et le forqân. »

En somme, et malgré certaines obscurités, on peut conclure que dès le début de sa formation, la communauté musulmane a dû avoir un Livre. L’importance primordiale de la révélation écrite, du Livre Saint, était admise par les Juifs et les Chrétiens ; elle ne l’était guère moins par les Persans ; d’autres religions moins importantes, comme celles des Mandéens, avaient aussi leurs Livres. La communauté arabe voulut avoir le sien , et apparemment en arabe ; elle l’eut forcément dès ses premières réunions et n’attendit pas de longues années après la mort de Mahomet. On faisait des prières d’après ce Livre, on le psalmodiait, on le récitait la nuit. Cela est indiqué dans plusieurs passages du Coran. Le Coran a dû être d’abord destiné à commenter ce Livre

sous une forme populaire. Il était lu aussi avec

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respect et probablement psalmodié dans les réunions. Plus tard le Livre primitif, sans doute trop voisin de la Bible ou de l’Evangile, fut oublié. Sa paraphrase, le Coran, qui exprimait avec plus d’originalité et de puissance l’esprit de la religion nouvelle, et qui contenait des textes législatifs, prit sa place comme Livre Saint.

Il est plusieurs fois fait allusion dans le Coran à des « lectures » du Livre. Le premier mot de la sourate que l’on regarde comme la plus ancienne est iqra, « lis », ou « récite », comme si l’Ange Gabriel avait réellement mis à Mahomet un livre dans la main. On a aussi rendu ce mot par « prêche ». Mais il ne manque pas d’autres passages où il est clairement parlé de lectures. Verset LXXIII, 4 : « O Prophète, psalmodie le Coran » ; plus bas verset 20 : « Lisez dans le Coran seulement ce que vous pourrez en lire » sans trop vous fatiguer par les prières nocturnes. Cette sourate parlant d’un Livre où l’on fait des lectures passe pour l’une des plus anciennes. XVII, 80, Mahomet recommande de taire une lecture à l’aube du jour. XCVIII, 2, les infidèles sont scandalisés à la vue « d’un envoyé de Dieu qui leur lit des pages renfermant des Ecritures vraies ». X, 16 et 17, Mahomet fait allusion à des lectures que les croyants faisaient de son Livre devant des auditeurs qui

en demandaient un autre : « Apporte-nous quelque autre livre, disaient-ils, ou bien change un peu celui-ci. » Mais il ne peut le changer, le livre étant révélé ; VII, 203, il recommande qu’on soit attentif pendant la lecture du Coran ; LXXV, 16, de ne pas lire trop vite.

Il paraît surtout être question ici de lectures liturgiques. Il devait y avoir un certain livre lu dès le début dans les offices de la communauté islamique, comme l’Evangile ou les épîtres chez les chrétiens. Les hommes pieux, les personnes à tendances ascétiques menant une vie analogue à celle des moines, faisaient des lectures pieuses une grande partie de la nuit.

Mahomet avait des secrétaires et des lecteurs ; on a les noms de plusieurs.

Le dernier passage que nous venons de citer, LXXV, 16 19, est particulièrement curieux. Le texte, au milieu d’une description du Jugement dernier, est interrompu par des observation» à un lecteur : « Ne remue pas ainsi ta langue en te pressant ; c’est à nous à le réunir et à le lire ; quand nous le lisons, suis-en la lecture ; ensuite, c’est à nous à l’expliquer. » Mais sans doute, ces mots ne datent pas de Mahomet ; ils ont dû être introduits lors d’une dictée postérieure, par la distraction de quelque scribe. En tout cas, ils sont assez piquants.

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Non seulement Mahomet ne s’occupa pas de donner au Coran la forme de livre, mais le Coran faillit se perdre, et ne fut édité qu’une vingtaine d’années après lui, sous le Khalifat d’Othman. A ce moment, l’empire arabe était fondé, et les Arabes avaient déjà conquis la Syrie, la Mésopotamie, la Perse et l’Egypte.

Le principal personnage dans l’histoire du Coran est Zéid, fils de Thabit. C’était un des premiers compagnons du Prophète, plus jeune que lui d’environ une génération. Il dut faire adhésion de bonne heure à l’Islam, ne combattit pas à Bedr parce qu’il était trop jeune (1), fut secrétaire successivement d’Abou Bekr, d’Omar et d’Othman. Ce fut l’écrivain de l’Islam primitif, celui qui détint tous ses secrets. Il fut dévoué à Othman lors des troubles qui se produisirent contre ce Khalife, et il mourut en l’an 45 de l’hégire (2), sous Mo'âwiah. Mas'oudi dit de lui (3) : « Zéïd fils de Thâbit l’Ansarite, de la tribu de Khazrâdj... qui écrivait les épîtres aux rois. Il parlait aussi en présence du Prophète, eL il lui servait d’interprète pour le persan, le grec,

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