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HALTE

CONVENTION DES ANCIENS ÉLÈTES DU COLLÈGE STE MARIE, DE ilONTRÉAL, EN JUILLET 1882.

A Vabbé H. R, Casjrain.

Xous voici revenus dans ces murs tutélaires Où s'élevaient jadis nos ferventes prières,

Nos chants et nos hymnes pieux ; Murs à l'ombre desquels s'écoula notre enfance, Loin de tous les dangers, pleine de confiance

Dans un avenir radieux.

Salut ! temple sacré, >salut ! maison bénie,

Sur ton vieux dôme, encor, ce bienfaisant génie

Qui nous conduisait par la main, Plane comme autrefois; et, sous ton haut portique, ^NTos cœurs, soudain frappés d'un souvenir magique,

On reconnu l'ancien chemin.

O mes vieux compagnons, dans ces immenses salles, Dans la chapelle sainte aux voûtes magistrales,

Et dans ces profonds corridors, Ne vous semble-t-il pas, à travers l'ombre épaisse Des ans, voir repasser notre heureuse jeunesse

Et les brillants rêves d'alors ?

Yous les rappelez-vous, ces heures fortunées ? Hélas ! depuis ce temps, un grand nombre d'années

Ont passé sur nos fronts rêveurs.

Sans pouvoir, cependant, effacer la mémoire Dqs jours heureux vécus sous ce toit: leur histoire

Est écrite au fond de nos cœurs.

Elle est écrite aussi partout : sur chaque pierre, f L'œil du souvenir lit un brillant caractère] ,^^ Qui se détache à chaque pas.

Elle est dans cet écho dormant sous chaque voûta Qui s'éveille soudain et que le cœur écoute, Si l'oreille ne l'entend pas.

Elle est écrite ici, surtout, dans cette enceinte ^^^ Où la voix des adieux n'est pas encore éteinte,

Où nous nous sommes séparés, Un jour, le cœur ému, mais rempli d'espérance, Pour nous aventurer siu* l'océan immense

Et dans des pays ignorés.

Longtemps nous avons vu notre nef vagabonde Explorer en tous sens la mer vaste et profonde,

Lorsqu'un jour, une grande voix, Comme un chant maternel, à l'accent doux et tendre, Yint frapper notre oreille et sembla faire entendre

Un écho des jours d'autrefois.

(1) La salle des promotions.

Aux sons mystérieux de cet écho d'enfance, A ce cri de rappel, une vive espérance

Eemplit nos cœurs d'un doux émoi ; Quittant pour un moment la pénible carrière, Nous avons retourné nos regards en arrière,

Mes amis, et voilà poui*quoi

î^ous sommes revenus dans ces murs tutélaires Où s'élevaient jadis nos ferventes prières,

Nos chants et nos hymnes pieux, Murs à l'ombre desquels s'écoula notre enfance. Loin de tous les dangers, pleine de confiance

Dans un avenir radieux.

Nous sommes revenus, à la voix paternelle Qui nous a rappelés, rendre un compte fidèle

Des talents qu'on nous a donnés ; Nous sommes revenus sous nos vielles bannières, Eaconter simplement à nos plus jeunes frères

Ce qu'on pu faire leurs aînép.

Vos aînés, mes amis, au livre de l'histoire N'ont pas pu tous inscrire une page de gloire,

Mais, s'ils n'ont pas en ce bonheur, Tous ceux que vous voyez ont cette joie immense D'avoir pu conserver au livre de l'enfance

La page blanche de l'honneur.

Ils peuvent porter haut et le cœur et la tête, Et si tous n'ont pas pu s'élever jusqu'au faîte,

Du moins, on pourrait voir encor.

Sur ces fronts qu'autrefois ceignit mainte couronner. Un sillon lumineux où, brillante, rayonne

1j' Aima mater en lettres d'or.

C'est sous ce nom sacré qu'ils marchent dans là vie, C'est l'étoile de mer qu'ils ont toujours suivie

Et qu'ils suivront sans dévier. La route, quelquefois, est montante et pénible, Mais ils savent qu'ici, l'erreui- est impossible,

Et qu'ils sont dans le droit sentier.

Pour vous, qui commencez ici-bas la carrière, Partout où vous irez, sur cette immense terre,

Yous trouverez, sur le chemin, Ferme dans le devoir et le cœur et l'ouvrage, Quelqu'un de vos aînés, luttant avec courage

Et prêt à vous tendre la main.

Celui-là, vous pourrez le regarder en face :

Si, sur son front, des ans vous remarquez la trace.

Du moins jamais vous n'y verrez Le regard hésitant du fourbe qui se cache, Car il a conservé sa dignité sans tache

Et ses souvenirs vénérés.

