‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 55 sur 143 · I. Suet, in Tiber.f · texte numérisé non relu

I. Suet, in Tiber.f

monde invisible, qu'en perdant la foi au surnaturel vrai, il s'en fait un à sa façon ; lorsqu'il veut s'affranchir des croyances certaines, il lombe sous le joug d'une crédulité niaise, et la vérité qu'il rejette avec mépris le condamne à des aberrations où il laisse tout à la fois la dignité de sa raison et la l'ectitude de son jugement.

C'était le chàLiment de ce siècle incroyant au milieu du- (luel le christianisme venait porter ses lumières. Nous avons vu que pour dissiper ses doutes, Clément veut recourir aux. sciences occultes: un de ses amis l'en dissuade. Sur ces entrelaites, le bruit se répand à Rome qu'un personnage extraordinaire a paru en Judée, qu'il s'est dit envoyé de Dieu et qu'il a prouvé sa mission par des faits éclatants. Pendant que cette rumeur circule dans la ville impériale, arrive un étranger qui se met à prêcher en public la nouvelle doctrine. C'était saint Barnabe. Le peuple l'accueille avec faveur; mais les philosophes cherchent à le tourner en ridicule. Ils lui demandent entre autres choses pourquoi le moucheron a six pattes, tandis que l'éléphant n'a que quatre pieds. « Il s'agit bien de cela, leur répond l'apôtre, vous avez bonne grâce de chercher les ditférences entre l'éléphant et le moucheron, vous qui ne savez pas même qui vous a créés. » Cette réponse si sensée ne fait que provoquer de nouveaux éclats de rire parmi les esprits forts, mais elle fait une vive impression sur Clément qui prend la défense de Barnabe. Il le mène chez soi, pour l'entretenir en particulier de cette nouvelle religion. Croyant avoir trouvé ce qu'il cherchait depuis si longtemps, il n'hésite pas à entreprendre lui-même le voyage de Judée ; et peu de lemps après le départ de Barnabe, il s'embarque pour le rejoindre à Césarée, où il arrive après quinze jours de traversée. Là, il apprend que Pierre, le principal disciple de celui qui avait paru en Judée, allait entrer le lendemain en discussion avec un célèbre magicien nommé Simon. Barnabe présente son ancien hôte à Pierre, qui l'accueille avec une grande bonté. Profitant d'un délai de sept jours que Simon lui a demandé, Pierre instruit Clément dans les points principaux de la

174 LES CLÉMENTINES.

doctrine chrétienne. Il fait l'historique de la révélation depuis la création jusqu'à l'avènement du Christ, qu'il appelle le véritable prophète. Puis il retrace les diverses phases de la prédication évangélique à partir du jour de la Pentecôte. Il racontedans tous ses détails la controverse avec le sanhédrin des Juifs, et résume les discours que les douze apôtres firent 1 un après l'autre du haut des degrés du temple, il explique enfin le but de son voyage à Césarée, qui est de réfuter Simon le Mage. Ici finit la première partie du roman théologique des Clémentines, où l'auteur a voulu personnifier dans Clément l'impuissance de la raison païenne à parvenir par elle-même à la connaissance du vrai, et la nécessité d'une révélation divine ^ A partir de ce moment, le drame prend une autre face. Deux personnages nouveaux paraissent sur la scène à côté de Clément: Pierre, l expression la plus pure de la prédication évangéhque, et Simon, le patriarche des hérésies. Le combat entre lorthodoxie chrétienne représentée par le principal disciple du Christ et le rationalisme gnostique personnifié dans le premier adversaire de TÉvangile: voilà ce que l'auteur a voulu exprimer dans celte partie de son ouvrage. A cet efiet, il s'empare de la donnée historique de Simon le Mage, et la développant à son gré, il fait de ce personnage l'interprète de toutes les hérésies des deux premiers siècles, y compris celle de Marcion, qui devient même le point central de la discussion. Césarée est le premier théâtre de cette lutte. Avant la conférence, Pierre demande à ceux qui l'entourent quelques détails précis sur la vie et les doctrines de son adversaire. Nicétas et Aquila, anciens disciples de Simon convertis par Zachée, tracent la biographie du magicien. Après quoi la discussion s'engage devant le peuple de Césarée. Simon essaie d'abord de trouver dans les paroles du Christ quelques contradictions que Pierre concilie sans peine. Puis on arrive à l'objet principal de la controverse, l'unité de Dieu. Anticipant sur le rôle de Marcion, Simon soutient qu'il y a deux dieux : l'un supérieur qn'il appelle la grande force, l'autre inférieur

Page 1