LA VISITE DU PETIT PAUVRE
A Mme J. J. B.
Je ne viens pas, Messieurs, pleurer à votre porte ;
Eegardez, ma'figure est joyeuse et n'apporte
Que des traits souriants où l'espérance a lui ;
Je ne vous dirai pas que dans notre demeure,
Il fait froid, ce matin, et que ma mère pleure,
Non : taut, jusqu'au malheur, doit sourire aujourd'hui.
Voyez, j'ai revêtu mes beaux habits de fête Et moi, pauvi'e petit, je me suis mis en tête De venir, comme un grand, en visite vous voir. 'Ne me repoussez pas ; car, malgré ma misère. Mon souhait vous sera, peut-être, plus sincère Que tous ceux qu'aujourd'hui vous allez recevoir.
Dieu, toujours généreux dans les dons qu'il dispense, A mis autour de vous une heureuse abondance : Ah ! puissiez-vous longtemps conserver ses bienfaits ! Et qu'il vous donne aussi la santé qui fait vivre, Et sa force d'en haut, pour que vous puissiez suivre Le sentier du devoir et ne tomber jamais.
Qu'il garde tous vos jours de la tristesse amère, A vos petits enfants qu'il conserve leui* mère, Leur mère, ange d'amour, veillant sur leur sommeil ! Bien loin de leur chevet qu'il chasse la souffrance Et que, chaque matin, sa douce Providence Tienne, dans un rayon, sourire à leur réveil.
Et vous qui n'avez que mon dge, Que votre ciel soit sans nuage, Petits enfants, soyez heureux !
Coulez tous vos jours sans alarmes.
Et que l'amertume des larmes Jamais ne ternisse vos veux.
Que le froid jamais ne vous presse, Qu'une maternelle caresse Vous éveille chaque matin ; Que jamais votre bonne mère N'ait une larme à sa paupière Quand vous demanderez du pain !
L'hiver, dans vos maisons bien closes.
Jouez ; et, l'été, que les roses
Se tressent dans vos blonds cheveux.
Aimez bien votre douce mère.
Aimez bien aussi votre père,
Celui de la terre, et des cieux.
Et tandis que le froid, la neige, Chaque matin, triste cortège. Nous accompagnent ici-bas, A nous, enfants, faites l'aumône ; Et Dieu vous devra la couronne, Là-haut, qui ne se flétrit pas !
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JOUENALISTE ET ABOISTNES
Depuis tout près de quarantd ans
Je viens frapper à votre porte,
Chaque jour ; beau temps, mauvais t«mp8,
Fidèle ami, je vous apporte
Tout ce qui peut intéresser
Votre cœur, votre intelligence,
Tâchant de ne jamais blesser
La plus sensible conscience.
J'ai passé par des chemins durs.
Et j*ai, bien souvent, dans la route, — ^Mes yeux n'étant pas encor sûrs, — Hésité dans l'ombre du doute.
Mais mon courage a tenu pié, Et l'aide de la Providence Avec votre bonne amitié, A soutenu ma confiance.
Je n'ai pas flatté les puissants, J'ai toujours dénoncé le vice ; Quand les chemins étaient glissants Je m'appuyais sur la justice. Fidèle soldat du devoir, J'ai, bien souvent, étant honnête, Eefusé Targent, pour pouvoir Avec vous porter haut la tête.
J'ai travaillé, lutté longtemps, Ayant la force et la jeunesse, Croyant toujours qu'avec le temps, Si je n'avais pas la richesse.
Dans l'avenir du moins j'aurais Une modeste indépendance :
Car, dans les jours les plus mauvais, On ne perd jamais l'espérance.
Mais voilà que l'âge s'en vient, Et la lutte est plus difficile ; Si le courage se soutient.
Le bras est un peu moins docile.
Il nous faut, pour ne pas plier, Nous assister les uns les autres :
Souffrez que je vienne appuyer Quelquefois ma main sur les vôtres.
Dieu qui r.ous a toujours bénis, Yeut éj^rouver notre courage ; Si nous savons rester unis Nous pourrons soutenir l'orage.
Et, quand viendra le temps meilleur, Tous aurez cette douce joie D'avoir mêlé votre bonheur Aux épreuves que Dieu m'envoie.
-CNtO"