Plusieurs d'entre eux, hélas ! et des meilleurs, sans doute. Qui manquent à l'appel, sont tombés sur la route.

Comme des soldats pleins de cœur; De ceux-là vous pourrez en toute confiance Garder au fond du cœur la chère souvenance :

Ils sont morts au champ de l'honneur.

Et maintenant, vous, dont dont la constante tendresse Entoura de ses soins notre faible jeunesse,

Vous, nos professeurs bien aimés, Qui, vous faisant petits poui* être à notre taille, Nous avez préparés pour la grande bataille

Et de votre courage armés ;

Vous qui, même du sein de votre solitude, Sur nous veillez encore avec sollicitude,

Et qui nous avez réunis Pour réchauffer nos cœurs à la flamme qui brille Yive comme toujours au foyer de famille,

De nous tous, ah ! soyez bénis !

Vous poursuivrez toujours voti*e œuvi*e si féconde, Et vous travaillerez, loin des regards du monde.

Au bonheur de l'humanité ; Et, lorsque les méchants, que tout succès irrite Chez les autres, viendront ternir votre mérit©

St votrt nom si haut port4,

Nous serons là, nous tous, pour leur crier : " Arrière ! '' Nous ne permettons pas qu'une voix téméraire

'' Sonne ici sa vaine clameur; " Allez porter ailleurs votre plainte inutile, " Ceux que vous attaquez ont, chez nous, droit d'asile,

" Et leur houneur est notre honneui* !

" Ils ont souffert la faim et la soif sans murmui'e, " Ils ont suivi l'Indien sous la forêt obscure,

" Le front meurtri, les pieds saignants ; " Ils ont versé leur sang sur les champs de bataille, *' Ha ont porté la croix à travers la mitraille,

" Pour offrir son baume aux mourants.

" Sur tout ce continent, on voit leur robe noire •' Passer majestueuse à travers noti-e histoire,

" Comme un drapeau de ralliement; " Partout, nous les voyons poursuivre avec constance " L'Evangile à la main, cette œuvre qui commence

" Par de Brébeuf et Lallemant,

" Eux, dont la voix tonnait pour les grands de la terrç, " Vont sans regi*et porter leur noble ministère

'' Au fond d'un pays ignoré ; '' Eux, qui peuvent montrer des trésors de science, '• Ils viennent humblement faire épeler l'enfance

" Aux pages du livi-e sacré. "

Oui, voilà quels sont ceux dont la voix paternell© A l'antique maison aujoui-d'hui nous rappelle

Pour cette fête du foyer ; Et c'est pourquoi, le cœur content et l'àme fière, IN'ous avons sans regret quitté notre carrière

Pour reprendre le vieux sentier ;

Le vieux sentier, tout plein des souvenirs d'enfance, Où refleurit encor notre reconnaissance

Pour nos bien aimés professeurs ; Pour ceux dont la constante et jalouse tendresse Entoura de ses soins notre faible jeunesse,

Et qui furent no9 bienfaiteurs.

Kous sommes revenus vers eux, de loin, sans doute, Maifl nous avons gardé le même cœur en route,

Et leurs yeux pourront voir encor S»r ces fronts qu'autrefois ceignit mainte couronne, Lo sillon lumineux où, brilante, rayonna

Ij' Aima mater en lettres d'or.

FEAGMENT

d'une cantate chantée a l'arrivée de s. a. r. la princesse LOUISE ET DU MARQUIS DE LORNE.

Premier soldat.

Le tambonr bat, le clairon sonne, Voici l'appel du régiment; Sur les remparts le canon tonn« jà-llonB, compagnons, en avant ]

Deuxième soldat.

Partons, déployons nos bannières, Oriflammes, flottez aux vents !

Et toi, vieux drapeau de nos pères, Déroule tes plis triomphants.

Chœur,

Sonnez, clairons des batailles Bronzes, tonnez vers les cieux !

Eveillez de nos murailles Les écbos si glorieux !

Et, vous guerriers magnanimes Qui dormez sous les lauriers.

Levez-vous, héros sublimes, Béconvi'ez vos fronts àl tiers !

Aux murs de la cathédrale, Décrochez le drapeau blanc ; Dans la marche triomphale Venez prendre votre rang !

Finale

O jours de combats glorieux Où sonnait la trompe guerrière î O vous tous, soldats valeureux Qui dormez sous la môme pierre !

Soleil qui j^dis éclairas Tant de gigantesques batailles :

]S'uit discrète qui dérobas Tant de sanglantes funérailles !

Le sang partout est effacé :

Mettons ensemble notre gloire, Des grands noms de notre passé Chantons ensemble la mémoire !

