om. VIII. 22, 23; XI, 25, 27; XIII
2. nom. XIX, 22 ; Jean, ix, 1. — flom. xviii, 15 ; S. Matth , xiii, 35. — Hom. XI, 2, S. Matih , vi, 13. — IJom. m, 52 ; S. Matth., xi, 28. — llom XIX, 7 ; S. Matth , xn, 31. — llom. m, 52 ; S. Matth., xv, 13. — Hom viil, 4; S. Matth., xx, 16. — Hom. xi, 20 ; Luc xxvi, 34. - flom. xvii, 5 ; Luc, xviii, 6-8. — Hom. xix, '10. Marc iv, 3i, — Hom m, 87; Marc, xii» 90 Hom. m, 12 ; Jean, x, 9. — Nous ne rapprochons qu'un 1res- petit nombre de passages. Les citations des quatre Évangiles canoniques sont encore plus nombreuses dans les Reconnaissances.
Il est à regretter sans nul doute que la main d'un hérétique y ait laissé des traces inelFaçables ; mais, tel qu'il est, il mérite encore de trouver place dans un tableau de l'éloquence chrétienne. C'est un effort hardi, sinon toujours heureux, pour résumer sous la forme d'un récit dramatique le mouvement des doctrines. Si la fiction y dépare trop souvent la vérité historique, il n'en reste pas moins par bien des côtés une peinture vivante de l'époque, de ce siècle au milieu duquel le christianisme était venu provoquer une activité intellectuelle qui depuis n'a été guère surpassée. Ce serait, à coup sûr, exagérer l'importance des Clémentines que de les comparer aux monuments postérieurs de l'éloquence chrétienne. Comme réfutation des erreurs païennes, elles sont de beaucoup inférieures aux grandes apologies. Ce n'est que dans les invectives éloquentes de TertuUien ou dans les vastes analyses de saint Irénée et de saint Épiphane, que nous saisirons cette multiplicité de systèmes qu'on enveloppe sous le terme générique de gnosticisme. Et même, nous avons vu qu'en essayant de combattre ce mouvement, un des plus puissants qui aient agité l'esprit humain, les Clémentines marquent précisém.ent une de ses tendances,, celle de l'Ebionitisme. 11 n'est pas moins vrai de dire qu'en retraçant la prédication évangélique dans sa lutte avec les différents systèmes gnostiques ou païens, elles occupent dans la littérature chrétienne des premiers siècles un rang qu'on ne saurait leur disputer.
DIXIÈM^E LEÇON
Caractère de l'éloquence chrétienne dans la première période de son développement. — La lettre est la forme ordinaire dans les écrits des disciples des apôtres. — Action de la prédication évangélique dans la réformalion des mœurs. — Enseignement de l'Église primitive sur la virginité ou le célibat religieux. — Les deux Épîtres du pape saint Glémenl aux vierges. — Leur authenticité. — Contraste entre la corruption du paganisme et son respect pour la virginité. — Les deux Épîtres de saint Clément ouvrent la voie aux traités sur la virginité si nombreux dans l'éloquence chrétienne. — Analyse. — Saint Clément associe l'idée du dévouement à celle de la virginité. — Différence essentielle entre le célibat religieux tel que l'entendait l'Église primitive, et le célibat profane contre lequel réagissaient les empereurs païens. — Erreur de Montesquieu sur la doctrine des Pères touchant le célibat. — Modèle d'exhortation morale dans le fragment d'Homélie intitulé deuxième Epîtrede saint Clément aux Corinthiens, — La confession ou l'aveu dos fautes, moyen indispensable pour obtenir la rémission des péchés.
Messieurs,
On l'a dit bien des fois, ce qui caractérise l'éloquence chrétienne dans la première période de son développement, c'est la simplicité. Le christianisme, en effet, ne s'annonçait pas au monde comme le résultat d'un effort spéculatif ou le fruit de recherches scientifiques : dogme révélé et fait historique, il se manifestait par la parole ou par l'écriture tel qu'il s'était produit, sans le concours de tous ces moyens qui assurent à une œuvre humaine sa vie et son succès. Le miracle suivait partout la nouvelle doctrine, et au besoin tenait lieu d'une plus ample démonstration. De plus, les premiers prédicateurs de l'Évangile n'appartenaient point pour la plupart aux classes lettrées, et c'est dans le peuple également que leur parole trouvait le plus d'écho. Dieu le voulait ainsi pour distinguer son opération de celles de l'homme. On conçoit dès lors qu'il ne faille chercher dans
les premiers monuments de la littéraUire chrétienne ni artifice de l'esprit ni apprêt du langage. Un tel soin eût été peu en harmonie avec le caractère surnaturel et unique de l'établissement du christianisme. Aussi le thème primitif de l'éloquence sacrée se réduit-il à quatre biographies assez courtes, qui entremêlent la doctrine de l'IIomme-Dieu du récit de sa vie.
