‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 36 sur 143 · Athén . mi, 4, Strab., viii · texte numérisé non relu

Athén . mi, 4, Strab., viii

et, sans sacriQer aucun point de la doctrine, cherchera-t-iJ du moins à dissimuler ce qu'elle peut avoir en apparence de rude et de choquant? J'avoue, Messieurs, que pour moi, c'est là un des plus beaux moments de la carrière apostolique de saint Paul ; et la méthode qu'il choisit de préférence enlève jusqu'à l'ombre d'un prétexte à quiconque voudrait amoindrir le caractère surnaturel de l'établissement du christianisme. Saint Paul fait tout le contraire de ce que je viens de (lire. C'est en heurtant de front tous les préjugés des Grecs, qu'il cherche à réduire ces esprits rebelles sous l'obéissance (le la foi. 11 sait que le dogme d'un Dieu crucifié leur paraît une folie : c'est précisément pour cette raison qu'il ne prétend pas savoir ai tre chose parmi eux que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. Il sait que ce peuple d'artistes et de rhéteurs n'est sensible qu'à l'harmonie des sons, au choix et à l'arrangement des mots : c'est pourquoi il dédaigne d'avoir recours aux paroles persuasives de la sagesse humaine. Il sait (|ue les Grecs demandent la science : il déclare hautement (}ue leur prétendue science n'est que folie, et que la folie apparente de l'Évangile est la véritable science. Voici un échantillon de cette rhétorique nouvelle qui prenait juste le contrepied de toutes les rhétoriques connues. Jamais l'éloquence grecque, dans les plus belles pages de son histoire, n'avait soupçonné une telle force ni une telle volonté de langage.

« Je ne suis pas venu vers vous avec l'art et l'éloquence, l)0ur ne pas rendre vaine la croix de Jésus-Christ. Car cette parole de la croix qui est une folie pour ceux qui se perdent, elle est pour nous la force de Dieu. C'est pourquoi il est écrit: Je détruirai la sagesse des sages et je rejetterai la science des savants. Où sont les sages ? où sont les lettrés ? où sont les savants du siècle? Dieu n'a-t-il pas convaincu leur sagesse de foHe ? Avec toute leur sagesse, ils ne sont pas arrivés à la connaissance de Dieu, ils ne l'ont pas vu dans ses œuvres. Il a donc plu à Dieu de sauver par la folie de la prédication ceux qui croiraient en lui. Pendant que les Juifs demandent des miracles, que les Grecs cherchent la sagesse, nous, nous

prêchons Jésus-Clirist crucifié. Qu'après cela les Juifs s'en scandalisent, que les Grecs y voient une folie : qu'importe ! C'est la force, c'est la sagesse de Dieu pour ceux qui sont appelés, qu'ils soient Juifs ou Grecs. Car ce qui paraît en Dieu une folie est plus sage que les hommes, et ce qui paraît en Dieu une faiblesse est plus fort que les hommes. Voyez ceux qui sont appelés, mes frères : vous ne trouverez parmi eux ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles. Ne vous en étonnez pas. Dieu a choisi ce qu'il y a de moins sage selon le monde pour confondre les sages : il a choisi ce qu'il y a de plus faible selon le monde pour confondre les forts ; il a choisi ce qu'il y a de moins noble et de plus méprisé dans le monde, et môme ce qui n'est pas, pour détruire ce qui est. Et cela, afin que nul homme no puisse se glorifier devant lui^ »

Assurément de pareils discours devaient sonner mal aux oreilles des Grecs si infatués d'eux-mêmes et de ieur fausse science. Et pourtant, iMessieurs, quelle vérité, quelle profondeur dans ces invectives de l'Apôtre ! Dieu n'avait-il pas, en effet, convaincu la sagesse du vieux monde d'impuissance et de folie? Qu'avait fait en particulier cette philosophie grecque, si fière d'elle même, pour épurer les croyances publiques? Après six siècles de travaux, il n'y avait pas un fétiche de moins sur le sol de la Grèce. Bien loin de s'éclaircir, l'idée du vrai Dieu allait s'obscurcissant de plus en plus. Comme le héros de l'Odyssée, la philosophie grecque en était revenue à son point de départ après d inutiles détours, s'agitant sur la fin entre le matérialisme d'Épicure et le panthéisme de Zenon. Encore de ces deux influences, l'une n'alteignait-elle pas le peuple, tandis que l'autre achevait d'y détruire le sentiment religieux. Depuis Socrate et son école, on n'observe pas une tentative sérieuse de réforme morale dans l'individu, dans la famille et dans la société. La femme restait dégradée et l'esclave avili. Au lieu de s'améliorer, leur condition devenait pire par le despotisme et la corruption toujours croissante.

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