‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 17 sur 143 · S:rom. n, 0, î, 15, 18, 20 ; v · texte numérisé non relu

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l'esprit et la lettre. 87

qu'au premier âge de l'éloquence chrétienne. D'autre part cependant , nous ne pouvons reculer au delà d'une date certaine celle de la destruction du temple de Jérusalem en 70, car l'auteur en parle expressément au chapitre xvr. De sorte que la critique est réduite à se mouvoir entre ces deux termes extrêmes, sans que rien lui permette de s'arrêter à une époque bien précise. Mais si, ce qui après tout est le point capital, l'ancienneté de l'Épître n'est contestée par personne, il n'est pas sans intérêt de savoir au juste à quoi s'en tenir sur son véritable auteur. Là-dessus la science "s'est partagée jusqu'à nos jours. Comme dans la plupart des questions d'érudition sacrée, ce sont les bénédictins français du xvif siècle qui ouvrent la marche ; et pour le dire en passant, la critique allemande, si justement fière -de ses travaux, ne confesse pas toujours avec la modestie qu'il faudrait tout ce qu'elle leur emprunte. C'est à deux religieux de la congrégation de Saint-Maur , dom Ménard et dom Luc d'Achéry, que nous devons la première édition de l'Epître de saint Barnabe. Avec la réserve qui d'ordinaire distingue l'esprit critique de son ordre , le P. Ménard émet des doutes sur l'authenticité de la lettre, sans se prononcer formellement. Cotelier , une des gloires de la Sorbonne, est déjà plus explicite : il incline vers la négative. Attaquée plus résolument par Noël Alexandre, Rémi Ceillier, Mosheim et Lumper, l'authenticité de l'Épître est défendue avec non moins de vigueur par Isaac Vossius, Elites Dupin, Le Nourry et Gallandi ^ De nos jours, le débat s'est ravivé en Allemagne avec une force qui ne s'est pas ralentie. Les arguments se croisent pour ou contre à travers les livres et les revues de théologie si nombreuses dans

1. V. l'édition des Pères apostoliques de Cotelier. —Noël Alex,, Hist. ecclés., siècle i, c xu, art. 8. — Reiiii Gcil., Histoire générale des auteurs sacrés, tom. I, p. 498 et suiv. — Mosli. Commentar. de rébus christ., p. 161. — Lumper, Historia theol. critica, t. I, p. 150. — Dupin, Bihlioth. des auteurs ecclés. t. I, p. 6 et suiv. — Le Nourry. Apparatus ad Bihlioth max. Patrum t. I, dissert, 3. — Gallandi, Bihlioth. vet. Patrum, t. I, prolegom, p. 29 et seq.

ce pays. D'un côté Hug, Ullmann, Néander, Héfelé ont employé toutes les armes de l'érudition pour enlever à saint Barnabe l'Épître qui porte son nom. Dans le camp opposé, Moehler, Ilenke, Roerdam et Franke ont défendu le terrain pied à pied pour maintenir l'apôtre en possession de son œuvre ^ Comme il arrive d'ordinaire dans ces luttes extrêmes, un tiers parti s'est formé pour essayer d'un compromis entre les uns et les autres. Selon le docteur Schenkel, organe de cette opinion mitoyenne, une partie de l'Épître seulement reviendrait à saint Barnabe ; le reste devrait son origine à un remaniement opéré un peu plus tard par un thérapeute chrétien -. Mais il n'a pu échapper à la destinée qui menace le plus souvent les hommes de conciliation : en venant se jeter au travers des parties belligérantes, il a eu à essuyer le feu des deux camps ennemis, et par le fait sa position n'était pas tenable. Il est hors de doute, en effet, que Clément d'Alexandrie et Origène avaient sous les yeux l'Épître telle que nous la possédons aujourd'hui, car ils la citent indifféren:mcnt dans ses diverses parties, sans distinguer l'une de l'autre.

iMessieurs, une question d'authenticité n'est jamais trèspiquante par elle-même. Quelque effort que l'on fasse pour la rendre intéressante, elle se réduit en définitive à un contrôle de témoignages et à une discussion de textes. Toutefois, ce n'est pas chose indifférente que d'assister à ecs guerres de plume ou môme d'y prendre part, car dût-on n'arrivera aucun résultat direct, c'est toujours un exercice de l'esprit qui a bien sa valeur. Aujourd'hui surtout, qu'on est très-disposé à proclamer la critique reine du mende, il n'est pas sans utilité d'observer la manière dont elle procède,

1. Hug. Revue théol, de Fribourg. — Ulhnann, Études et critiques, t. I, p. 381. — Néander, Ilist. ecclés., t. I, prem. part., page 360, Golha, 1856. — Héfelé, Recherches sur ÏÉp. de S. Barnabe, Tubingue, 1 480.— Moehler, Patrologie, p. 85etsuiv., Ratisbonne, 1480. — Henke, De l'authenticité de iÈp. de S. Barnabe, léna, 1827. — Roerdam, De Vauth. de VÉp. de S. Barnabe, 1828. — Franke, Revue théol., de Gucrikc, 1840, etc.

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