Buur. Pastoralbriefe, p
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d'une Église vénérant depuis trois siècles, dans les assemblées du culte, une Épilre sortie du milieu d'elle.
Je passe à l'analyse de la Lettre, et pour ne pas étendre à la critique moderne en général un reproche qui natteinl qu'un petit nombre d'écrivains, je dois ajouter que sonauthen' ticité ne soulève pas une ombre de doute chez la grande majorité des érudits. Sa physionomie, ou son caractère dogmatique et moral, est en tout semblable à ceUe des Épîtres de saint Ignace: c'est ce qui me permettra d'être court sur ce point. Môme esprit dans l'exhortation morale, môme but dans la réfutation des hérésies. L'évêque de Smyrne félicite les Philippiens de l'accueil charitable qu'ils ont fait au martyr d'Antioche et à ses compagnons -, il sait que la foi est enracinée dans leurs cœurs, depuis que saint Paul leur a prêché l'Évangile de vive voix et par écrit. C'est pourquoi il ne fera que leur rappeler ce qu'ils ont appris de l'apôtre. Il trace rapidement le tableau des devoirs généraux de la vie chrétienne, après quoi il passe aux devoirs d'état. Les femmes mariées, les époux, les veuves, les diacres, les jeunes gens, les prêtres reçoivent des conseils appropriés à leur condition. Quel touchant esprit de charité dans les règles de conduite qu'il propose au clergé de Philippes !
« Soyez miséricordieux et pleins de compassion pour tous, ramenez dans la droite voie ceux qui s'égarent, visitez tous les malades, sans négliger la veuve, l'orphelin et le pauvre; ne cherchez que le bien devant Dieu et devant les hommes» bannissez la colère et ne faites acception de personne, mais jugez tout le monde selon la justice. Fuyez l'avarice. N'acceptez pas facilement les rapports qu'on vous fait, et ne jugez pas avec trop de sévérité la conduite des autres, vous rappelant que vous-mêmes vous êtes pécheurs. Nous supplions le Seigneur de nous pardonner nos fautes; pardonnons également les offenses que nous recevons. Car nous sommes sous les yeux de Dieu, et le jour viendra, où nous paraîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ, pour lui rendre compte de nos ctes... »
L'àme du saint évoque se peint tout entière dans ces paroles qui respirent à un si haut degré la charité évangélique. Un des prêtres de Philippes, Valons, s'était rendu coupable du péché d'avarice: peut-être avait-il détourné pour son propre usage la collecte destinée aux pauvres. Polycarpe souhaite qu'il efface par la pénitence le scandale donné. En môme temps que l'évêque cherche à ranimer dans le cœur de ^es lecteurs l'esprit de charité, il s'inquiète de leur foi menacée par les Docètes. Il s'élève contre ces hérétiques avec la même énergie qu'y mettait saint Ignace.» Quiconque ne confesse pas que Jésus -Christ est venu dans la chair, dit-il après saint Jean, est un Ante-christ.)) 11 apphque sans détour à ces rêveurs la qualification dont il se servira plus tard pour désigner, Marcion, celle de « premier-né de Satan. » Dieu a fait de grandes grâces aux Philippiens. Après avoir joui de la présence de saint Paul et des autres apôtres, ils ont eu sous les yeux l'exemple d'Ignace, de Zosime et de Rufus. Comme ces courageux athlètes, ils trouveront au terme de leur carrière la récompense promise à ceux qui servent Dieu fidèlement, ou qui donnent leur vie pour lui. En terminant sa Lettre, Polycarpe prie l'Église de Philippes de lui transmettre quelques détails sur le martyre de Saint Ignace, dont il ignore les circonstances- Cette pieuse curiosité, qui s'explique d'elle-même, prouve que la composition de l'Épître suivit de près la mort de l'évêque d'An tioche.
