‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 67 sur 143 · Sulpice Sévère, Hist. sacr., 1. ir, c · texte numérisé non relu

Sulpice Sévère, Hist. sacr., 1. ir, c

l'opinion qui place à Rome l'origine des Reconnaissances. Et pourtant, une simple observation suffit pour rendre cette conclusion douteuse, en nous ramenant vers l'Orient et même en Syrie. Dans le neuvième livre des Reconnaissances, l'auteur insère un long fragment d'un écrit du Syrien Bardesanes, intitulé Du Destina Cet ouvrage composé, dit Eusèbe, vers l'année 170, était-il assez répandu hors de la Syrie, pour qu'il fût possible peu de temps après d'en profiter ailleurs ? C'est ce qu'il est difficile d'établir, mais cette question ne nous intéresse guère. L'essentiel est d'avoir établi que l'Orient a été, selon toute apparence, la patrie des Clémentines. Quant aux transformations successives qu'a subies la première œuvre, il est évident qu'elles ont pu avoir été faites sur divers points du monde romain.

Après avoir cherché à déterminer le caractère dogmatique des Clémentines et leur véritable patrie, il nous reste, Messieurs, à fixer leur date d'une manière quelque peu précise ; car un calcul rigoureux dans de pareilles matières est chose impossible. Or la citation de Bardesanes, dont je viens de parler, ne nous permet pas de placer la composition des Reconnaissances avant l'année 170 : la réfutation du système de Marcion nous reporte également après la première moitié du n« siècle. D'autre part, nous ne pouvons guère avancer dans Je m*'; car Origène cite à plusieurs reprises le livre des pérégrinations de saint Pierre, et la conformité de ces extraits avec le texte des Reconnaissances, montre qu'il avait sous les yeux ce dernier ouvrage ou tout au moins une rédaction semblable 2. De cette manière, nous sommes resserrés dans les dernières années du ii" siècle pour la date des Reconnaissances ; et comme les Homélies nous paraissent plus anciennes, nous pouvons, sans crainte de commettre

une erreur sensible, les placer entre Tannée 150 et l'année 170 3.

1. Reconn., I, ix, c. 19-29; Eusèbe, Prépar. évang., I, vi, c. 10.

2. Comment, sur la Genèse, écrit avant 231; sur S. Matthieu, xxvi, 6.

3. Si, comme Moehler et d'autres écrivains l'ont prétendu, il était

200 LES CLÉMENTINES.

Avant de terminer notre étude sur les Clémentines, nous avons deux questions à résoudre : y a-t-il un fond de vérité dans ce roman théologique ; et de quelle utilité peut-il être pour l'histoire de la dogmatique chrétienne?

Nous avons vu que tout le récit des Clémentines se développe autour de deux points principaux : la controverse de saint Pierre avec Simon le Mage et les aventures de la famille de saint Clément. Or, il est évident que l'auteur eût manqué son but, s'il ne s'était rattaché à l'histoire par aucun endroit. Dans ce cas, sa fiction tombait d'elle-même. Pour accréditer son œuvre, il devait nécessairement s'appuyer sur quelque*:; données historiques. De nos jours, où il a pris fantaisie à quelques auteurs de réduire à letat de mythe toute individualité qui ne rentre pas dans leur système, Simon le Mage ne pouvait échapper à cette tentative de remplacer les personnes par des idées anonymes. Mais, si l'on veut bien encore reconnaître quelque valeur au témoignage historique, l'existence du sectaire est garantie par toute l'antiquité chrétienne'. Ce qui de plus est hors de doute, c'est l'antagonisme de l'apôtre et de Simon. Selon le récit des Actes des Apôtres, ils se rencontrent une première fois à Samarie, où l'imposteur prend déjà la môme attitude que dans les Clémentines -. Les Actes mentionnent également un séjour de saint Pierre cà Césarée : et Josèphe nous apprend d'autre part que Simon passa quelques années dans cette ville^ ; de sorte qu'une discussion publique entre l'hérésiarque et l'apôtre, à Césarée, n'est pas dénuée de toute vraisemblance. C'est ainsi que nous trouvons dans les Actes

question au ixe livre des Reconnaissances, du droit de cité étendu par Garacalla à tous les hommes libres de l'empire romain en 211, il faudrait placer l'origine de cet ouvrage au iii° siècle, mais le passage du 27* chapitre est trop peu clair pour qu'on puisse en tirer une preuve valable.

1. Justin, Ke Apologie; Irént-e contre les hérésùs, i, 20 ; Eusèbe, Hist. ecclés ,ir. 13; Origène, contre Celse, v, 62; Cyrille de Jérusalem, Catéch^ VI, 14, etc., etc.

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