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196 LES CLÉMENTINES.
dicule. De ce que la secte des Ébionites ait compté à Rome quelques partisans, comme saint Épiphane nous l'assure \ il ne s'ensuit pas le moins du monde que l'Église de cette ville partageât leur? opinions. A ce compte-là, on pourrait dire dans un âge à venir que TÉglise de France professait le panthéisme au xixe siècle, parce qu'un écrivain panthéiste était sorti de ses rangs. Je vous laisse à juger la valeur de ce procédé. Mais il fallait absolument tourner contre l'Église romaine cette machine de guerre. Il faut bien l'avouer, un coup d'œil superficiel dirigeait assez naturellement la pensée dans cette voie. Le nom du pape saint Clément, que l'ouvrage porte à faux, devait égarer la recherche en la poussant vers Rome. iMais une étude attentive des Clémentines nous oblige à chercher ailleurs leur véritable berceau.
En effet, la marche la plus simple et la plus naturelle, c'est de rapporter les Homélies clémentines au lieu où l'Ébionitisme avait sa plus grande force. Or, Messieurs, ce n'est pas à Rome que cette hérésie est née ou a pris son développement. Si saint Épiphane nous apprend qu'il y avait des Ébionites dans la capitale du monde, il parle du iv^ siècle et non d'une époque antérieure. Nous possédons là-dessus un renseignement précieux dans un livre qui a soulevé de récents débats, les Philosophumena publiés par M. Miller. Tout le monde s'accorde à dire qu'il régnait la plus grande affinité entre les opinions des Ébionites et celles des Elcessaïtes, à tel point que saint Épiphane a pu les confondre. Or, d'après le récit des Philosophumena, la tentative d'Alcibiade d'Apamée pour introduire à Rome la doctrine des Elcessaïtes fut repoussée comme une chose inouïe ^. Si donc, il y avait eu à Rome un parti d'Ébionites assez fort pour produire les Clémentines, l'étonnement que suscita la doctrine d'Alcibiade serait inexplicable. Une deuxième, considération vient confirmer la première. Si les Homélies avaient vu le jour dans la capitale du monde, on concevrait difficilement qu'en faisant des luttes de saint Pierre
1 Épiph. adv. Hœres., xxx, 18.