‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 40 sur 143 · Iren., Traité contre les hérésies, m, 3; Eusèbo, m · texte numérisé non relu

Iren., Traité contre les hérésies, m, 3; Eusèbo, m

que nous la possédons aujourd'hui. Je ne m'arrête qu'aux témoignages les plus anciens, car si je voulais franchir le iii^ siècle, je pourrais m'appuyer de l'autorité de saint Cyrille de Jérusalem, de saint Épiphane, de saint Jérôme \ Nous sommes donc en présence d'un de ces documents dont il est impossible de révoquer en doute l'authenlicité, sans ébranler la certitude du témoignage historique. Voilà pourquoi, je le répète, il règne là-dessus parmi les critiques anciens et modernes une rare unanimité.

Or, Messieurs, si avant d'entrer au fond de la lettre, nous envisageons le fait capital qui en résulte, nous y trouverons un témoignage éclatant en faveur de la primauté du siège de Rome. Pourquoi ce cri de détresse jeté vers Rome par une Église qui ne trouve pas en elle-même de quoi remédier à ses désordres ? S'il était vrai qu'au premier siècle toutes les Églises fussent sur un pied d'égalité, quel besoin y avait-il pour les Corinthiens de passer la mer pour implorer l'intervention d'une Église lointaine ? Pourquoi ne pas s'adresser de préférence aux chrétiens de la même race, à l'une des communautés si florissantes de Thessalonique, de Philippes, de Bérée? Ou bien, s'il fallait chercher plus loin le secours dune autorité qu'ils ne trouvaient pas chez eux, sur le sol de la Grèce, pourquoi ne pas recourir à cette Asie-Mineure, d'où la foi leur était venue et dont les rivages touchaient aux leurs ; à ces célèbres Églises de Smyrne et d'Éphèse, leurs aînées dans la foi Ml y avait une raison majeure qui aurait dû, ce semble, leur faire prendre ce dernier parti. Comme l'atteste toute l'antiquité chrétienne, saint Jean vivait encore sur cette terre qui avait été le théâtre principal de son activité. Le respect de toutes les ÉgUses environnait le dernier survivant des apôtres du Christ. Dès lors n'était-il pas naturel que" les Corinthiens eussent recours à son autorité pour éteindre leurs

l. Stromates, i, 7; iv, 17; v, 12; vi, 8. — Orig., De princ, II, c. 3, n" 6; Comm. sur Ézéchiel, c. 8; Comm. sur S. Jean, ï, 29. — Cyr. Jérus., 18» Catéchèse, viii. — Épiph, Hœres., xxvii, G. — S. Jérôme, De viris illust.,

LE SCHISME ET l'uNITÉ. 137

divisions? Eh bien, ce n'est ni à saint Jean, ni aux Églises de l'Asie-Mineure si rapprochées d'eux, ni aux communautés voisines de la Grèce qu'ils feront appel, mais à une Eglise lointaine, où la persécution éclatait à chaque instant, où les chrétiens étaient obligés de se cacher sous terre pour échapper à la mort, à l'Église de Rome. Je le demande à tout homme de bonne foi: quelle pouvait être la raison de ce fait, si ce n'est que saint Pierre avait établi à Rome le centre de l'unité chrétienne ? Dans ce cas tout s'explique^ Cet appel fait au siège de l'unité, et l'intervention de ce siège pour extirper le schisme, deviennent une conséquence naturelle de la suprématie de l'Église romaine. On s'adressait à elle, parce qu'en elle résidait l'autorité suprême. Rien de plus légitime que l'induction tirée de ce fait.

Quelques théologiens protestants ont compris la portée de ce témoignage rendu dès le premier siècle à la prééminence du siège de Rome. Aussi ont-ils cherché à l'éluder en faisant observer que la Lettre ne porte pas en tête le nom de saint Clément, mais le titre collectif de l'Église romaine. Qu'importe, puisqu'il est prouvé par toute l'antiquité chrétienne qu'elle est l'œuvre de ce pontife ? L'Église romaine pouvait s'exprimer par la bouche de son chef sans que le nom de ce dernier fût formellement énoncé. Rien ne serait plus ridicule que d'exiger pour le premier siècle de l'ère chrétienne le style de la chancellerie romaine usité au dix-neuvième. L'usage des titres collectifs était généralement reçu dans les temps apostoliques. C'est ainsi que" saint Paul met en tête de la plupart de ses Épîtres cà côté de son nom, celui de Timoftiée, de Sylvain, de Sosthène ; dans l'Épître aux Galates, il parle conjointement avec « tous les frères qui sont avec lui », bien que certainement il n'assimilât point son autorité apostolique à celle des simples fidèles. Une Lettre écrite collectivement par plusieurs n'exclut point parmi eux la distinction hiérarchique. Quand saint Ignace d'Antioche écrit aux Smyrniens, aux Tralliens, aux Magnésiens, etc., il s'adresse à ces diverses Églises comme formant une seule

personne morale, bien qu'il leur inculque l'obéissance qu'elles doivent à leur évêque. De même la fameuse Lettre des Églises de Vienne et de Lyon à celles de l'Asie ne porte pas en tête le nom de leur évêque ; et pourtant il résulte clairement de leur contenu qu'elles étaient régies par l'autorité épiscopale *. L'objection que je combats n'est donc qu'une pure chicane imaginée pour affaiblir un argument dont les protestants ont senti la force. Si d'une part, l'antiquité chrétienne est unanime pour attester que le pape saint Clément a écrit notre Épître, d'une autre part, le recours de l'Église de Corinthe à celle de Rome et l'intervention de cette dernière prouvent que dès le premier siècle on reconnaissait la suprématie du siège de saint Pierre.

C'est ainsi, Messieurs, que l'étude de ces premiers monuments de la littérature chrétienne vient confirmer à chaque pas la doctrine catholique. De là le vif intérêt qui s'y rattache. La science moderne Ta compris : la science incrédule comme la science chrétienne. C'est autour des origines du christianisme que le débat s'est engagé de nos jours en Allemagne et en Angleterre. Loin de redouter ce débat, nous lacceptons de grand cœur, dans la persuasion où nous sommes que rien n'est propre à ramener les esprits vers la foi comme l'étude consciencieuse de la httérature des premiers siècles. On sait quels heureux résultats elle a obtenus en Angleterre. Nous lui devons cette phalange de docteurs et d'hommes éminenls qui ont porté de si rudes coups à l'anghcanisme. C'est l'exacte concordance des faits primitifs du christianisme avec la doctrine catholique qui les a fait revenir dans le giron de l'Église. Si une critique plus*négative a porté jusqu'ici en Allemagne des fruits moins consolants, elle aura servi par ses fautes mômes et ses excès au triomphe de la vérité. 11 n'est aucune attaque qui n'ait trouvé dans ce pays, et parmi les protestants eux-mêmes, une réponse victorieuse. En France, on nous menace de tourner

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