Actes des ap., xiii, 7 et suiv
2. Justin, ire Apol.,2Ci et bCy, Eusèhc, H i st. ecclés., M, 11; S. Jérôtiio, Catal. des ccriv. ecclés.,c. i.
3. Ep. aux Gai, ii, 11; Orig., Ce Homélie sur S. Luc; Eusèbe, Chro nique; S. Ghrysnst., 42" Ilom sur' le martyre S. Ignace-, S, Jérôme, Commsur VEp. aux Gai .ci; Léon le Grand, Discours sur la fête de S. Pierre et de S. PavJ; Grégoire le Grand, Lettres, I, v. 39^ viii; etc.
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avec une telle assurance ; mais si, comme l'affirment Origène, Eusèbe, saint Épiphano, saint Jérôme et saint Jean Ghrysostome, le pape saint Clément est le même dont parle saint Paul à la fin de son Épître aux Philippiens, le récit des Clémentines devient à tout le moins fort suspect ; car dans cette hypothèse, saint Clément serait avant tout le compagnon et le coopérateur de saint Paul i. Or ce sentiment est infiniment probable. 11 existe entre la Lettre de saint Clément aux Corinthiens que nous avons étudiée et les Épîtres de saint Paul, celle aux Hébreux en particulier, une telle conformité de pensées et d'expressions, les citations et les emprunts sont si manifestes, qu'on peut conclure hardiment à une relation étroite entre ces deux grands hommes. Cette similitude frappante n'avait pas échappé à la sagacité d'Eusèbe, et saint Jérôme atteste que beaucoup de personnes s'en prévalaient pour attribuer à saint Clément la rédaction de l'Épître aux Hébreux -. Ce qui ne veut pas dire assurément qu'il n'y ait eu entre lui et saint Pierre aucune espèce de rapports ; mais le commerce exclusif avec cet apôtre, que supposent les Clémentines, perd tout caractère de vraisemblance. Si l'on recherche de plus près le fondement du récit, on arrive sans peine sur les traces de la fiction. L'origine impériale assignée à la famille de Clément provient d une confusion de noms évidente avec le consul Flavius Clément que Domitien son parent fit mettre à mort en 96, à cause de son attachementà la foi chrétienne ^. Une fois ce premier pas fait, il fallait trouver d'autres noms dans la famille de César. Or celui de Matthidie, sous lequel la mère de Clément paraît dans la suite du roman, était commun à la sœur de Trajan et à la mère de Julia Sabina, épouse d'Adrien ; le nom de Faustine
1, Orig,, sur 5. Jean, i, 29; Ensèhe, Hist. ecclts.f iif, 15 ; S. Épiphane Ilérés., xx\ii, 6 ; S. Jérôme, Des Hommes illustres, c, 15; S. Clirysos., Comm. sur lal^^ Enître à Timothée.
2. Eusèbe, Hist. eccles., in, 38; S. Jérôme, Epit. l-29e à Dardanus.
d. Ensebc, Hist. eccles., ]U, 18; Suétone, Domitien^ xv; Dion Gassius, LXVII, 14.
était porté par la femme et par la fille d'Antonin le Pieux. C'est ainsi que pour arranger son drame, l'auteur des Clémentines a su chercher jusque dans la famille impériale tout ce qui pouvait en augmenter l'intérêt ou la vraisemblance. Quant aux destinées singulières de ce groupe de personnages qu'il a mis en scène, la fiction est trop visible pour qu'il faille hésiter un seul instant à leur conserver ce caractère.
Si enfin nous examinons une dernière question : de quelle utilité les Clémentines peuvent-elles être pour l'histoire des dogmes ? il va sans dire. Messieurs, qu'une production de l'Ébionitisme ne doit être consultée qu'avec précaution. Aussi n'est-ce pas comme faisant autorité qu'on peut invoquer leur témoignage, mais à titre de renseignements sur l'état des esprits et des croyances. Ainsi, je ne crains pas d'affirmer qu'elles fournissent un argument très-solide en faveur de la constitution de l'Église catholique. En nous montrant à la tête de chaque Église particulière un évêque ayant sous ses ordres un nombre déterminé de prêtres et de diacres, et au dessus des diverses Églises un évoque des évêques, elles témoignent que telle était réellement la constitution hiérarchique des deux premiers siècles ^ Si elles transportent à saint Jacques la prérogative de saint Pierre, c'est une vue particuhère à la secte des Ébionites : cette erreur de fait ne détruit pas le droit, et n'en prouve même que mieux combien l'existence d'un chef suprême de l'Église était enracinée dans la conscience générale. Ici les tendances hétérodoxes de l'ouvrage, loin d'infirmer l'argument, le fortifient. Si pour faire accepter leur œuvre, les hérétiques se voyaient obligés d'exposer avec tant de netteté les divers degrés de la hiérarchie catho-
1. Il n'est aucun document, dans les deuï premiers siècles, où la dignité et.le ministère propre de l'évêque soient mieux exprimés que dans les discours adressés par S. Pierre à Clément et à Zachée, avant de les ordonner, l'un évêque de Rome, l'autre évèque de Gésarée. {lloméL, m, 63 et suiv.; EpUre de Clément à S. Jacques, 9.) Les Lettres de S. Ignace elles-mêmes ne sont pas plus explicites sur ce point.
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lique, c'est qu'ils avaient sous les yeux un état de choses qu'ils ne pouvaient nier. C'est ainsi qu'au risque de nuire à leur opinion préconçue en faveur de Jérusalem, qu'elles envisagent comme la métropole du christianisme, les Clémentines appuientavec force sur l'épiscopat de saint Pierre à Rome : montrant par là que ce dernier fait était tellement incontestable, qu'on ne pouvait' le nier sans perdre tout crédit. On ne dira pas qu'elles font arriver saint Pierre à Rome, parce qu'elles cherchent à établir la primauté de cet apôtre ; car saint Jacques reste pour elles l'éveque des évêques. Leur témoignage sur ce point est donc irrécusable. J'en dirai autant de la doctrine des sacrements. Saint Pierre rompt le pain eucharistique avec ses frères dans les villes où il arrive ; il impose les mains à ceux qu'il juge dignes du sacerdoce. Nulle part ailleurs, la nécessité absolue du baptême n'est plus clairement enseignée que dans cet ouvrage qui, par un contraste singulier, attache tant de prix aux observances mosaïques ^ Enfin, ce qui achève de prêter aux Clémentines un intérêt dogmatique, c'est la conclusion qu'on peut en tirer pour les Écritures du Nouveau Testament. Les citations nombreuses et textuelles qu'elles empruntent à saint Matthieu, à saint Marc, à saint Luc et à saint Jean, prouvent sans réplique que les quatre Évangiles étaient connus et propagés partout dans la première moitié du ii® siècle ^.
Tel est. Messieurs, le caractère ou la portée du roman théologique des Clémentines. J'ai cru devoir lui consacrer quelque attention, parce qu'il forme une des productions les plus remarquables de la littérature des deux premiers siècles.