‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 56 sur 143 · Recognit., 1. i · texte numérisé non relu

Recognit., 1. i

qui est le Créateur, ou le Dieu de la loi mosaïque. Pierre démontre l'unité de Dieu par les Écritures. Cette première conférence a pour résultai de détacher de Simon les deux tiers du peuple, qui adhèrent au sentiment de Pierre. Le lendemain on agile la question de l'origine du mal. L'hérésiarque s'approprie le dualisme persan, et soutient la coéternité du principe bon et du principe mauvais. Il propose à l apôtre cette objection, qui, vous le voyez, n'a pas le mérite de la nouveauté. Ou Dieu a voulu empêcher le mal sans le pouvoir, et alors que devient sa puissance? Ou il a pu empêcher le mal sans le vouloir, et dans ce cas que penser de sa bonté ? Pierre répond : Dieu n'a pas voulu le mal, mais il l'a permis pour éprouver notre fidélité. Si nous n'avions pas la liberté de devenir mauvais, nous n'aurions aucun mérite à rester vertueux. La réponse était bonne : aussi, à la suite de cette deuxième conférence, Simon voit il s'éclaircir peu à peu les rangs de ses partisans ; il ne compte plus autour de lui qu'un petit nombre de familiers. Le troisième jour arrive : Pierre se plaint du peu d'ordre qui règne dans la discussion; son adversaire passe dune question à l'autre pour les embrouiller toutes. Il ra[n3ne sur un terrain où toute équivoque est impossible, rimmorlalité de l'âme, qu'il prouve par la justice de Dieu. Les méchants, dit-il, ne sont pas toujours punis en ce monde dans la mesure de leurs crimes, ni les bons récompensés selon leurs mérites: la justice divine exige par conséquent une rétribution équitable dans une vie future. Puis, dirigeant contre Simon un argument personnel, il le convainc d'imposture par l'effigie d'un enfant tué que le magicien conservait dans sa maison pour connaître l'avenir. A cette révélation, qu'il prend d'abord pour prophétique, Phérésiarque, qui jusqu'alors avait fait bonne contenance, éclate en injures. Il se déclare sans détour le Dieu suprême et éternel. Le peuple indigné l'expulse de la salle. Simon quitte précipitamment la ville, et Pierre rend grâces à Dieu de ce triomphe éclaiant de la vérité sur l'erreur ^

l. Recognat., il et m.

176 LES CLÉMENTINES.

Avec le triomphe de saint Pierre à Césarée se termine le deuxième acte du drame, qui doit personnifier la lutte de i'orlliodoxie chrétienne avec les hérésies gnosliques des deux premiers siècles. La scène change une seconde fois. Après avoir combattu la fausse science dans la personne de Simon le Mage, Tapôtre va se trouver en face de l'idolâtrie populaire. Ce n'est pas qu'il perde de vue ce premier adversaire: Simon reste à travers tout le récit des Clémentines le représentant de cette opposition à diverses faces que l'Évangile avait rencontrée dans le monde. C'est pour chasser ce vieil esprit du paganisme des différents points où il cherche un refuge, que Pierre se remet à sa poursuite. 11 laisse derrière lui à Césarée, Zachée, qu'il ordonne évoque, avec un collège de douze prêtres et un service de quatre diacres. Puis accompagné de Clément, de Nicétas et d'Aquila, il se dirige vers Tripoli, en ] rèchant la parole de Dieu dans les villes qu'il trouve sur son chemin : à Dora, à Ptolemaïs, à Tyr, à Sidonet à Béryle. Arrivé à Tripoli avec sa suite, il reçoit l'hospitalité dans la maison d'un des principaux habitants de U ville nommé Maron, qui lui offre son jardin pour haranguer le peuple. Les prédications de saint Pierre à Tripoli occupent trois livres dans les Clémentines. Nous avons là trois discours, qui nous donnent une idôe exacte du mode d'enseignement qu'adoptaient devant le peuple les premiers prédicateurs de l'Évangile. Le genre d'arguments qu'emploie saint Pierre pour réfuter l'idolâtrie, est de tous le plus accessible au vulgaire des esprits. Il s'attache cà montrer combien le culte des idoles est ridicule et insensé. A cet effet, il prend à son origine cette déviation du culte de Dieu, dont il signale la double cause dans les passions humaines et dans les artifices du démon. « Le vrai prophète, dit-il, qui est le Christ, a été envoyé par Dieu, pour détruire l'empire du mal, et c'est pour vous délivrer de ce joug honteux que nous venons à vous. » L'apùlre fait une peinture tellement caustique de ces dieux de chair et de boue, que le peuple interrompt son deuxième discours par des éclats de rire. Pour achever de porter la conviction dans le

âmes, il réfute les diverses objections que les païens avaient couUime de faire contre la Providence; puis, après avoir montré que le baptême est le moyen unique de renaître à la vie divine, il conclut par le tableau des principaux devoirs de la vie chrétienne. Tel est, en peu de mois, le résumé de cette troisième partie des Clémentines, où l'idolâtrie populaire est personnifiée dans les habitants de Tripoli, et la prédication populaire dans l'apotre saint Pierre'.

Comme vous le voyez. Messieurs, dans ces deux dernières parties du récit des Clémentines, le rôle que joue saint Pierre domine tout. Depuis l'arrivée à Césarée le personnage de Clément est devenu secondaire, mais il va se replacer au premier rang dans l'épisode romanesque qui forme la quatrième partie de ce drame moitié historique, moitié théologique. Ce qu'AristoLe signalait déjà dans sa Rhétorique comme un des points principaux de la fable tragique, la reconnaissance de plusieurs membres d'une famille qui se retrouvent après s'être perdus de vue 2, va devenir le point central au tour duquel notre récit se développera. Avant de quitter Tripoli pour continuer sa route, Pierre baptise Clément et institue Maron évoque delà ville, en lui adjoignant douze prêtres et un certain nombre de diacres. Puis l'on se dirige sur Antioche en passant par Ortosia et Antarados. C'est dans ce dernier endroit qu'a lieu la première sjène de famille. Pour ménager habilement la reconnaissance^ l'auteur des Clémentines a besoin d'éloigner pour un temps Nicétas et Aquila. Pierre les envoie à Laodicée pour lui préparer les voies, et Clément reste seul auprès de l'apôtre. Le néophyte lui témoigne toute sa joie, en disant qu'il a retrouvé dans lui son père, sa mère et ses deux frères. A cette occasion, Pierre demande à son disciple quelques détails sur sa famille, et Clément lui apprend que Faustinien son père et Matthidie sa mère étaient de la famille de César. Un songe

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