‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 57 sur 143 · Recognit.f I. iv, v, vi · texte numérisé non relu

Recognit.f I. iv, v, vi

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178 LES CLÉMENTINES

avait averti sa mère que si elle ne quittait pas Rome pour dix aus, elle périrait misérablement avec ses enfants. Sur cela Matthidie s'était embarquée pour Athènes avec ses deux enfants aînés, en laissant le plus jeune, Clément, auprès de son père. Au bout d'une année, Fausiinien avait député quelques serviteurs vers sa femme pour avoir de ses nouvelles, mais les envoyés n'étaient pas revenus. Une deuxième députation lui avait appris qu'il ne restait pas vestige de sa famille à Athènes. Alors le malheureux père s'était décidé à se mettre lui-même à la recherche de sa femme et de ses enfants. Clément, âgé de douze ans^ était resté à Rome et à partir de cette époque il n'avait plus eu aucune nouvelle de sa famille, qu'il supposait morte depuis longtemps. Tel est le récit que Clément fait à Pierre. Pendant que l'apôtre témoigne à son disciple toute la part qu'il prend à ses peines, on vient lui proposer de visiter l'île d'Arados, située à peu de distance du rivage, Pierre s'y rend et aperçoit par hasard une pauvre mendiante assise à la porte du temple. 11 lui demande ce qui 1 a réduite à ce misérable état, et l'infortunée lui apprend qu'elle est issue d'une des premières familles de Rome, que pour échapper aux poursuites criminelles de son beau-frère, elle avait feint un songe qui l'obligeait à s'embarquer pour Athènes avec deux de ses enfants. Pendant la traversée elle s'était vue assaillie par une tempête qui, après avoir englouti ses deux fils, l'avait jetée elle-même sur ce rocher, où elle se trouvait depuis lors dans le dénûment le plus complet. Vous devinez le reste. Cette femme n'est autre que xMatthidie mère de Clément, et la première reconnaissance a lieu au milieu des transports de joie de la mère et du fils. L'épouse de Faustinien se joint à la suite de Pierre, qui s'éloigne d'Antarados pour se diriger vers Antioche à travers Balanéas, Pathos, Gabala et Laodicée. Arrivé aux portes de cette dernière ville, l'apôtre y trouve Nicétas et Aquila qui sont venus à sa rencontre. Il leur raconte dans tous ses détails l'histoire de Matthidie, et les deux jeunes gens stupéfaits lèvent les mains vers le ciel qui leur rend

<lans un jour leur mère et leur frère. La deuxième reconnaissance se fait à la suite d'une courte explication, qui apprend à Matthidie que Fau=^tin et Fauste dont elle pleurait la mort avaient pu se sauver sur les rivages de Césarée. Instruite par ses fils dans la religion chrétienne, l'épouse de Kaustinien demande le baptême, que Pierre lui confère comme récompense de sa chasteté ^

C'est à travers toutes ces péripéties que l'auteur des Clémentines conduit l'action. Si maintenant nous cherchons le sens moral de ce récit allégorique, voici quelle me paraît en être l'idée. De même que Clément représente la philosophie païenne qui arrive au christianisme en cherchant la vérité avec zèle et droiture, Matthidie personnifie la vertu morale dont la foi devient la récompense. A cet effet, l'auteur choisit avec beaucoup d'à propos le type antique de la matrone romaine, devenu malheureusement trop rare à l'époque de la prédication évangélique. Fidèle à son devoir d'épouse et de mère, Matthidie n'hésite pas à s'éloigner de Rome. D'abord l'infortune s'attache à ses pas ; mais après ce temps d'épreuve Dieu lui rend sa famille, et lui accorde la grâce de la vraie foi. On s'élait séparé dans le paganisme ; on se retrouve dans le christianisme, qui doit être le rendez-vous de tout ce qu'il y a d'honnête et de sincère dans la société ancienne. Telle est la moralité de cette partie du récit, et saint Pierre la développe au long dans le discours qui suit les deux premières reconnaissances.

J'arrive à la cinquième partie des Clémentines. Car, vous le comprenez sans peine, l'action ne serait pas complète, si le père à son tour ne retrouvait sa famille au sein de la vérité. Le lendemain du jour où la mère de Clément avait reçu le baptême, Pierre se rend avec sa suite sur le rivage de la mer. Après setre baignés selon la coutume des Orientaux, ils gagnent un lieu secret pour vaquer à la prière. Un pauvre vieillard, qui de loin avait épié toutes leurs démarches, s'ap-

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