L XXXIV
peine que cette divergence fort sensible ait échappé aux savants éditeurs des Évangiles apocryphes. Joseph n'est plus ce vieillard résigné qui s'endort dans le calme de la foi plein de confiance en la miséricorde divine. C'est un homme épouvanté par l'approche de la mort, qui maudit le jour où il est né, les entrailles qui l'ont conçu, les mamelles qui l'ont allaité, les pieds sur lesquels il s'est soutenu, les mains qui l'ont porté... Au miheu de ces malédictions imitées du livre de Job, apparaît le Sauveur qui ramène le calme dans l'âme agitée du vieillard. Celui-ci retrouve assez de force pour faire un long discours où il retrace une partie despeines de sa vie. Suit le détail de l'agonie que l'auteur a su entremêler de quelques traits touchants. Mais à l'instant suprême, commence une fantasmagorie assez bizarre. La mort apparaît vers le midi, entourée de toutes les puissances de l'abîme. Leurs vêtements , leurs bouches et leurs visages jettent du feu. Le vieillard en les voyant se lamente et gémit. Mais Jésus repousse la mort et toute la foule des ministres qui l'accompagnent. Deux archanges, Michel et Gabriel, viennent prendre l'âme de saint Joseph , la plient dans un linceul éclatant et la portent au lieu qu'habitent les justes.
Tel est, Messieurs, le fond de cette légende destinée à mettre en lumière cette vérité morale, que la mort est un châtiment infligé par Dieu à tous les hommes à cause de la désobéissance de notre premier père. En la parcourant attentivement, on se convainc sans peine qu'elle a plutôt le caractère d'une homélie que celui d'une histoire proprement dite; et ce n'est pas une conjecture trop hasardée que de croire qu'elle était destinée à être lue publiquement chez les chrétiens coptes le jour de la fête de saint Joseph. Le récit de la mort du saint vieillard devenait ainsi une lecture édifiante appropriée à la circonstance. Ce qui vient à l'appui de ce sentiment, c'est qu'il est question de cette solennité dans plusieurs endroits de la légende. D'autre part, l'origine copte de cette production semble ressortir du fait seul, qu'on eu dé-
LA LÉGENDE ET l'hISTOIRE. 55
couvrit les premiers vestiges chez les cliréliens de l'Egypte tort zélés dès l'origine pour le culte de saint Joseph. Comme œuvre d'art ou d'imagination, elle est bien au dessous du Protévangile de saint Jacques et de l'Évangile de Nicodème, les deux compositions les plus remarquables parmi celles qui nous occupent en ce moment.
Le Protévangile, faussement attribué à Jacques le Mineur, est ainsi appelé parce qu'il rend compte des événements qui précédèrent la naissance du Christ. 11 a une grande analogie avec l'Évangile de la nativité de Marie et avec l'Histoire de la naissance de Marie et de l'enfance du Sauveur, auxquels il paraît avoir servi de source primitive. Le début est le même dans les trois pièces et rappelle le récit dramatique de la naissance de Samuel, qui ouvre le premier livre des Rois. L'imitation est évidente. Rien de plus gracieux que lapeinture de la vie pastorale de Joachim, père de la sainte Vierge, telle que la présente l'Évangile de la nativité de Marie. Elle mérite d'être rapprochée de ce que l'Écriture sainte offre de plus charmant dans ce genre.
« Il y avait en Israël un homme nommé Joachim de la tribu de Juda. Il gardait ses brebis, craignant Dieu dans la simplicité et la droiture de son cœur ; et il n'avait nul souci, si ce n'est, celui de ses troupeaux, dont il employait les produits à nourrir ceux qui craignaient Dieu, présentant de doubles offrandes dans la crainte du Seigneur et secourant les indigents. 11 faisait trois parts de ses agneaux, de ses brebis, de ses laines et de toutes les choses qui étaient en sa possession : il donnait une de ces parts aux veuves, aux orphehns, aux étrangers et aux pauvres, une autre à ceux qui étaient voués au service de Dieu, et il se réservait la troisième pour lui et pour toute sa maison. Dieu multiplia ses troupeaux à tel point qu'il n'avait pas son égal dans le pays d'Israël. 11 commença ce genre de vie dès la quinzième année de son âge. Lorsqu'il eut vingt ans, il prit pour femme Anne, fdle d'Achar, qui était de la môme tribu que lui, de la tribu de Juda, de la race do David ; et après
d6 les évangiles apocryphes.
