Ililgenfcld, loc. cit., p. 283 ; Glossolalie, p
2. T^r. de S. Jean, III, 10, 17, Liibkert, loc. cit. ; Otto, Ep. ad Diognet., Leipzig, 1852.
loliqucs pour défendre l'authenticité du Nouveau Testament; ils suffisent également pour faire justice d'un système auquel nous avons touché plus d'une fois, et qui a trouvé beaucoup d'écho dans TAllemagne protestante. iNe pouvant réussir à mettre quelque unité dans ses croyances, le protestantisme allemand a voulu transporter ses divisions dans lEglise primitive, et pour colorer ses propres variations d'un prétexte spécieux, il en a fait remonter la source jusqu'aux 'apôtres eux mômes. A l'entendre, la doctrine du Christ se S'irait fractionnée dans les mains de ses disciples, et chacun d'eux lui aurait imprimé un caractère plus ou moins exclusif. Par suite de ces divergences dans la manière de comprendre ou d'envisager l'enseignement du Maître, trois écoles se seraient formées, et avec elles trois grands systèmes que, dans leur fécondité à trouver des mots barbares pour des idées étranges, certains critiques allemands ont appelé le Pétrlnisvie, le Paulinisme et le Johannitisme, k vrai, dire, cette théorie n'est pas neuve : déjà, dans les deux derniers siècles, plusieurs déistes anglais, Morgan entre autres, s'étaient appuyés sur l'Épître aux Galates pour trouver une opposition entre saint Pierre et saint Paul. Cette thèse singulière fat reprise après eux par quelques auteurs allemands tels que Augusti, Schmidt, Wesgscheider et Planck^Déjà Michaëlis, protestant comme eux, leur démontrait l'absurdité de cette opinion par le document même qu'ils invoquaient, l'Épître aux Galates. Car, en reprochant à saint Pierre d'agir en désaccord avec ses propres principes dans un cas particulier, l'apôtre prouve, par le fait même, que le chef "de la hiérarchie était à ses yeux irrépréhensible dans la doctrine. A coup sûr, rien n'est moins sérieux qu'une théorie bâtie sur un fondement si léger, et il faut un esprit d'invention peu ordinaire pour élever un détail de conduite à la hauteur d'un système doctrinal. Telle est pourtant la base ruineuse sur
1. Augusti, Uebersetzungiind Erhlarung der catholishhen Briefe^;^chm\dl, Kirchengeschichle, i, 73 ; Wegscheider, Inslit. theol. christ, dogm , éd. vil. Halle, 1833, p. 178 ; Planck, Das Princip. des Ebionitismus, p G et suiv.
422 l'éiutre de saint polvcaupe.
laquelle le docteur Baur et Técole rationaliste de Tubingue ont construit, il y a peu d'années, tout l'échafaudage de leur critique ; car c'est du passage de l'Épître aux Galates qu'ils sontpartis également pour imaginer l'antithèse du Pétrinisme et du PauKnisme, qui, seule, leur paraît donner la clef de la dogmatique chrétienne dans les deux premiers siècles '. Baur n'a pas d'autre critérium pour discerner les écrits authentiques des apôtres de ceux qui lui semblent apocryphes. Les Actes des apôtres, par exemple, établissent une concordance parfaite entre saint Pierre et saint Paul : cela suffit pour que l'audacieux critique en recule la composition dans le milieu duii" siècle. Assurément, voilà de la critique de fantaisie, ou bien j'ignore ce qu'il faut appeler de ce nom ; et l'on s'étonne à bon droit que des érudits qui se piquent d'une gande sévérité dans l'examen des faits, se contentent d'un texte mal interprété pour faire pivoter tout un système sur la pointe d'une aiguille. Non-seulement- le coup d'œil le plus exercé ne saurait découvrir un vestige d'opposition doctrinale dans les Lettres apostoliques, mais les écrits des disciples immédiats des apôtres achèvent de ruiner une supposition que la science désavoue non moins que la foi.
En effet, s'il avait régné entre les apôtres quelque dissentiment sur la doctrine, nous devrions le retrouver parmi ceux qui, après avoir été leurs disciples, étaient devenus leurs successeurs dans le gouvernement des Églises. Nous pouvons même affirmer, dans cette hypothèse, que l'opposition n'eût fait que grandir avec le temps ; car les germes de division se développent peu à peu et finissent par éclore : ce qui n'était à l'origine qu'une tendance exclusive peut devenir finalement un schisme ou une hérésie formelle. Si dt)nc saint Pierre, saint Paul et saint Jean, avaient été la tige ou le point de départ de trois systèmes difi'érents ou même contraires, nous démons à tout le moins surprendre quelque Irace de ces antithèses dans les écrits de leurs disciples. Or,
1. Baur, Der Apostel Paiilus, 18ir» ; Die christliche Kirche der drei erstcn Jahrhunderte 1853, etc.; Schwegler, Das nachapostolische Zeitalter, 1846.
LES APÔTHES ET LEUHS DISCIPLES. 423
ce qui frappe précisément, lorsqu'on les parcourt avec attention, c'estruniformité qu'ils présentent et l'accord parfait qui s'y révèle. Prenons par exemple ce qu'on a appelé l'école de saint Jean. Si par cette expression on entend désigner ce groupe de disciples qui ont vécu dans un commerce plus intime avec saint Jean, je ne vois aucune difficulté à l'emploi de ce terme. Il est clair que chaque apôtre a dû associer à ses travaux un certain nombre de disciples formés par son enseignement. C'est ainsi que la tradition rattache par un lien plus étroit saint Clément et saint Marc à saint Pierre ; Tite, Timotliée et saint Luc à saint Paul ; saint Ignace et saint Polycarpe à saint Jean. Nous pouvons ajouter aux évêques deSmyrne et d'Antioche,Papiasévêque d'Hiérapolis, dont le témoignage touchant les Évangiles de saint Matthieu et de saint Marc, conservé par Eusèbe, vient fortifier ce que nous citions tout à l'heure '. Ces trois hommes célèbres de l'Église primitive ont dû à saint Jean leur éducation théologique. Déplus, tout porte à croire qu'en recevant la doctrine de leurs maîtres, les disciples des apôtres leur empruntaient également une forme ou un mode d'enseignement déterminé: car l'unité doctrinale n'exclut point les caractères distinctifs de l'orateur ni de l'écrivain. Mais ce qu'une critique, qui ne veut pas se payer de mots, ne saurait admettre d'aucune façon, c'est qu'il ait existé entre les apôtres une ombre de dissentiment dans la doctrine elle-même. Les disciples de saint Jean nous en fournissent une preuve éclatante. Certes, Messieurs, on ne saurait méconnaître l'air de parenté qu'offrent les écrits de saint Ignace et de saint Polycarpe avec l'Évangile et les Épîtres de saint Jean. L'esprit du maître, ce mélange admirable d'onction et de fermeté apostolique, a passé tout entier dans ses disciples. En établissant la divinité du Verbe et la réalité de son incarnation contre les Ébionites, les Cérinthiens et les Docétes, les deux évêques ne font que suivre le plan de défense ou d'instruction tracé par l'Apôtre au commencement de son Évangile et dans ses deux