Ce qui prête. Messieurs, à ce monument de la tradition chrétienne une haute importance, ce sont les nombreuses citations du Nouveau Testament qui s'y trouvent semées. Sous ce point de vue, nul autre écrit des Pères apostoUques ne mérite plus d'attention. DéjàEusèbe en faisait la remarque au sujet de la première Épître de saint Pierre, que l'évêque de Smyrne cite textuellement près de dix fois. 11 en est de même des Épîlres de saint Paul aux Romains, aux PhiUppiens, aux Galates, aux Éphésiens, aux Corinthiens, des deux Lettres pastorales adressées à Timothée, de la première Épître de saint Jean, des Actes des Apôtres et des Évangiles de saint Mathieu
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et de saint Luc. Je ne m'arrête pas à prouver ce parallélisme de textes, parce qu'il est généralement admis par les critiques^ Ceux-là mêmes.qui ont attaqué l'authenticité de l'Épître se sont vus obligés d'accepter le fait que je signale. Or, vous concevez facilement qu'il en résulte une preuve décisive en faveur des écrits du nouveau Testament. De quel droit, par exemple, le docteur Baur vient-il reculer la date de la composition des deux Épîtres à Timothée, après que saint Polycarpe leur a rendu un témoignage si explicite au commencement du ji*^ siècle ? Les passages que leur emprunte ce Père ne prouvent-ils pas sans réplique qu'elles étaient répandues à une époquebien antérieureà celle qu'imagine le critique allemand. Cette remarque ne s'applique pas avec moms de justesse aux deux Évangiles et à toutes les Lettres apostoliques citées par l'évoque de Smyrne. Évidemment, les divers écrits du Nouveau Testament étaient propagés dans l'Église depuis un certain temps; sinon, on ne s'expliquerait pas l'usage qu'en faisait le disciple de saint Jean.
Si je ne me trompe, Messieurs, vous comprenez à présent pourquoi l'exégèse rationaliste s'est acharnée avec tant d'opiniâtreté contre les écrits des Pères apostoliques. C'est qu'ils sutflsent pour enlever à ses hypothèses toute espèce de fondement. En effet, quel est le grand thème que le rationalisme allemand n'a cessé de développer dans ces dernières années ? C'est que la majeure partie des livres du Nouveau Testament ne remontent pas à l'époque que l'Église leur a toujours assignée, c'est que les Évangiles en particuher n'ont été composés qu'au ii^ siècle. On sait tous les efforts qu'a faits le docteur Strauss pour accréditer ce dernier sentiment. Or, dans ce système, il fallait faire table rase de tous les témoignages qui pouvaient le détruire, en imaginant une période d'un siècle au moins, où n'apparaîtrait aucune trace du Nouveau Testament : cette période, onl'éten-
1. Hilgcnfeld, Die aposlolischen vàier, p. 284 ; Lubkert, Die Théologie der aposi Valer in Nicdners' Zeitschrift, Hambourg, 185i ; Schwegler, Das nacha^ ostolische Ztitaller, il, 154.
dit jusqu'après la première moitié du ii» siècle. De cette manière on s'ouvrait un espace vide, qu'il était facile de remplir de toute sorte de créations: altération de croyances, supposition de livres, formation mythique, tout s'alignait dans cette période inoccupée. Or les écrits des Pères apostoliques étaient là pour combler cette prétendue lacune ; et cette deuxième ligne de témoins couvrait la première, de telle sorte qu'on ne pouvait rompre Tune sans ébranler l'autre. Dès lors, la voie était toute tracée pour la critique rationaliste. Rejeter au lu^ siècle les écrits des disciples des apôtres avec la même souplesse d'affirmation qu'on avait mise à placer au ii^ ceux des apôtres, telle fut la tactique du parti. Mais il n'est pas facile de briser une chaîne dont les anneaux se suivent et se tiennent sans interruption. Par delà cette deuxième ligne de témoins qu'on s'étaît efforcé de rompre, apparaissait une troisième pour couvrir les deux précédentes. De