Ep. XLi
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une morale supérieure appuyée sur un dogme certain. Cette différence ressort de tous les passages du même genre qu'on a mis en parallèle : elle explique en partie pourquoi l'action ^ du christianisme a été si féconde, tandis que la morale stoïm" cienne a exercé si peu d'influence sur la société romaine. Le morceau de Sénèque que je viens de vous lire est un de ceux dont on s'est servi pour démontrer les rapports du philosophe I avec saint Paul : car l'idée « que nous sommes les temples de Dieu « est une de celles que l'Apôtre développe avec le plus de complaisance. Mais, s'il y a toute vraisemblance à dire que Sénèque a pu connaître le christianisme et profiter de ses doctrines, les relations du philosophe avec saint Paul en particulier restent encore problématiques. C'est une question qui trouvera sa place dans une autre partie de nos études, mais qui ne nous intéresse pas en ce moment. Revenons à rÉpître de saint Barnabe.
A l'exemple de saint Paul, l'écrivain apostolique termine sa lettre par une exhortation morale. 11 trace la double voie que les hommes suivent ici-bas : l'une qu'il appelle la voie de la lumière, l'autre qu'il nomme la voie des ténèbres. Pour décrire la première, il résume sous une forme brève et concise les principaux devoirs de la vie chrétienne auxquels il oppose, dans un contraste saisissant, les transgressions les plus graves de la loi divine. Comme sanction à la morale évangélique, il montre la récompense de la gloire réservée au juste et la peine qui attend le pécheur. Ces deux tableaux qui terminent rÉpître couronnent un enseignement dont l'élévation égale la vigueur.
Nous venons d'étudier le premier monument de l'éloquence chrétienne dans les Pères apostoliques. Issue de la lutte doctrinale du christianisme avec le judaïsme, la lettre de saint Barnabe exprime l'état de cette controverse vers la fin du premier siècle. Elle témoigne des nobles efforts que faisait la prédication évangélique, pour élever l'esprit des fidèles au dessus des idées étroites et charnelles que. leur suggéraient une partie des chrétiens judaïsants. Plus la synagogue s'efforçait
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de retenir l'Église dans les liens de ses observances temporaires et locales, plus cette dernière, appelée à recueillir l'héritage d'Israël sans porter le même joug, se dégageait de cette enveloppe qui eût entravé son action et paralysé sa force. Si par mesure de précaution contre l'idolâtrie, le concile de Jérusalem a cru devoir maintenir provisoirement quelques-unes des prescriptions de l'ancienne loi, elles ne larderont pas à disparaître avec le motif passager qui les avait dictées. Mais là ne se borne pas l'importance doctrinale et historique de l'Épître de saint Barnabe. En développant cette idée, que l'Ancien Testament est une grande prophétie du Nouveau, elle offre un des premiers modèles de l'interprétation allégorique de l'Écriture ; elle fraie la voie sur ce point à l'exégèse alexandrine qui l'adoptera comme une de ses bases principales. Enfin, pour résumer d'un mot toute ma pensée, elle est un lien de transition entre les Écritures canoniques, auxquelles elle se rattache par le caractère de son auteur, et les monuments delà httérature ecclésiastique, dont elle forme le préliminaire.
Maintenant, Messieurs, nous allons suivre la parole chrétienne sur un autre théâtre et dans des conditions différentes. De la controverse primitive du christianisme avec le judaïsme, notre sujet nous introduit au sein d'une de ces premières communautés chrétiennes fondées par les apôtres. Là, nous rencontrons un fait qui se reproduira plus d'une fois dans la suite des temps. Car ce qui fait l'intérêt de cette étude des origines chrétiennes, c'est qu'on y retrouve le germe de toutes les luttes postérieures. De même que les ouvrages des Pères apostoliques ont été la première forme de cette éloquence chrétienne qui a rempli dix-huit siècles, ainsi les faits qui leur ont fourni l'occasion de les composer se sont-ils répétés depuis lors avec une ressemblance frappante. Or, le fait particuUer qui va s'offrir à nous dans l'Église de Corinthe est de tous celui qui a causé le plus de maux : la division ou le schisme. Nous allons donc entendre la parole chrétienne en face du premier schisme : elle tombera de haut, de la chaire
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niêuie de saint Pierre, des lèvres du Iroisièrne successeur du chef de la hiérarchie, le i)ape saint Clément : sa preniiènî Épître aux Corinthiens fera le sujet de notre prochaine Leçon.
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