Eusèbe, Hist. ceci , m, 59. — Irénéc adv. hœr., v
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premières Épître?. S'ils continuent la polémique chrétienne sur le terrain où saint Jean l'avait placée, ils réfléchissent son enseignement jusque dans leur style, auquel viennent se mêler des expressions particulières à cet Apôtre. 'C'est ainsi que saint Ignace a coutume d'appeler Satan « le prince de ce siècle * » ; comme saint Jean, il se plaît à désigner la grâce divine sous l'image d'une eau vive dont la source est en Dieu 2. Lorsqu'on trouve dans l'Épître aux Romains ces locutions de « breuvage de Dieu, pain de Dieu, pain venu du ciel, pain de vie », qui expriment le corps et le sang eucharistique du Sauveur, on croit entendre un écho des célèbres paroles de s iint Jean au sixième chapitre de son Évangile. Aussi, le rapport de saint Ignace et de saint Polycarpe avec saint Jean n'a-t-ii jamais soulevé de doute sérieux : ils reproduisent le fond de sa doctrine avec la forme même de son enseignement. Mais ce que je vous prie de remarquer, c'est que ce rapprochement n'a rien d'exclusif. Nous ne sommes pas ici en présence d'une école professant un symbole particulier. Disciples de saint Jean, comme l'attestent leurs Épîtres d'accord avec la tradition, Ignace et Polycarpe ne se rattachent pas moins à saint Pierre et à saint Paul, dont ils citent les écrits plus fréquemment encore que ceux de leur maître. Saint Ignace, en particulier, est tout pénétré de saint Paul, qu'il semble avoir pris pour modèle dans ses Lettres aux Églises de l'Asie Mineure. La ressemblance est telle, que Daillé arguait dune imitation qui lui paraissait excessive, pour attaquer l'authenticité des Épîtres de saint Ignace ; et je ne sache pas qu'un seul écrivain ait -osé nier cette analogie frappante. J'en dirai autant tie saint Polycarpe : non content de célébrer saint Paul en termes magnifiques, il lui emprunte en outre, ainsi qu'à saint Pierre, une foule de passages, qui font ressembler son Épître aux Philippiens à une véritable glose du Nouveau Testament. Voilà donc deux disciples de saint Jean, qui se font
l. s. Jean, xvi, II. — S. Ignace aux Rom., vii; aux Éph., xvih; aux Magnés., i ; aux TralL, iv.
l. S. Jean, vu, :58, 39; .S'. Ignace aux Rom., vu.
gloire de suivre en tout l'enseignement du reste des apôtres. Saint Pierre, saint Paul et saint Jean sont à leurs yeux un triple canal, par lequel une même doctrine découle jusqu'à eux d'une seule source, qui est Jésus-Christ. Ce fait unique suffirait pour réduire à l'état de chimère cette prétendue opposition entre les trois grands apôtres, que leurs disciples immédiats n'ont pas même soupçonnée.
Cette identité de vues et de doctrines dans rcnscigneuient apostolique se manifeste encore plus vivement dans 1 Kpître du pape saint Clément aux Corinthiens, à laquelle vous me permettrez de revenir un instant. I^ersonne jusqu'ici n'a nié que ce Père apostolique se soit trouvé en relation étroite avec saint Pierre, auquel il succéda sur le siège de Rome. Sans accepter en tout point la version des Clémentines, nous avons reconnu que ce fait ne souffre pas de contestation. D'autre part, il n'est pas moins certain que l'Épître de saint Clément est une imiitation constante des Épîtres de saint Paul aux Romains, aux Corinlhicns^t aux Hébreux. Si donc il y avait eu entre les deux apôtres cette différence de doctrine qu'ont imaginée certains critiques protestants, nou^ devrions, à tout le moins, en rencontrer quelque vestige dans leur disciple commun. Que d'ouvrages publiés en Allemagne depuis un quart de siècle pour établir que saint Paul attribue la justification à la foi seule, et saint Pierre à la foi jointe aux œuvres ! Clément, formé à l'école de ces deux grands hommes, a-l-il le plus léger soupçon d'un pareil dissentiment? Lisez sa lettre et répondez. Comme saint Paul, comme l'Église catholique tout entière Clément enseigne aux Corinthiens que nous sommes justifiés par la foi. Mais cette foi, quelle est-elle "• Est-ce une foi morte, ou une foi active, une foi animée par la charité ? Écoutons le disciple de saint Paul expliquant la doctrine de son maître dans le sens de saint Pierre et de saint Jacques :
« Quoidonc, mes frères ! cesserons-nous de faire des bonnes œuvres et négligerons-nous la charité ? A Dieu ne plaise qu'il en soit ainsi parmi nous ! Appliquons-nous à toutes les bonnes
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œuvres avec zèle et de gaieté de cœur. Le souverain Seigneur de toutes choses, l'artisan suprême nous en a donné lui-même un exemple. 11 a établi les cieux dans sa toute-puissance et il les a ornés dans sa sagesse ; il a séparé la terre de l'océan qui l'entoure, et il la soutient sur une base inébranlable.... Ne soyons donc pas étonnés que tous les justes se soient appliqués aux bonnes œuvres : le Seigneur lui-même s'est fait un ornement de ses œuvres, et il y a mis sa joie. Les yeux fixés sur un tel modèle, employons toutes les forces de notre âme à l'œuvre de notre justification. »
Ainsi, tout en admettant le grand principe de la justification par la foi développé dans lÉpître de saint Paul aux Romains, Clément enseigne avec saint Pierre et saint Jacques la nécessité des bonnes œuvres, sans se douter aucunement qu'on pût un jour chercher une diff'érence là où les apôtres euxmêmes n'en trouvaient pas. Vous voyez par là qu'il n'y a pas le plus léger fondement dans ces suppositions toutes gratuites. Les écrits des Pères apostoliques prouvent avec évidence que les disciples de saint Jean s'inspiraient au même degré de saint Pierre, de saint Paul, et réciproquement : leur accord parfait sur tous les points de la doctrine ne faisait que prolonger celui qui n'avait cessé de régner entre leurs maîtres dans la foi.
Vous trouverez peut-être, Messieurs, que l'Épître de saint Polycarpe aux Philippiens nous a entraînés dans une digression assez longue. C'est que nul document de l'Église primitive n'est plus propre à établir, d'une part, l'authenticité du Nouveau Testament, de l'autre, le caractère d'unité que présente la prédication apostolique. Voilà pourquoi j'ai cru devoir, à l'occasion de ce précieux document, traiter avec quelque peu d'étendue celte double question. Après avoir ainsi envisagé le seul fait bien connu de la vie épiscopale de saint Polycarpe, il nous reste à examiner le grand acte qui la termine,. son martyre. C'est ce qui nous amène à étudier l'éloquence chrétienne sous une nouvelle forme, la forme historique, dans les Actes des martyrs.