môme que les Clément, les Ignace, les Polycarpe témoignaient en faveur des écrits de saint Pierre, de saint Paul, de saint Jean et du reste des apôtres, les Irénée, les Origène, les Eusèbe, les Jérôme se présentaient à leur tour pour défendre les écrits des Pères apostoliques. Comment se débarrasser de cette troisième série de témoignages ? Nier l'authenticité des ouvrages des Pères du iif et du iv® siècles ? Franchement, cela devenait fastidieux et le procédé courait risque de se détruire par lui-même. Une fois engagé dans cette voie, où s'arrêterait-on ? Ce n'est pas que nos critiques ne fussent hommes à tenter l'aventure : ni l'imagination ni le courage ne leur manquaient pour cela ; mais une machine de guerre trop usée pouvait devenir une arme dangereuse dans les mains de ceux qui s'en serviraient. On adopta un nouveau genre d'attaque contre cette pléiade de grands hommes, dont les écrits touchent au Nouveau Testament par ceux des Pères apostoliques, et, ne pouvant nier l'authenticité de leur témoignage, on se mit à en déprécier la valeur. Ignorance, légèreté, défaut de critique, mauvaise foi même, nul reproche ne leur fut épargné ; et, après leur avoir prodigué ces amé-
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nités de bon goût, on crut encore leur avoir fait beaucoup d'honneur en les laissant tranquilles possesseurs de leurs écrits. Nous avons vu un échantillon de ce procédé dans la controverse touchant les Épîtres de saint Ignace, et mon intention n'est pas de revenir là -dessus. Je me reprocherais presque, Messieurs, de m'être arrêté trop longtemps à ces questions d'authenticité, si l'attention si soutenue dont vous m'honorez, ne me prouvait que vous en comprenez toute l'importance et la gravité. Je disais, il n'y a qu'un instant, que les écrits des Pères apostoliques fournissent un argument irréfragable en faveur de l'authenticité du Nouveau Testament. En effet, si les Évangiles et les Lettres des apôtres se trouvent cités dans des ouvrages composés au i^' siècle ou au commencement du ne, il s'ensuit évidemment qu'ils étaient répandus à cette époque et même auparavant. Or rien n'est plus manifeste que la grande quantité de textes empruntés au Nouveau Testament par l'Épître de saint Barnabe, celle du pape saint Clément, le Pasteur d'Hermas, les Lettres de saint Ignace, de saint Polycarpe, et l'Épître à Diognètc. Sans doute, parmi ces citations, il en est beaucoup qui paraissent faites de mémoire, sans le souci de l'exactitude littérale, et qui par suite s'écartent, dans les mots, des endroits parallèles de l'Écriture : c'est une liberté dans la manière de citer ou une latitude d'emprunt que les Pères se permettent généralement ; on la retrouve même chez les écrivains et les orateurs modernes. Aussi n'est-ce pas de ces textes-là qu'on peut argumenter en toute sûreté, pour prouver l'existence des diverses parties de l'Écriture à la fin du i'^' siècle. Mais il en est un grand nombre qui reproduisent des passages de nos livres inspirés avec une précision telle que la conclusion ne saurait être douteuse pour un esprit droit et impartiaL Ce lablcau comparatif a été dressé par des critiques contemporains, parmi lesquels il s'en trouve plusieurs dont l'autorité peut sembler d'autant moins suspecte qu'ils ne partagent pas nos croyances ^ 11 résulte de leurs travaux, dont je me
1. Hilgenfeld et Lubkert, ibid. ; Héfelé, Ed. des Pères apostol, Tubingue