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ft^^fe^^B^

APEES CINQUANTE AXS

A Louis FrécJtette.

Il8 se rencontraient sur la route, Aj^rès le travail, à pas lents, A l'âge où, flottant dans le doute, En lui-même le cœur écoute.

Tout rêveur, des appels troublants.

Ils s'entrevovaient dans la plaine, A l'heure chaude du midi, Où bêtes et gens sous un chêne, Fatigués, reprennent haleine, Offrant au vent leur front tiédi..

Puis, à l'église du vil Un dimanche, il leva les yeux :

— Etait-ce son air doux et sage.

Ou bien la fleur de son corsage, Qui le rendit tout soucieux ?

Elle, absorbée en sa prière, Tanquille, semblait ne rien voir Que l'autel baigné de lumière ; Pourtant, il crut que sa paupière Frémissait sur son grand œil noir.

Et puis, un soir, à la veillée,

Il lui parla : sa voix tremblait

Pendant qu'en son âme, éveillée,

— Comme au printemps sous la feuillée,-

La voix des amours modulait.

Elle écoutait, toujours rêveuse

Et douce, avec un œil surpris

Et la lèvre silencieuse.

Il savait qu'elle était heureuse

Et que leurs cœurs s'étaient compris.

Bientôt, on les vit à l'église, Agenouillés devant l'autel :

Elle jurait d'être soumise, Lui, de garder la foi promise Sous le regard de l'Etemel.

Et puis la vie à deux commencé Dans l'extase des premiers jours ; Bercés d'une même espérance, Chacun d'eux à la confiance D'un bonheur qui dure toujours.

Le temps court, la famille pousse, La maison de rires s'emplit ; Elle, toujours vaillante et douce, Conduit gaîment et sans secousse Ce groupe frais qui Tembellit.

Tête brune ou bien blonde tête, Cheveux bouclés ou cheveux droits, A chaque arrivant on fait fête, Et la maison est toujours prête A rélargir ses murs étroits.

Et, sans en avoir conscience, On vit, au jour le jour, sans voir Que, si le temps marche en silence, — De peur d'effrayer, — il avance Et que, bientôt, il sera soir.

Et les ans se suivent et passent, Les feuilles tombent bien des fois :

Les sourires d'enfant s'effacent Et les voix profondes remplacent Les gazouillements d'autrefois.

La famille est nombreuse et forte Et grande : Dieu les a bénis, Si bien que, maintenant, la porte Va s'ouvrir pour que l'aîné sorte, Les laissant presque désunis.

Alors les deux vieux se regardent, D'abord, inquiets et tremblants ; Puis davantage se haf^ardent :

Ils s'aperçoivent qu'ils s'attardent Et que leurs cheveux sont tout blancs.

Leur cœur bat, leur bouche soupire :

— Hélas ! que nous avons vielli Sans qu'on ait osé nous le dire !

— Mais, elle, a repris son sourire Bien vite, et dit, l'air recueilli :

" — Qu'importe donc si le temps passe Emportant les espoirs déçus, Puisqu'il nous laisse à notre place Yiellir sans avoir l'âme lasse Et sans nous en être aperçus !

'• Tes cheveux blancs sont beaux quand môme, Et, d'ailleurs, vois aussi les miens Qui me font un blanc diadème :

Qu'importe-t-il donc si je t'aime Et si toujours tu te souviens ! "

Et lui : — •' Femme tu me rappelle A la raison : vivons encor; Car, moi, je te trouve aussi belle Que quand ton bonnet de dentelle Se rompait sous tes tresses d'or. "

Alors, leurs regards se voilèrent

De larmes pleines de douceur,

Leui-8 mains tremblantes se cherchèrent

Et puis, leui's lèvres se touchèrent

Dans un baiser monté du cœur.

I^g'^yï!

YAXITAS YAXITATUM

1er Janvier 1882.

A. W. C. Hoirelh.

Encore un an qui passe et fuit, Pendant qu'à rhorizon le nouvel au s'avance. Rejetant d'un coup d"aile à l'immuable nuit

Un lambeau de notre existence.

Pauvres mortels, faut-il pleuier

L'an qui vient de finir ou celui qui va naître ?

D'ombre ou bien de soleil Dieu va-t-il l'entourer?

De cela lui seul est le maître.

Hélas ! tous nos jours sont tissus De joie et de douleur, de crainte et de d'espérance Et l'avenir, pour nous, a ses espoirs déçus,

Comme le passé sa souffrance.

Quand, au matin, le ciel est pur, Le midi vient souvent le couvrir de nuages ; Après le soleil d'or qui s'éteint dans l'azur,

La nuit a ses soudains orages.