qu'il eut demeuré vingt ans avec elle, il n'en avait pas eu d'enfants. »
Voilà bien, si je ne me trompe, le ton simple et naïf des narrations bibliques. La suite y répond entièrement. Comme Elcana dans le livre des Rois,Joachim monte vers Jérusalem pour y présenter son offrande au Seigneur. Mais un scribe du temple, nommé Ruben, le repousse en lui disant: « Il ne t'appartient pas de te mêler aux sacrifices que l'on offre à Dieu, car Dieu ne t'a pas béni ; il ne t'a pas donné de rejeton en Israël. » Je cite tour à tour le Protévangile de saint Jacques et l'Histoire de la nativité de Marie, car les deux récits se complètent l'un par 1 autre. Couvert de honte en présence du peuple, Joachim quitte le temple en pleurant : il ne retournera pas dans sa maison, mais il ira dans le désert pour y fixer sa tente. Un ange lui apparaît pour le consoler dans la solitude et lui annoncer la naissance de Marie. Pendant ce temps Anne déplorait son veuvage et sa stérilité. La fête du Seigneur survient, et au lieu de se réjouir avec tout Israël, elle reste noyée dans la tristesse. 11 n'y a pas jusqu'à sa servante Judith qui n'insulte à sa douleur. Ce dernier affront fait déborder son cœur. Elle quitte ses vêtements de deuil, elle orne sa tête et se revêt de ses habits de noces. Vers la neuvième heure, elle descend dans le jardin pour s'y promener, et voyant un laurier elle s'assied dessous, exhalant sa plainte devant le Seigneur. Permettez-moi de vous citer cette touchante élégie de l'épouse juive privée des gloires et des joies de la maternité. La poésie profane n'a rien qui surpasse ce beau morceau:
« Dieu de mes pères, écoutez ma prière, et bénissez-moi comme vous avez béni Sara, à qui vous avez donné un fils I — Et levant les yeux elle vit sur le laurier un nid de passereaux, et elle se mit à pleurer :
(( Hélas! à qui me comparer? disait-elle en elle-même. De qui suis-je donc née pour être ainsi la malédiction des enfants d'Israël ? Ils me raillent et m'outragent et ils m'ont chassée du temple du Seigneur mon Dieu !
LA LÉGENDE ET l'hISTOIRE. 57
« A qui me comparer? — Je ne puis me comparer aux oiseaux du ciel, car les oiseaux du ciel sont féconds devant vous, Seigneur !
« A qui me comparer? — Je ne puis me comparer aux animaux de la terre, car les animaux sont féconds devant vous, Seigneur !
« A qui me comparer ? — Je ne puis me comparer aux fleuves et à la mer, car la mer et les fleuves ne sont point frappés de stérilité ; uu calmes ou émues, leurs eaux remplies de poissons chantent vos louanges, S.eigneur !
