‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 35 sur 143 · Strubon, viii, T · texte numérisé non relu

Strubon, viii, T

128 PHEVflÈaE ÉPÎTRE DE SAINT CLÉMENT AUX CORINTHIENS.

appelait déjà l'opulente Corinthe. Saccagée par Mummiusceni cinquante ans avant Jésus-Christ, elle s'était promptemenl relevée de ses ruines. Auguste, dit Strabon, y envoya quantité d'affranchis pour la repeupler •. Florus, qui écrivait vers la môme époque, l'appelle la capitale de l'Achaïe et l'ornement de la Grèce 2. Le rhéteur Aristide, né sous Adrien, ne craint pas de lui donner le titre fastueux de métropole de l'Hellade. Après avoir célébré ses richesses et son opulence, il parle des nombreux gymnases et des écoles qui s'élevaient dans ses murs : ce qui prouve que le mouvement littéraire de Corinthe ne le cédait pas à son activité commerciale ^. Mais si telle était la splendeur de la cité grecque, elle était devenue, et pour cette raison même, un foyer de dépravation à nul autre pareil. Athénée et Strabon nous donnent sur son fameux temple de Vénus des détails qui nous permettent de croire que nulle part ailleurs la corruption des mœurs n'était plus effrénée '. De telle sorte qu'à Corinthe saint Paul trouvait le polythéisme grec avec tout l'orgueil de sa fausse science et le raffinement de ses vices.

Quel contraste entre les dispositions de ces Grecs de la décadence et la doctrine que leur apportait saint Paul î L'image d'un Dieu crucifié en place du Jupiter de Phidias : quelle folie pour ces esprits frivoles, esclaves de la forme et de l'art sensuels ! Une morale qui assimilait le regard coupable à l'acte même : quel joug pour ce monde de courtisanes et d'hommes efféminés qui peuplaient Corinthe I Kh bien, que fera l'Apôtre au milieu d'un tel peuple ? Présentera-t-il le christianisme sous sa forme la plus adoucie, en ayant soin de mettre en relief tout ce qui est de nature à captiver l'esprit grec, et d'éviter ce qui peut le blesser? Va- t-il jeter quelques fleurs de rhétorique sur l'image du Crucifié?

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