L'arbre paré de fraîches fleurs A-t-il toujours des fruits quand arrive l'automne ? Il suffit d'un moment pour flétrir ses couleurs

Et jeter au vent sa couronne.

Mais pourquoi tant s'inquiéter?

Ces jours de l'avenir, en verrons-nous l'aurore ? Pèlerins ici-bas, nous voulons arrêter,

Et le Seigneur dit : marche encore !

Au printemps, les fleurs renaîtront Et les nids s'empliront de voix harmonieuses Les souffles parfumés partout embaumeront

L'ombre des nuits silencieuses.

Où serons-nous quand les oiseaux S'en reviendront, joyeux, chanter dans les grands arbres ? — Allez le demander au secret des tombeaux :

Xous serons couchés sous leurs marbres !

Lmmmm

LA EEPOXSE DU SEMIXOLE

Imité de Vanglais du Col. Patten,

Feu de partout ! Lancez jos colonnes serrées !

Je ne courberai pas mon front ; Sur ce bras libre et fier, vos chaînes exécrées

Jamais plus ne s'imprimeront !

Aux nuages du ciel j'ai dérobé leur foudre, A mon tour, et ce bras vainqueur

Va marquer dans le sang la trace de la poudî'e Au pâle front de l'oppresseur.

J'ai semé la terreur dans vos lointains villages, J'ai fait frémir vos cœurs souillés:

J'ai scalpé vos guerriers et j'ai blanchi vos plages De tous leurs crânes dépouillés.

Tous m'offrez des traités, la paix ? Yotre offre est vaine,

Je brave le visage blanc !

Tout le fer de ma lance est trempé dans la haine ;

Mon cri de gueri*e est mort et sang !

Défendez vos foyers; le butin de la guerre, Prenez-le ; moi mon seul plaisir

Est de voir tout sanglant et mordant la poussière, L'homme blanc tomber et mourir!

Sa plainte à mon oreille est comme une harmonie, Sa souffrance, un baume à mon cœur ;

Je savoure à long traits toute son agonie. Quand ils se tord dans la douleur.

— loi —

Yous me traquez partout, comme un gibier farouche,

A travers plaines et bosquets ; Partout j'ai devant moi la menaçante bouche

Et la pointe de vos mousquets.

Moi seul, comme un guerrier, du haut de la colline, Avec ma fière lance au poing,

Je tiens contre vous tous ferme, et ma carabine Yous dit : n'avancez pas plus loin !

Yous voulez dévaster mon wigwam solitaire ?

— Je l'ai moi-même incendié ; Egorger devant moi mes enfants et leur mère ?

— Leur fraîche tombe est sous mon pié ! (i>

Yous voulez par la faim me réduire, sans doute, Impuissants sur ceux que j'aimais ?

— Je vis de haine, c'est un pain dur, mais je doute, Qu'il vienne à me manquer jamais I

(1) Un grand nombre de Séminoles ont tué leurs propres enfanti qu'ils considéraient comme un embarras durant la guerre.

Oui, mon cœur tout entier jette sur vous sa haine, Mes yeux, leurs méprisants regards !

Jusqu'au dernier soupir de ma mourante haleine, Je braverai vos étendards.

Yous demander quartier? — Jamais. Et ma vengeance,

Jamais vous ne la dompterez.

Je veux de votre sang faire une mer immense :

Avec moi vous y tomberez !

HIEE ET AUJOUED'HUI

A Melle L. M.

C'était hier. Bans le feuillage, L'oiseau voletait librement, Et, sur le sable du rivage, Le flot murmurait doucement.

Devant nos yeux l'espace immense, Et, sur nos têtes le ciel bleu Où le soleil, cet œil de Dieu, î^ous accompagnait en silence.

Je les conduisais par la main ; Ils me demandaient bien des choses.

Dans leur cher babil enfantin, Sur les effets et sur les causes.

Et je leur disais : '^ Mes enfants, Je tâche de vous satisfaire, Mais vous saurez sans votre père, Hélas ! lorsque vous serez grands !

Nous entrions dans la prairie Où les parfums suivaient nos pas, Et, sur cette plaine fleurie, Je jouissais de leurs ébats.

Puis, nous marchions près de la grève, Entre la forêt et la mer, Pleins de bonheur. C'était hier :

l^ier a passé comme un rêve !

Hélas ! ils sont loin maintenant, Et je suis seul à les attendre ; Car l'homme a remplacé l'enfant Je n'ai plus rien à leur apprendre

Ils ont leur famille, à leur tour.