borne à VOUS présenter les conclusions, que tous les écrits (lu Nouveau Testament existaient au commencement du ii^ siècle. Ainsi, l'ÉpUre de saint Barnabe suppose à tout le moins l'existence de l'Évangile de saint Matthieu, dont elle reproduit des passages entiers ^ A côté des Evangiles de saint Matthieu et de saint Luc, dont elle se plaît à combiner les textes, Ja première Lettre de saint Clément aux Corinthiens cite fréquemment les Épîtres de saint Paul aux Romains, aux Hébreux, et la première aux Corinthiens ^. Plusieurs critiques, dont on ne saurait révoquer en doute ni la science ni la sévérité, y ajoutent avec raison l'Ëpître de saint Paul à Tite, les deux Épîtres de saint Pierre et celle de saint Jac- (jues ^. On ne saurait nier davantage l'emploi alternatif des Évangiles de saint Luc et de saint Matthieu dans le fragment d'Homélie intitulé « deuxième Épître de saint Clément aux Corinthiens. » Si le caractère particulier du Pasteur d'Her mas excluait un usage fréquent de l'Écriture, on n'y trouve pas moins des passages de saint Matthieu et de saint Marc; et si les rapprochements signalés par la critique contemporaine entre ce livre et l'Apocalypse de saint Jean ne manquent pas de fondement, il s'ensuivrait que l'imitation d'Hermas suppose l'existence de l'original inspiré ^. Le témoignage des Épîtres de saint Ignace est encore plus explicite : ce serait nier l'évidence que de ne pas y reconnaître des emprunts manifestes à l'Évangile de saint Matthieu, aux deux premières Lettres de saint Jean, aux deux Épîtres de saint Paul aux Corinthiens, à l'Épître aux Éphésiens. Le docteur Hilgenfeld d'iéna, qui s'ingénie à atténuer autant qu'il peut la force de cet argument tiré des Pères apostoliques, n'ose pas
1855, ad calcem ; Albert Dressel, Éd. des Pères apostol., Leipzig, 1857, ad calcem. — Anger, Stjnopsis Evang. Matlh., Marc, et Luc, etc.. Leip/ig,
1. Kostliii, Ursprung und Composition der sijnopt. Evangel., p. 122.
2. Ritschl, TJéberden gegemvartigen Stand derChritik dersynopt. Evang. 1851 ; Hilgcnfeld, Lubkert, loc. cit.
3. Lubkert, ib. — Héfelô, loc. oit. ; Wotton et Jacobson, etc.
4. Kostlin, ibid. ; Jachmann, Der Hirte des Ilcrmas, Kœnigsber" 1835.
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nier que l'Évangile de saint Jean lui-même se reflète en divers endroits des Épîtres de saint Ignace *. J'ai déjà dit quelles lumières l'Épître de saint Polycarpe aux Philippiens vient répandre sur un point que le rationalisme protestant s'efforce en vain d'obscurcir. Comment nier, en effet, que l'évèque de Smyrne ait eu sous les yeux la première Épître de saint Jean, lorsqu'on lit dans la Lettre aux Philippiens ces passages de l'apôtre : « Quiconque ne confesse pas que Jésus-Christ est venu dans la chair est un antechrist )> ? Enûn, l'Épître à Diognète dont nous nous occuperons bientôt, fournit un dernier argument en faveur de l'Évangile de saint Jean, dont elle reproduit des passages tels que ceuxci : « Dieu a aimé les hommes, auxquels il a envoyé son Fils unique., il l'a envoyé pour les sauver et non pour les juger ^. » On y trouve également des citations de la première Épître de saint Paul aux Corinthiens et de l'Épître aux Romains. Nous pouvons donc résumer les travaux de la-critique la plus sévère et la mieux autorisée, en disant que les diverses parties du Nouveau Testament existaient à la fin du i'^ siècle et, par conséquent, que les écrits des Pères apostoliques rendent à leur authenticité un témoignage irrécusable.
C'est ainsi, Messieurs, que la vérité trouve sa défense dans l'attaque marne qu'on essaie de diriger contre elle. Voilà pourquoi je disais dans l'une de mes Leçons précédentes que, loin de nous effrayer du mouvement théologique qui s'opère en Allemagne depuis un demi-siècle, nous sommes persuadés qu'il en sortira un ensemble de preuves tel qu'aucun esprit sincère ne pourra en méconnaître la force. Les monuments de la parole chrétienne, plus étudiés et par suite mieux connus, se renverront leurs clartés mutuelles, et il n'est pas jusqu'aux témérités d'un criticisme outré qui ne tourneront au profit de la vraie science. Nous venons de voir de quel secours peuvent être les écrits des Pères apos-