Ep.de S. Barn., chap. iv
2. On voit clairement pur le chap. xv^ de l'Epîtro que déjà du temps de l'auteur la célél)rution du dimanche en place du sabbat était générale parmi les chrétiens; « Nous célébrons, écrit il, le huitième jour dans la joie. »
102 l'épître de saint barnabé.
de quelle manière saint Barnabé cherche à élever rintelligence de ses lecteurs au dessus de la lettre simple et nue de l'Ancien Testament, afin d'en exprimer le rapport prophétique et figuratif avec le Nouveau. C'est ce qu'il appelle à diverses reprises une connaissance supérieure ou la Gnose. Nous verrons plus tard comment ce mot, que saint Paul emploie dans le même sens, a servi pour désigner un double courant d'investigation scientifique, selon qu'il s'est développé une véritable gnose dans le christianisme, et une fausse gnose au sein des hérésies. Je réserve ce point d'étude pour l'histoire de l'éloquence chrétienne dans l'école d'Alexandrie. Examinons à présent l'origine et la valeur de cette argumentation de saint Barnabé tirée du symbolisme de l'Écriture.
Et d'abord, nul doute. Messieurs, qu'eu égard aux lecteurs et aux adversaires de saint Barnabé, ce mode d'interprétation allégorique n'eût la force relative d'un argument personnel. Nous ne savons pas, il est vrai, à quelle Eglise particulière l'Épître était destinée : l'absence d'une adresse quelconque laisse même à supposer que l'auteur n'avait pas en vue un cercle de chrétiens déterminé : de là le titre de ca^/w)//^wequOrigène donne à sa lettre. Mais ce qui ressort de tout le contenu, c'est qu'il cherchait à prémunir les fidèles contre les erreurs des Juifs et d'une partie des chrétiens judaïsants. Or, en s'appuyant contre ces derniers sur le caractère figuratif de la loi mosaïque, il partait d'un principe convenu départ et d'autre. S'il est un fait avéré, c'est que les Juifs eux-mêmes reconnaissaient que leur histoire était une grande allégorie du règne messianique. A côté des livres iainls, ils admettaient l'existence d'une tradition non interrompue, qui interprétait le texte dans un sens plus élevé. Chaque personnage biblique olTrait à leurs yeux, dans sa personne ou dans sa vie, quelque trait symbolique de la grande figure du Messie. Les paraphrases chaldaïques, qui remontent au delà de notre ère, aussi bien que les ouvrages des Juifs postérieurs à l'établissement du christianisme, tels que le
l'esprit et la lettre. 103
Sepher letzira ou livre de la Création, le Zohar, la Mischna qui contient le texte du Talmud et la Ohemara qui en est le commentaire et le développemcHt : toutes ces productions témoignent de la persuasion où ils étaient, qu'outre le sens propre et littéral, l'Écriture renferme un sens allégorique. Ils ne limitaient pas môme l'élément symbolique aux faits ou aux passages principaux do la Bible, mais leurs docteurs les plus renommés prétendaient le trouver à chaque ligne et, pour ainsi dire, dans chaque mot, dans chaque chitfre : de là le mysticisme de la Cabale. Quoi qu'il en soit, ce qui était universellement admis, c'est que la lettre de l'Écriture comporte fort souvent un sens plus relevé que les mots, pris comme tels, ne semblent l'indiquer. Par leur éducation religieuse, par la coutume qu'ils avaient de lire et d'interpréter la loi tous les samedis dans les synagogues, les Juifs étaient préparés à ce genre d'arguments tirés du symbolisme de l'Écriture. iMais il s'en faut bien que l'interprétation allégorique des livres saints n'ait eu qu'une valeur relative au peuple juif : elle a son fondement rationnel dans le caractère môme du mosaïsme.
De nos jours quelques critiques allemands, marchant sur les traces de Semler, se sont élevés contre l'interprétation allégorique de l'Écriture qu'ils déclarent vaine et arbitraire. Cette assertion accuse plus de témérité que de science ou de véritable largeur dans les idées. C'est méconnaître entièrement la nature du mosaïsme et briser le lien qui le rattache au christianisme. Ou la loi mosaïque ne signifie rien, ou elle est une grande prophétie de la religion chrétienne. Toutlui assigne ce dernier caractère : il n'est pas une de ses cérémonies qui offre par elle-môme un sens complet, ou du moins qui n'ait besoin de se référer à une réalité future, pour y trouver une signification plus haute et plus relevée. On peut discuter sur le sens, sur l'application de telle prédiction, de telle figure en particulier, mais on ne saurait nier la corrélation étroite des deux Testaments, sans détruire ce qu'il y a d'harmonique dans les œuvres de la Providence. Dès lors, pourquoi
ne pas admettre que le christianisme se soit préexisté dans le mosaïsme comxme dans son germe, qu'il y ait vécu, pour ainsi parler, d'une vie prophétique et figurative, que ces deux grandes pages de la révélation se répondi^nt l'une à l'autre, ligne par ligne et mot pour mot, et que Dieu se soit plu à dessiner par avance, dans une ébauche imparfaite, quelques traits de cet te grande histoire qui allait devenir celle du monde? N'est-ce pas la marche régulière de la Providence, même dans l'ordre matériel et physique, où nous voyons les petites choses préluder aux grandes, et ce qu'il y a de moins parfait, laisser deviner ou faire pressentir la perfection ? Loin de choquer la raison, rien ne la satisfait mieux que cette exacte correspondance entre les figures du passé et les réalités de l'avenir. Mais nous n'en sommes pas réduits à cette introduction générale pour établir le caractère typique de l'Ancien Testament. Le Sauveur a consacré le principe en s'appliquant luimême quelques-unes de ces figures, celle du serpent d'airain érigé par iMoïse, celle de Jonas enseveU pendant trois jours dans le ventre de la baleine \ A l'exemple du divin Maître, saint Paul interprète plus d'un passage de l'Écriture dans le sens allégorique. Après avoir montré dans Agar et dans Sara la figure des deux alliances, l'une qui n'enfante que des esclaves, l'autre qui donne la vie aux enfants de la promesse, il ajoute : « Tout ceci est une allégorie-. « L'Épître aux Hébreux n'est que le développement ou la preuve détaillée du principe général posé dans la première Épître aux Corinthiens : « Toutes ces choses qui arrivaient au peuple juif étaient la figure de ce qui nous concerne ^. » On ne saurait à coup sûr exiger pour l'interprétation allégorique de l'Écriture un fondement plus solide. Aussi verrons-nous dans le cours de nos études que les Pères ont été unanimes à l'admettre et à s'en servir. Quelques-uns même ont abusé parfois de ces rapprochements, surtout les docteurs de l'école d'Alexandrie.
i Jean, iir, 4 : MaUh,, xii, 40.