Moi, tandis que ma tête blanche Dans la solitude se penche, Je me souviens d'eux chaque jour,

Nous avions si longtemps ensemble Parcouru les mêmes sentiers, La main dans la main, qu'il me semble Dur de nous trouver étrangers.

— Telle est pourtant notre existence :

Quand l'oiseau sait voler un peu, Il quitte sans regret le lieu Où s'abrita sa tendre enfance.

YESTEEDAY AXD TO-DAY

{Traduction de M. W. C. Howells,)

'T was yesterday ; amidst the leaves, The bird was volable in song ; Above their pebbled bed the waves Silently, STveetly stole aloug.

Before our eyes was space immense, And overhead the clear bhie sky, Where the bright sun, that eye of God, Watched us in silence from on high.

I led my children bv the hand; Cause and effect the bade me tell, — In the dear voice of infant land, — Asking of me to teach them well.

" My children, if you thus aspire.

In paths of knowledge, I will lead, But you must learn without your sire Ah ! then you will be great indeed. "

Suppose we enter the broad plain, Where perfumes are not always ours, l'il join you in the sweet domain, To share its labor and its flowers.

Again, along thèse banks ^ve stray Between the forest and the stream.

On plains of joy. ' T was yesterday, But yesterday is now a dream.

Alas ! they 're now in ripened years, l'm hère alone; for them I wait: — In the ehild's place the man appears ; î^o more to teach : ' T is now to late. It is their fîimily, their home.

Me, though white and bowed my head, Drooping in solitude alone, — I honor the steps the daily tread.

We had so long together strayed, Taken throiigh life so wide a range, And hand in hand oiir journey made, — We cannot deem each other sh-ange.

Snch is ail life, where 'er 'tis set, The bird, when fledged is sure to fly, And quit the nest without regret, That sheltered it in infancy.

^^.; Sr^tv?^*^ ; ^

LE POETEUR DE JOUEXAUX

Je ne suis pas un personnage Avec un brillant équipage Et des laquais tout galonnés ; Quand j'arrive, les gens den face Ne s'élancent pas de leur place Pour coller aux vitres leur nez.

On ne voit pas, à ma venue, Los gens s'attrouper dans la rue Et se dire tout bas mon nom ; Personne, autour de ma voiture, Ne vient épeler, je vous jure, Un indéchiffrable blazon.

Je suis un bon jjetit bonhomme, Trottinant son chemin tout comme Le plus humble des serviteurs.

Tous les petits chiens me connaissent.

Et les plus gros même me laissent Passer, presque comme un des leurs.

Mon nom ! Yous l'ignorez peut-être ?

— Il est très facile à connaître Et n'est pas dur à prononcer ; Disons que je m'appelle Pierre :

Le nom ne fait rien à l'affaire.

Quand on entre sans s'annoncer.

Xous vivons dans un siècle étrange Où tout se culbute et se change ; Où le gros million dliier.

Demain marchera dans la boue, Pendant qu'au sommet de la roue Son laquais trône et fait le fier.

C'est une grande comédie Où la voix la plus applaudie Eu vient bientôt à nous hisser ; Le trône d'un instant se perche, L'acteur retombe sur la planche On l'a déjà fait remplacer.

Chacun y fait son petit rôle, L'un obéit, l'autre contrôle, Puis, vient une puissante main ; C'est la main de la Providence; Elle agite un peu la balance, Et toui sera chaniré demain!

Ainsi, lorsqu'après un naufrage, Tous les passagers, à la nage, Battent les profondeurs de l'eau, Dans leur lutte avec la tempête, La plus illustre et l'bumble tête Se trouvent au même niveau.

Sur un même morceau de planclie, La main noire avec la main blanche Tente un effort désespéré ; Et, si mon épaule est plus forte, 11 se peut que je vous supjDorte Jusqu'au rivage désiré.

C'est pour cela que, sur la terre, 11 faut savoir partout se faire, Dans la classe où Dieu les a mis, Des appuis en cas de faiblesse Et des aides pour la détresse :

Il faut se faire des amis.

Je n'entends pas Tami qui gmge Et vient chez vous chercher refuge Seulement quand le coffre est plein J'entends cet ami véritable Qui vous fait asseoir à sa table Quand la vôtre n'a plus de pain.

Votre position est belle,

Vous êtes en haut de l'échelle;

Mais peut-être qu'un jour, viendra

Une terrible catastrophe,

Et j'ai peut-être en moi l'étoffe

De Taini qui vous sauvera.

Vous me devrez, avec la vie, Une gratitude infinie.

Je serez riche. Mais, pourtant.

La chose peut se faire attendre, Et j'aimerais à pouvoir prendre Un petit acompte à présent.

Un son, cinquante, à votre guise !