« A qui me comparer? — Je ne puis me comparer à la terre, car la terre porte son fruit en son temps, et sa fertilité vous bénit, ô mon Dieu ! »
Peut-être, Messieurs, avez -vous été tentés de m'accuser d'exagération, quand je parlais des beautés littéraires que renferment les Évangiles apocryphes. J'espère que la lecture de ce beau fragment aura dissipé dans votre esprit toute espèce de défiance. Pour ma part, je le répète, je ne connais rien dans la poésie élôgiaque d'un peuple quelconque, qui dépasse ces strophes plaintives, ce cantique de douleur de la femme juive qui, à la vue d'un nid de passereaux, se plaint au Seigneur de sa stérilité, qui passe en revue toute la création pour opposer ce qu'elle appelle son ignominie à la fécondité que Dieu a mise dans la nature entière. Pour bien comprendre tout ce qu'il y a de couleur locale dans cette poésie, vraie peinture des mœurs juives, il faut se rappeler quelle idée d'opprobre s'attachait à la stérilité parmi le peuple hébreu. Chaque femme de Juda ne pouvait-elle pas se flatter de donner naissance au Messie, ou du moins de devenir la tige bénie de laquelle sortirait le rejeton de Jessé? Aussi, avec quel accent de joie Anne célèbre son triomphe, quand l'ange lui annonce que Dieu vient d'exaucer sa prière! Avec quel noble orgueil elle annonce aux douze tribus que le temps de son humiliation est passé, que désormais elle peut marcher le front haut parmi les femmes d'Israël ! 11 n'y a que le Magnificat ou le cantique d'Anne mère de Samuel,
qui dépasse ce langage tout frémissant de poésie lyrique : « Je chanterai les louanges du Seigneur mon Dieu, car il m'a visitée et il m'a délivrée de l'opprobre dont me couvraient mes ennemis. Le Seigneur m'a donné un fruit de justice qui m'a enrichi devant lui. Qui annoncera aux enfants de Ruben qu'Anne a un nourrisson ? Écoutez, écoutez, vous les douze tribus d'Israël, voici qu'Anne allaite ! »
Dans l'Histoire de la nativité de Marie, l'allégresse qui fait bondir le cœur de l'épouse juive, éclate avec moins de puissance que dans le Protévangile de saint Jacques: elle est plus calme mais non moins émouvante :
c( Le Seigneur tout-puissant, le Dieu des armées s'est souvenu de sa parole et il a visité son peuple dans sa visite sainte, afin qu'il humilie les nations qui s'élevaient contre nous et qu'il convertisse leurs cœurs à lui. Il a ouvert ses oreilles à nos prières et il a éloigné de nous les insultes de nos ennemis. La femme stérile est devenue mère, et elle a enfanté pour la joie et l'allégresse d'Israël. Voici que je pourrai présenter mes offrandes au Seigneur, et mes ennemis n'ont pas pu m'en empêcher. Le Seigneur les a éloignés de moi et il m'a donné une joie éternelle. »
Je ne m'étendrai pas sur la cérémonie des fiançailles de Joseph et de Marie, telle qu'elle est décrite dans le Protévangile de saint Jacques et dans les Évangiles de la nativité de la sainte Vierge. Le pinceau de l'école byzantine a reproduit cette belle scène. Marie a atteint sa quatorzième année et le grand prêtre Abiathar songe à lui donner un époux. Il convoque les jeunes gens et les hommes non mariés de la tribu de Juda et leur ordonne d'apporter chacun une baguette. Trois mille se présentent. Tandis que l'assemblée inquiète du résultat prie dans le silence de l'attente, Abiathar entre dans le Saint des Saints pour y offrir le sacrifice. Au moment où il distribue les baguettes déposées dans le lieu saint, il sort de celle de Joseph une colombe plus blanche que la neige, qui, après avoir longtemps volé sous les voûtes du temple, se dirige vers les cieux. A ce signe,
LA LÉGENDE KT l'hISTOIRE. 59
tout le monde reconnaît l'élu du Sei^meur. Joseph, confus d'un honneur si inespéré, allègue son grand âge ; mais le grand prêtre le menace de la colère de Dieu, s'il ne consent à recevoir sous sa garde la vierge d'Israël. Cette scène, dont la fiction a fait presque tous les frais, trahit néanmoins une certaine entente du récit dramatique ; et c'est la poésie, le jeu de l'imagination populaire qu'il faut chercher dans ces légendes primitives, bien plutôt que Thistoire.
