XXXVII. — 2. Hist. ecclés., Y, 0. — 3. Id
Vous n'ignorez pas, Messieurs, que la controverse sur la constitution primitive de l'Église est une de celles qui ont été le plus agitées entre les catholiques et les protestants. Tandis que l'Église catholique affirme et prouve par une tradition non interrompue que sa forme essentielle dérive du Christ même et desapôlres, que dans la suite des temps cette forme a pu se développer sans varier, les seetes protestantes ont imaginé divers systèmes pour adapter les faits à leurs opinions préconçues. Selon les quakers, les indépendants, les piétistes, et par un singulier accord, la plupart des rationalistes, l'absence môme de tout gouvernement particulier aurait été la forme primitive de l'Égliso : ils étendent ainsi la dignité de prêtre à tous les fidèles qu'ils confondent dans une égalité parfaite. Peu satisfaits de ce radicalisme absolu, les presbytériens et les calvinistes prétendent que les premières communautés chrétiennes étaient régies par un collège de prêtres parfaitement égaux entre eux, sans que nul exerçât d'autorité sur les autres. Enfin, les anghcans et les épiscopaux admettent bien que parmi les prêtres il y en avait un qui, sous le nom d'évêque, était supérieur aux autres par son caractère et l'étendue de son pouvoir, mais ils rejettent la primauté de l'évêque de Rome ; et sur ce point le schisme grec leur donne la main. Nous avons déjà vu comment ri:]pjtre du pape sain] Clément aux Corinthiens réfute ce dernier système, en prouvant que dès le r*' siècle l'évêque de Rome intervenait avec une autorité paternelle dans les aCTaires intérieures des autres Églises. Mais ne revenons pas là-dessus : il n'y a pas un point mieux établi dans l'Évangile que la primauté de saint Pierre, ni un fait que la tradition ait environné déplus de lumière. D'après ce que je viens de dire, vous avez suivi, si je ne me trompe, la marche progressive de cette triple négation, passant de l'évêque de Rome àl'épiscopat entier et de là au sacerdoce, pour démolir pièce à pièce la constitution de l'Église. Planck, surintendant de Goettingue, est le théologien allemand qui a le mieux fait valoir l'explication rationaliste de la hiérarchie
LE SCHISME ET l'uNITÉ. 153
catholique '. Après lui, iNéander a pris à tâche de prouver que dans l'origine tous les fidèles étaient prèlres, et que dès le 11*^ siècle le christianisme s'est écarté de sa forme primitive ^: étrange opinion dans la bouche d'un homme qui croit à la divinité de la religion chrétienne, car dans ce cas l'œuvre du Christ ne lui aurait guère survécu. Enfm, le savant auteur de l'Histoire de la civilisation en /^Vaz/ce, qui a importé parmi nous la plupart de ces idées allemandes, a essayé de concilier entre eux ou du moins d'expliquer par les faits ces divers systèmes. Obéissant à cette tendance éclectique de son esprit qui jette tant de vague sur ses doctrines, il cherche à établir que le système égalitaire, le système presbytérien et le système épiscopal existaient tous en germe au 1^' siècle, que chacun peut se rattacher à quelque fait et invoquer quelque autorité ^. A l'entendre, l'Église primitive aurait été une espèce de chaos social, où les principes les plus contradictoires se seraient développés côte à côte et détruits l'un par l'autre. Il n'a pas même l'air de se douter qu'il eût pu venir à l'esprit du Christ et des apôtres, ce que le plus mince législateur regarderait comme de première nécessité, de donner une forme quelconque à la société fondée ou propagée par eux. Selon lui, c'est le temps et les circonstances qui expliquent tout, qui ont fait prévaloir tour à tour le système épiscopal sur le système presbytérien, et celui de la monarchie pure sur ce qu'il appelle l'aristocratie épiscopale. Assurément tout cela est fort léger. 11 me semble qu'au lieu d'imaginer des théories en l'air lorsqu'il s'agit de la constitution de l'Église, le parti le plus simple et le plus sûr serait de recourir aux monuments primitifs de la tradition, aux écrits des apôtres et à ceux de leurs disciples. Cela peut paraître moins ingénieux que de chercher le germe politique de l'épiscopat dans la population ou la richesse des villes.
1. Histoire de la naissance et des progrès de la constitution ecclésiastique delà société chrétienne, Hanovre, 1803.