Et ne craignez pas que je dise Le chiffre, s'il est trop petit ; Donnez la pièce la plus mince ; Avec vous je serai bon prince :

Je vous ferai même crédit.

Et maintenant je vous souhaite,

— Puisque la mode est ainsi faite, —

Tous les biens que vous désii-ez :

Aux mamans, un peu moins d'emplettes.

Aux papas, de moins lourdes dettes,

Aux enfants, des bonbons sucrés.

A XOS FEÈEES DES ÉTATS-UXIS.

A Voccasion de la grande célébration de la St. Jean- Baptiste, à Québec, le 24, juin 1880.

Frères, vous revenez d'une teire lointaine

Pour vous asseoir une heure aux foyer des aïeux

Et revoir ce pays qu'un jour d'anière peine,

Il vous fallut quitter pour eherclier d'autres cieux.

Le cœur rempli des voix du passé. 1 ame pleine Des anciens souvenirs, vous revenez, heureux, Pespirer de nouveau l'atmosphère sereine Du sol natal, rêver sous ses grands bois ombreux.

Soyez les bienvenus! Sar la terre chérie Que le Ciel nous donna pour commune patrie, Tous vos noms de chacun sont encore connus.

Si nous avons longtemps pleuré sur votre absence, Nos cœurs sont aujourd'hui dans la réjouissance, Nos bras vous sont ouverts : soyez les bienvenus !

ux souvExiE ET ux ho:vI]j:age

Inaugaratiou de la statue de Mgr Déziel, fondateur de Lévis, li -2? septembre l.-;35,

A L. P. Hébert,

O peuples qui 2:>lacez aux fastes de l'histoire Et qui, dès ici-bas, couronnez dans la gloire

Ceux qui furent grands parmi vous; Ceux qui, dans les conseils ou bien dans la bataille, De leur parole ardente ou de leur haute taille

Se dressèi'ent an nom de tous.

Pour relever partout la force qui décline,

Pour vous faire un rempart de leur forte poitrine,

Pour vaincre ou mourir sous vos yeux; Ceux qui, dans les déserts des grands océans mornes, Des continents perdus ont j-etrouvo les bornes,

Ou pris les mesures des cieux ;

Ceux qui, portant au cœur la soif du saci'ificc, Et voyant rcs])lendir, au loin, l'ainer calice

Dont le fond seul contient le miel, S'en sont allés là-bas annoncer l'évaDgile, Et, travailleui's hardis, changer un champ stérile

En jardins fleuris pour le ciel;

Vous voulez donc ainsi réveiller l'espérance, Et montrer qu'ici-bas même, la récompense

Doit toujours suivre le bienfait; Mais vous voulez, surtout, pi-oposer un exemple Que la postérité puisse suivre et contemple :

O peuples, vous avez bien fait !

Car, l'exemple de ceux qui, sentant dans leur âme Je ne sais quelle vive et courageuse flamme,

Furent les bons ou les vainqueurs, C'est un phare élevé dont les feux illujninent Ceux qui, perdus en bas, sons les ombres cheminent,

Loin des clartés, loin des hauteurs.

— ni —

C'est une main (.rami, prévoyante et discrète, ^lystérieusement tendue et toujours prête

A relever, à souteuii- ; C'est un regard qui vient, au fond des consciences, Doux et fort, rayonner sur les désespérances

Et sauver par le repentir.

Oai, ces grands noms que vous tirez de la poussière Pour les faire rentrer dans la pleine lumière

Du couronnement immortel, Tous montrent le chemin qui mène sur les cimes Et deviennent pour vous ces arcs-en-ciel sublimes

Qui joignent la terre et le ciel.

Et c'est pourquoi voilà que ce jour nous rassemble Ici, pour célébrer, pour acclamer ensemble

Le grand et noble souvenir De celui qui pour nous fut le modèle même Des âmes à qui Dieu réserve un diadème

Que jamais rien ne ]:^ut ternir.

Et quel autre aussi bien le méjita ? Quel autre Eut jamais plus que iui ce grand zèle d'apôtre,

Ou 2)lus entier se consacra A l'œuvre qui remplit toute son existence ? Quel autre eut plus de droit à la reconnaissance ?

Quel autre plus grand se montra ?

Le voyez-vous, déjy, dans l'ardeur du jeune âge, Mesurer d'un coup d'œil fier comme son courage

Le vaste champ à parcouiir ?

Puis, sans jeter jamais un regard en arrière. S'élancer, le front calme et haut, dans la carrière

Que le ciel r:ippclle à fournir?

Oubliant tout, famille, amis, honneurs, richesse, Tout ce que peut lêver un cœur plein de tendresse,

Il n'a plus qu'un seul iCve au cœuî' : Glorifier le Dieu dont il s'est fait le prêtre Et conduire au salut ceu* que son divin Maître

A confiés à son honneur.

