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Masoudi, Les Prairies d'Or , IV

LES PENSEURS DE L’iSLAM

d’après les textes qu’il avait lui-même gardés ou collectionnés ; il consulta un petit nombre d’autres collections analogues qui ne pouvaient évidemment valoir la sienne, et la mémoire de quelques pieux compagnons du Prophète. Il fut ainsi le principal éditeur du recueil que nous appelons le Coran.

D’après ce que l’on entrevoit du caractère de Zéïd, il devait être fidèle et loyal. Le trait rapporté de lui par Ibn Miskawéïh, lorsque Omar le prit pour secrétaire, confirme ce sentiment (1). Rien ne fait supposer qu’il ait pu être faussaire ; mais tout indique qu’il a pu être un peu auteur. Les autres possesseurs de textes, comme Hafsah, la fille d’Omar et veuve du Prophète, ou comme Ibn Mas'oud, ne pouvaient rien prétendre contre l’homme qui avait été le collaborateur du Prophète, le dépositaire de ses secrets, et que celui-ci chargeait lui-même de rédiger ses plus importantes épîtres. On brûla les textes qu’ils avaient

1. « Omar, ayant fait venir Zeïd, lui dit: «O Zéïd, je voudrais que tu écrives pour moi comme j’ai vu que le Prophète te faisait faire. Apprends-moi sa façon d’écrire aux rois et à d’autres. — Excuse-moi, ô Emir des Croyants, lui répondit Zeïd. — Et pourquoi ? — Le Prophète m’a dit : O Zéïd, je te prends pour secrétaire ; garde donc mes secrets et cache ce que je te confierai ; et je le lui ai promis. — Omar alors s’abstint de le questionner davantage. » ( History of Ibn Miskawayh, éd. photogr. L. Caetani, t. I, p. 453.)

entre les mains, pour éviter d’inutiles discussions.

Après avoir été établie, cette édition du Coran ne dut pas devenir immédiatement très populaire. Othman en fit bien envoyer des copies dans les provinces ; mais ces copies durent être peu nombreuses. L’écriture n’était pas très répandue alors ; la forme coufique, principalement employée, était lourde et d’un maniement difficile ; les textes vénérés étaient écrits avec soin et enluminés lentement. Un exemplaire du Coran constituait un objet d’art, qui ne pouvait guère se trouver que dans le trésor des grandes mosquées ou entre les mains de quelque puissant gouverneur. La lecture liturgique et la mémoire de certains prédicateurs mettaient seules des parties du texte sacré à la disposition du public.

Avant cette recension, le Coran ne pouvait qu’être encore moins connu. On dit qu’il en existait des fragments répandus dans le public, écrits sur des morceaux^de cuir, des feuilles de palmier, des étoffes, des omoplates de mouton ou de chameau ; ce n’était apparemment que de courtes phrases que la plupart des Musulmans ne savaient point lire, et qu’ils devaient conserver plutôt comme talismans que comme textes. On a parlé de « porteurs du Coran, hamalat elqorân », dont beaucoup avaient été tués dans les batailles déjà du temps d’Abou Bekr.

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C’étaient, dit-on, ceux qui savaient le Coran, ou de longs morceaux du Coran, par cœur. Je me demande si cette explication est bien la vraie, et s’il ne faudrait pas voir plutôt là des porteurs d’amulettes, sur lesquelles étaient écrits des textes coraniques. Les amulettes s’appellent en arabe hamâil, choses portatives, suspendues. On mentionne l’emploi de phrases du Coran (1) inscrites sur les étendards, sous Abou Bekr, à la bataille de Yémâmah. C’est toujours un peu la même idée ; de même plus tard sous Ali, quand on élevait des exemplaires du Coran, alors complètement publié, au bout des lances.

Les prières récitées avant la publication du Coran, soit journellement dans les mosquées, soit avant les batailles, étaient nécessairement courtes ; elles le sont restées après, dans la pratique ordinaire de l’Islam. Elles ne se composaient d’ailleurs pas toujours de textes coraniques. Quant aux prédicateurs qui pouvaient parler au peuple dans les réunions pieuses, ou haranguer et exciter les guerriers avant le combat, comme à la bataille de Kâdisiyah (2), il est impossible de ne pas leur laisser une certaine liberté ; on ne peut supposer qu’ils se soient bornés à réciter des textes appris par cœur et imparfaitement adaptés aux circonstances.

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