Les Évangiles apocryphes ne sont pas aussi heureux dans la description des miracles de l'enfance de Jésus. Là, des fictions grossières déparent trop souvent la simplicité du récit. N'ayant plus à leur service dans cette partie de leur composition que fort peu de données traditionnelles, les auteurs se livrent à toutes les fantaisies de leur imagination et se plaisent à accumuler des fables puériles. Quelques-unes cependant sont assez ingénieuses. Je citerai entre autres le mythe du palmier qui me paraît d'une grande beauté. La sainte famille est en Egypte au milieu d'un désert. L'ombre d'un palmier la protège contre les ardeurs du soleil. La Vierge, s'étant assise, désire avoir un fruit de l'arbre, mais les rameaux trop élevés ne permettent pas d'y atteindre. Alors l'enfant Jésus ordonne au palmier d'incliner sa cime, et l'arbre, obéissant à sa voix, attend pour se relever que les augustes voyageurs aient cueilli le fruit. L'auteur de la légende part de ce fait pour imaginer une belle allégorie :
« Le lendemain ils partirent, et au moment où l'on se remettait en route, Jésus se tourna vers le palmier, disant: Je te dis, palmier, et j'ordonne qu'une de tes branches soit transportée par mes anges et plantée dans le paradis de mon père. Et je te promets en signe de bénédiction qu'il sera dit à tous- ceux qui auront vaincu dans un combat : « Vous avez atteint la palme de la victoire. » Comme il parlait ainsi, voici que l'ange du Seigneur apparut debout sur le palmier : il prit une des branches et s'envola par le milieu du ciel, tenant cette branche à la main. Et les assistants ayant vu cela restèrent comme morts. Alors Jésus leur
parla, disant : « Pourquoi votre cœur s'abandonne- t-il à la crainte ? ne savez-vous pas que cette palme que j'ai fait Irans porter dans le paradis, se^apourtousles saints, dans lelieudes délices, comme celle qui vous a été préparée dans ce désert ?»
Cette allégorie de la palme céleste n'est pas dénuée de valeur poétique, mais en général le récit des miracles de l'enfant Jésus forme la partie faible des Évangiles apocryphes. Ce n'est qu'une répétition de lieux communs obligés qui ne rachètent pas même par une grande variété ce qu'ils ont de puéril et de fantasque.
Jusqu'ici, Messieurs, à part quelques beautés partielles, nous n'avons rencontré dans les Évangiles apocryphes aucun cadre largement tracé, rien qui puisse ressembler à une conception vaste et hardie. Toutes ces légendes se ressemblent entre elles et ne s'élèvent pas au dessus des formes simples du récit populaire. Avec l'Évangile de Nicodème, nous atteignons presque à la poésie épique. C'est une descente aux enfers qui a inspiré quelques beaux passages du Paradis perdu de Milton et de la Messiadc de Kiopstock. Le titre de cette pièce n'est pas fort ancien, car il ne paraît dans aucun écrivain de l'Église latine avant Vincent de Beauvais et Jacques de Voragine. De plus, aucun manuscrit grec ne le porte en tète, et la plupart des manuscrits latins ont une inscription différente. Ce qui a pu faire glisser le nom de Nicodème dans le litre, c'est qu'il se trouvait dans le prologue : dès lors il semblait tout naturel d'attribuer à ce personnage le récit d'un événement dont il avait été en partie le témoin. S'il était permis de hasarder une conjecture k cet égard, l'origine de cette supposition se placerait assez bien dans la Grande Bretagne, où une tradition fort répandue regardait Nicodème comme le premier apôtre de ce pays ; c'est ce qui servirait à expliquer la fortune singulière dont l'Évangile en question a joui dans cette contrée. Mais si, négligeant ce dét'^il qui est d'une moindre importance, nous envisageons le mérite littéraire de cette composition, nous y trouverons la première ébauche du poème épique dans le chris" tianisme.