Aux accents généreux de sa voix qui demande Au nom de Dieu, les cœurs sont émus et l'offrande

Tombe, riche, de chaque main; Sur le coteau désert, ô merveilleux spectacle, Yoyez grandir les murs du j^ieux tabernacle

Où Dieu s'immolera demain.

Voyez monter la flèche où la croix salutaire, Symbole consolant d'un auguste mystère,

Ya, tout à l'heure, rayonner ; Ecoutez, dans la tour, la grande voix vibrante Du bronze harmonieux dont la note touchante

Sur vos têtes va résonner.

Le front nu, franchissez les portes de l'enceinte. Partout, sur les parois de la demeure sainte

Où rien, hier, n'était encor.

Le grand nom du Seigneur, les maximes sacrées, Et' du livi-e divin les pages vénérées

Apparaissent en lettres d'or.

Ecoutez les échos des voûtes qui fi émissent Sous les accents pieux de ces voix qui bénissent

La tendresse du Créateur ; Puis, au-dessus, la voix gi-ave, majestueuse De l'orgue s'élevant, jn'ière harmonieuse,

Comme un encens vers le Sei<i-neur.

Voyez, se détachant, non loin du sanctuaire, Au-dessus de la nef, comme un phare, la chaire.

Cette compagne de l'autel ; C'est là que si longtemps retentit sa parole, Que la main qui bénit, et la voix qui console

Nous montraient le chemin du ciel.

0 touchante grandeur de nos temples augustes Où, dans un même élan, les pécheurs et les justes

Tiennent chercher la paix du cœur ; Où l'enfant innocent murmure sa prière.

Où le veillard courbé verse sa 2)eine amère

Devant le regai'd du Seigneur !

Et pour faire surgir cette maison sacrée, Ce temple où, tant de fois, l'âme désespérée,

Chacun de nous s'est abrité, Il suffit de la voix de ce pasteur fidèle Dont les accents ont su vous inspirer le zèle

D'une admirable charité !

!Mais, ce n'est pas assez ; car. dans cette grande âme La soif du bien ne peut s'étancher, et la flamme

Du dévoûment brûle toujoui-s ; D'autres dans les plaisirs chercheront leurs délices : A lui, c'est le travail qu'il faut ; les sacrifices

Sont un besoin de tous les jours.

Il a glorifié Dieu ; mais il doit encore^

Penser à ceux pour qui, chaque jour, il implore,

A genoux, l'aide du Seigneur ; Il a surtout au cœur un désir qui le presse : C'est le bien, le salut de la chère jeunesse

Dont il s'est fait le protecteur.

A son appel pressant, on voit bientôt paraître

Un homme, humble, vêtu tout de noir; est-ce un prêtre

Quel est-il, doù vient-il ? Je vois Quand il ])asse, les jeux baissés, sur sa figure Quelque chose de bon, de grand ; à sa ceinture

Se cache une modeste croix.

Quel est-il ? — Yous l'avez tous reconnu, cet homme Que le monde méprise et que le savant nomme

Avec un souris de pitié :

C'est un humble, mais c'est le fils d'un noble père, C'est l'enfanf de La Salle ; appelez-le : '' Mon frère,"

Et méritez son amitié.

Car, celui que la foule a méconnu, peut-être, Celui que les savants, sans daigner le connaître,

Ont vu d'un œil indifférent, Cet homme qui les fait sourire quand il passe. Moi qui le connais bien, je vous dis que sa place

Est tout en haut, au premier rang.

C'est celui-là qui vint et qui dit: " O moa père, '' Vous voulez des gardiens: c'est notre ministère,

" Xous sommes prêts dès aujourd'hui." Et ce fut lui qui prit soin de notre jeune âge; C'est avec lui que j'ai commencé le voyage :

Si j'ai marché, c'est grâce à lui !

Un peu plus tard, voici venir la sainte illlo Qui parmi les petits se fait une famille

A laquelle elle ouvre son cœur.

Pleine de dévoûment, riche de patience.

Chaque jour, on la voit foire épeler l'enfance

Qui l'appelle tout bas : Ala sœur.

Puis, au déclin du jour, quand sa tâche est finie, Elle s'en va, vaillante, au lit où l'agonie

Sombre et terrible va venir ; Auprès de la douleur elle prie, elle veille Sans cesse; au moindre appel qui frappe son oreille,

Elle est là, prête à secourir.

Sa voix a des accents qui rendent l'espérance, Sa main verse le baume à l'amère souffrance

Que Dieu lui commande d'aimer :

Et si, las de lutter, votre cœur se désole, Elle trouve toujours un mot qui le console,

Un regard qui vient le calmer.

