‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 25 sur 143 · Fr;\nck, la Kabbale, p. 271 et siiiv · texte numérisé non relu

Fr;\nck, la Kabbale, p. 271 et siiiv

5. De Circumcis.,p, 211 ; de Vitâ conlempL, 465, édit. Mangey.

106 l'épître de saint barnabé.

nisme el le mosaïsme*. Ce qu'il cherche sous le voile des allégories bibliques, ce n'est pas l'histoire figurée du Messie, ce sont les données de la philosophie grecque ; et lorsqu'il ne réussit pas à faire plier la lettre de l'Écriture aux idées préconçues de Platon ou de Pythagore,il n'hésite pas à l'abandonner comme fabuleuse. Vous mesurez d'un coup d'œil l'abîme qui sépare un pareil procédé de celui des apôtres. J'in" siste là-dessus parce qu'une certaine critique qui se paie aisément de mots, s'ingénie à trouver au christianisme des sources partout, excepté là où elles sont réellement, dans l'Ancien Testament et dans la révélation du Nouveau. Voici par exemple un curieux échantillon qui fera ressortir la différence du système allégorique de Philon avec la méthode suivie par saint Paul.

Il s'agit, Messieurs, de la création de la femme et de son union conjugale avec l'homme, d'après le récit du chapitre ii® de la Genèse. « Il ne se trouvait pas pour Adam, dit le saint livre, d'auxiliaire semblable à lui. Le Seigneur Dieu envoya donc à Adam un sommeil profond, et pendant qu'il dormait, Dieu prit une de ses côtes et mit de la chair en sa place. Le Seigneur Dieu forma ainsi une femme qu'il avait tirée d'Adam et l'amena devant lui. Et Adam dit : Voilà maintenant l'os de .mes os et la chair de ma chair. C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère et s'attachera à sa femme, et ils seront deux dans une même chair. )> Fidèle à cette grande pensée, que l'Ancien Testament préfigure le Nouveau, l'apôtreinspiré par l'Esprit saint trouve dans cettetouchante narration le type symbolique de l'union de l'Église avec Jésus- Christ. Elle aussi a été tirée des flancs de son divin époux,

l. C'est dans la Philosophie du christianisme, par le docteur Staudeninaier, que le Philonisme se trouve exposé et discuté avec le plus de sagacité. L'idée de taire dériver du Juif d'Alexandrie les systèmes gnostiques est sans doute quelque peu contestable par sa trop grande généralité;mais ce point de vue ne manque pas d'une justesse partielle. Nous regrettons que ce bel ouvrage du théologien de Fribourg n'ait pas encore été traduit en français. Nul n'a saisi avec plus de pénétration l'atïinité des anciennes hérésies avec la nouvelle philosophie allemande.

l'esprit et la lettre. 10 <

et par l'union intime qui la rattache à lui, elle peut se dire l'os de ses os et la chair de sa chair ». Voilà le symbolisme de l'Écriture appliqué au règne messianique. Sans sacrifier la lettre, saint Paul y découvre un sens figuré. J'ouvre à présent le deuxième livre des Allégories de la loi par Philon. Le philosophe juif commence par déclarer qu'tà s'en tenir à la lettre, tout le récit est fabuleux, et voici ce qu'il essaie d'y substituer. L'homme, c'est l'intelligence : il s'agit de lui trouver un auxiliaire, et cet auxiliaire, ce seront les sens : c'est ce que signifie la création de la femme, laquelle n'est autre chose que l'adjonction des sens à l'esprit. Jusque-là le tour est assez ingénieux. Mais comment faire sortir les sens de fesprit ? Cette difficulté n'embarrasse pas Philon. C'est quand fesprit est endormi, dit-il, que les sens se réveillent. Le sommeil d'Adam sera donc le sommeil de l'âme pendant lequel la vie de l'homme se borne à la vie des sens. Or, quand l'esprit se réveille, il se reconnaît dans les sens comme dans une de ses forces vitales. C'est pourquoi l'esprit abandonnera son père qui est Dieu, sa mère qui est la sagesse divine, le Logos, il adhérera au sens et ils seront deux dans un seul et même être. Voilà l'interprétation rationaliste du Juif d'Alexandrie : c'est le mythe philosophique substitué au sens Uttéral et à la figure messianique. Si je ne craignais de fatiguer votre attention, je l'appellerais sur d'autres points qui font ressortir avec non moins de clarté le contraste des deux méthodes. Ainsi, tandis que saint Paul voit dans Sara et dans Agar la figure des deux alliances, Philon compare fane à la philosophie et l'autre à la vertu -. Dans l'Arche de Noé, qui paraît à saint Pierre une figure de l'Église où l'on est sauvé par l'eau du baptême, Philon découvre une image du monde, que l'intelligence seule peut eomprendre, tandis qu'il est inaccessible aux yeux du grand nombre '. C'est toujours la même tendance : l'esprit hellé-

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