LA LÉGENDE iCT l'hISTOIUE. 61
Déjà Beausobre faisait observer dans son Histoire du Manichéisme, que l'Évangile de Nicodème pourrait bien être composé de deux pièces d'origine différente ^ Cette hypothèse trouve d'abord quelque fondement dans le texte même, qui comprend en effet deux parties bien distinctes. La première donne le récit de la condamnation, de la mort, de la sépulture et de la résurrection de Jésus-Christ ; la seconde se rapporte à la descente aux enfers : de telle sorte qu'on peut les séparer l'une de l'autre sans inconvénient ; et même, une différence de style assez sensible entre les deux semble justifier cette division. Mais ce qui élève la conjecture de Beausobre au rang d'une opinion très-probable, c'est que la plupart des manuscrits grecs reproduisent la première partie de la relation, à l'exclusion de la seconde. Nous sommes donc autorisés à regarder leur réunion en un même corps d'ouvrage comme postérieure à leur composition. Si maintenant l'on envisage le genre de preuves alléguées dans l'Évangile de Nicodème en faveur de la résurrection de Jésus-Christ et de sa descente aux enfers, le but dogmatique de cet écrit devient manifeste. Pour triompher de Fincrédulité de ses compatriotes, l'auteur, Juif converti selon toute apparence, invoque les témoignages des principaux de la nation, de ceux-là mêmes qui avaient montré le plus d'acRarnement contre le Sauveur, d'Anne et de Caïphe. S'il fallait s'en rapporter à la préface même du livre, ce serait un ancien docteur de la loi nommé Émée, qui, sous l'empire de Théodose, aurait traduit en grec les Actes de Pilate, en y ajoutant le récit de la descente aux enfers. Cela suffirait pour prouver que l'Évangile de Nicodème, sous sa forme actuelle, est d'origine assez récente. C'est le dernier monument de l'histoire légendaire du Sauveur.
Je ne m'arrêterai guère à la première partie de l'ouvrage, qui, sauf quelques détails de moindre intérêt, ne fait que reproduire le récit de la passion de Jésus-Christ, telle qu'elle se trouve dans les Évangiles canoniques. Dans l'impossibilité où nous sommes de pr^ ciser la valeur historique de ces par-
ticularilés, elles ne sont pas pour nous d'une grande importance. La scène s'ouvre au prétoire de Pilate, où les princes des prêtres viennent accuser Jésus. Le gouverneur envoie un messager pour appeler le Sauveur. Au lieu d'accomplir son message, l'envoyé étend par terre le manteau qu'il porte et adore Jésus-Christ. Les Juifs furieux se récrient hautement contre cet acte d'adoration. Au moment où Jésus entre dans le prétoire, les aigles romaines s'inclinent devant lui. Les Juifs, de récriminer contre les porte-enseignes qui s'excusent en disant qu'ils ne font qu'ohéir à une force involontaire. Après ces préhminaires imaginés par l'auteur, l'interrogatoire commence et se poursuit de la même manière à peu près que dans le récit de nos Évangélistes. .Maïs pour ajouter à l'effet dramatique de la scène, le poète fait naître un incident qui, s'il n'est pas conforme à la vérité historique, fait du moins honneur à son imagination. Au milieu des clameurs forcenées de la foule qui vocifère contre le Christ, apparaissent soudain les témoina à décharge. C'est le paralytique guéri sur le hord de la piscine, c'est l"aveugle-né, un boiteux, un lépreux, ce sont les témoins de la résurrection de Lazare, la femme guérie d'un flux de sang, que le légendaire, par une fiction pleine de sentiment, identifie avec celle qui présentera le suaire au Sauveur sur le chemin de la croix. Assurément, au point de vue dramatique, cet incident est d'une belle invention : aussi, en reproduisant cette scène au moyen âge, les confrères de la Passion ne manqueront-ils pas de tirer parti de cette circonstance empruntée à l'Évangile de iNicodème. Le reste n'ajoute rien ou peu de chose au récit de la Passion. Mais c'est à partir de la résurrection de Jésus-Christ que la légende change de ton et entre, à proprement parler, dans le domaine de la fiction poétique.
Nous savons d'après l'Évangile de saint Matthieu ', qu'au moment où le Sauveur rendit l'âme, plusieurs morts sortirent de leurs tombeaux et se rendirent à Jérusalem, où ils apparurent à quelques personnes. C'est ce fait que l'auteur de