Quand vous la rencontrez, avec sa robe grise. L'air sérieux et doux, dans sa modeste mise,

Le regard plein de dignité ; Inclinez-vous bien bas devant cette humble femme, Car c'est uti dévoûment sans borne, une grande âme

C'est une " Sœur de Charité."

Or, c'est lui qui fonda ces maisons où renfancc Vient apprendre et prier ; ces toits où la souffrance,

Où la faim et la nudité Viennent, l'une, chercher le baume qui soulage, Les autres, un morceau de pain et le courage

Pour supporter leur pauvreté.

Ah! qu'il a bien compris, dar.s <on cœur magDanime, Ce prêtre dévoué, la mission sublime

Qu'il était chargé d'accomplir !

Des volontés de Dieu ministre infatigable, Rien n'arrêta jamais son zèle inépuisable,

Devant un devoir à remplir.

O toi qui, de là-haut, nous regardes, sans doute. Du séjour glorieux où tu règnes, écoute

Ceux qui vers toi lèvent leurs voix !

A tous ces cœurs émus qu'une même pensée Fait battre au souvenir de ta grandeur passée,

Viens sourire comme autrefois.

Tu fus leur père à tous, et ta longue carrière Fut un apostolat; tu passas sur la tei'i-e.

Comme Jésus, faisant le bien ; Tu laisses après toi des traces glorieuses Dans ces travaux nombreux, dans ces œuvres pieuses

Dont tu fus l'auteui', le soutien.

Partout où le regard se tourne, il voit paraître Les souvenirs vivants de ton zèle de prêtre

Et ton nom écrit de ta main ; Puis, comme un résumé de cette grande vie, Il contemple aujourd'hui ta figure bénie

Gravée à jamais sur l'airain.

Oui, ces grands monuments aux traits ineffaçables Mettent sous nos regards le^ fastes admirables

De tes longs et nobles labeurs ; Mais, pour faire revivre et consacrer ta gloire, Le plus beau monument qui garde ta mémoire,

Tu l'as élevé dans nos cœurs !

LES ETEEXXES

La foule circule joyeuse,

Et tous les marchands de joujoux

Ont la figure radieuse,

Près de leurs piles iie gros sous.

Les réverbères, sur la neige.

Jettent leurs reflets tremblotants,

Et les boutiques qu'on assiège

Ouvrent leur poi'te à deux battants,

Car, c'est ce soir la gi-ande veille, C'est la veille du jour de l'an ; Et, pendant que Eébé sommeille, Soit le papa, soit la maman S'en va de boutique en boutique Choisir, de l'œil et de la mnin. Quelque chose de magnifique Pour surprendre Bébé demain.

L'emplette se fait et s'emporte.

Et puis, mystéi'ieusement.

On arj-ive, on ouvre la porte Sans faire de bruit. Doucement Sou.-^ les oreillers on dépose La bonbonnièi-e, et, près du lit, Les jouets dont le bébé rose Ya rêver pendant cette nuit.

Car, depuis la Xoël, on songe Aux étrennes. Tous les enfants Trouvent que cela se prolonge Et comptent, pensifs, les instants.

Mais, c'est la dernière journée, Ils se sont endormis joyeux ; DemaÎD, c'est la nouvelle année, Demain, comme ils seront heureux !

Enfin le jour commence à naître, Yous les entendez s'éveiller Et puis, sans faire de bruit, mettre Une main sous leur oreiller.

Hier, ils avaient, dans leur prière, Fait bien des demandes aux cieux :

Ils ont trouve la bonbonnière, Entendez-vou:> leurs cris joyeux?

Mais ce n'est pas tout, une traîne,

Un cheval de bois, des pantins,

Un sabre brillant et sa gaîne.

Un tambour (hélas !), des patins !

Leurs deux yeux, devant ces merveilles,

Se chargent de j'eflets touchants:

Yite, bouchez-vous les oreilles,

Car le tambour va battre aux champs.

Après, c'est la petite flûte Qui chante d'un ton aigrelet, Et Bébé qui fait la culbute, Blessé d'un coup de pistolet.

C'est un vacarme épouvantable Et l'on ne s'entend plus parler:

Mais, pour ce jour, on est capable De laisser l'orage souffler.

Jouez, enfants, faites tapage, Criez, courez, c'est votre tour, Et c'est le nôtre d'être sage.

Quand nous n'y serons plus, un jour Yous vous rappelerez, sans doute.

Entendant le tambour gronder, Qu'au jour de l'an, le père écoute, Et que Bébé doit commander.

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