I'« Ep. à Timothée, iv
4. Ad ^ vero quod scripserunt mihi compresbyteri nostri Donatus et Fortunatus... Ep. v.
LE SCHISME ET l'uNI'TÉ. IGl
chie appelés anciens, ou surveillanls, ou préposés, ou comme on voudra, il y en avait un qui, en qualité de successeur des apôtres, héritait comme Tite ou Timothée, de leur pouvoir d'ordination et de juridiction suprême ; or c'est ce que prouvent évidemment les écrits des apôtres et des Pères apostoliques. Dès lors toute discussion de mots devient superflue, ou n'est bonne tout au plus qu'à amuser les critiques.
Revenons à saint Clément et à l'Épitre aux Corinthiens. Nous avons vu, iVlessieurs, comment il cherclie à inculquer à ses lecteurs le précepte de l'obéissance aux pouvoirs légitimes, en déroulant à leurs yeux le plan divin de la constitution de l'Église. Bien qu'il ne faille pas chercher à travers l'épanchement familier d'une lettre, un ordre d'idées tellement rigoureux que les digressions n'y trouvent point de place, le thème 'développé par l'évoque de Rome peut se résumer en quelques lignes. L'orgueil est la cause morale du schisme : l'humilité au contraire est la source de l'unité, parce qu'elle est le principe de l'obéissance. Ici Clément fait un pas de plus. Car l'unité elle-même d'où résulte la communion des esprits à quelle fin doit-elle aboutir ? A la communion des cœurs dans la charité. Tel est le but suprême du christianisme, dont la mission n'est pas seulement de réduire le genre humain sous la règle d'une même foi, mais d'unir les cœurs entre eux par le lien de l'amour. Or, l'amour suppose la concorde, et la concorde ne peut exister sans l'unité. C'est ainsi que le pontife romain parcourt tout l'ordre moral pour y trouver les fondements de l'ordre social. Permettezmoi de terminer par ce beau tableau de la charité, digne d'être comparé à celui que saint Paul trace dans sa première Épître aux Corinthiens, à laquelle il emprunte quelques traits :
« Qui pourrait décrire le lien de la divine charité ? Où trouver des paroles convenables pour célébrer sa magnificence et sa beauté ? La hauteur à laquelle nous élève la charité est incommensurable. La charité nous tient collés à Dieu ; elle
IG'2 PREMIÈaK ÉPÎTiU-: DE SAINT CLÉMENT AUX CORINTHIENS.
couvre la multitude des péchés; elle supporte tout, elle souflre tout patiemment ; elle ne s'enfle ni ne s'abaisse. La charité ne connaît pas de schisme, elle n'excite pas de sédition ; mais elle fait tout dans un esprit de paix et de concorde. C'est dans la charité que les élus de Dieu ont atteint la perfection ; sans elle rien n'est agréable à Dieu. C'est dans la charité que le Seigneur a pris notre nature sur lui ; c'est par l'amour qu'il nous portait que Notre-Seigneur Jésus-Christ, obéissant à la volonté divine, a oflert son sang pour nous, sa chair pour notre chair et son âme pour nos âmes K »
Tel est, Messieurs, le langage plein d'onction et de fermeté par lequel le pontife romain cherchait à étouffer la première tentative de schisme dans 1 Eglise naissante. C'est par ce touchant appel à l'union des cœurs qu'il couronne cet enseignement substantiel et nourri. Il efface en quelque sorte l'autorité du juge derrière la bonté du père. Ce n'est pas à nous, dit-il, que les rebelles doivent céder, mais à la volonté divine. U exhorte ceux qui sont restés fidèles à prier pour leurs frères dissidents, afin que Dieu leur accorde l'esprit d'humilité et de modération. Il conjure les auteurs de la sédition de rentrer dans l'obéissance due à leurs prêtres, et de s'infliger à eux-mêmes une pénitence salutaire. U espère enfin que les trois envoyés partis pour Corinthe ne tarderont pas à remplir son cœur de joie en lui rapportant la nouvelle du parfait rétablissement de l'ordre. L'esprit le plus pur du christianisme se révèle dans ce beau monument de l'éloquence chrétienne du premier siècle : en établissant de la manière la plus nette et la plus ferme l'existence et la nécessité d'un pouvoir dans l'Église, il nous enseigne en même temps que ce pouvoir tout spirituel doit s'exercer dans l'humilité et se tempérer par l'amour.