Tel le texte, tel devait être le commentaire. Si ce grand fait, qui seul prêtait à l'histoire du genre humain sa vraie signification, s'était pubhé par une voie si modeste, le développement delà doctrine allait se produire sous une forme non moins simple. J'ai déjà dit que la prédication orale des apôtres s'éloignait de toute recherche : il en devait être de même de leur prédication écrite. Les premiers chrétiens formaient une grande famille, dont les membres étaient unis entre eux par des rapports intimes. Même après que le progrès de TÉvangile eut fait naître plusieurs Églises particulières éloignées les unes des autres, les relations qui existaient entre elles ne perdirent rien de leur intimité. La doctrine s'échangeait par le mode de communication le plus accessible à tous. Or, quelle est, de toutes les formes du discours écrit, la plus simple et la plus familière ? C'est évidemment la Lettre. Il ne faut donc pas s'étonner que ce genre d'écrits constitue presque à lui seul la littérature apostolique. Dogme et morale, discipline et culte, joies et tristesses, espérances et craintes, tout se mélange sans effort dans ces épanchements du cœur, où l'on vit pour la première fois des hommes écrivant à Jérusalem ou à Corinthe saluer du nom de frères des étrangers dispersés dans toutes les parties du monde. Ce fait seul annonçait la révolution morale qui allait s'accomplir dans l'humanité ; et comme si, dans cette œuvre de rénovation divine, les moyens devaient contraster en tout point avec la fin, ce sont quatre biographies fort simples et une vingtaine de petites lettres qui ont changé la face du monde.
Ce serait donc, à mon avis, vouloir forcer le rapproche-
x?08 LES DEUX Ét'ÎTRES DE SAINT CLÉMENT AUX VIERGES.
ment, que d'établir un parallèle entre la littérature sacrée du Nouveau Testament et les écrits profanes du même temps. Comparer entre elles les Lettres de Sénèque et les Épîtres de saint Paul, les Actes des Apôtres et les Annales de Tacite, comme œuvres d'art, ce serait manquer à la fois de tact et de coup d'œil. On peut assurément rapprocher les doctrines, pour signaler Faction que 1( s idées chrétiennes ont exercée dès l'origine ; et malgré tous les efforts qu'on a faits dans le sens contraire, la thèse qui cherche à soustraire le stoïcisme romain à toute influence de la religion nouvelle ne me paraît nullement prouvée. Mais, je le répète, toute comparaison qui consisterait à peser de part et d'autre le mérite littéraire serait puérile. Les Évangiles, comme les Lettres des apôtres, n'ont aucune prétention à l'art humain ; l'absence môme de toute recherche est un de leurs caractères : ils atteignent le sublime dans la simplicité comme chose naturelle à un ordre de conceptions auxquelles l'homme n'a qu'une faible part. C'est une littérature toute neuve, tout originale, qui s'empare à la vérité des langues quelle trouve sous la main, mais qui se produit sans la moindre influence des littératures profanes, qu'elle semble ignorer ou dont elle ne tient pas compte. l'Ancien Testament seul a jeté un reflet sur le Nouveau. Si le plus lettré des apôtres, saint Paul, cite en passant Aratus et Épiménide, ces deux souvenirs classiques n'enlèvent rien au ton et à la forme de ses Épîtres de leur parfaite originahté \
Ce n'est. Messieurs, que plus tard et cà mesure qu'on s'éloigne du berceau de la littérature sacrée, que les deux courants se mêlent sans se confondre. Saint Justin est le premier dans lequel ce point de jonction devient manifeste ; car, si le souflle de l'éloquence grecque traverse par intervalle les écrits des Pères apostoliques, leur caractère se rapproche trop évidemment de celui du Nouveau Testament pour que le résultat de cette action soit sensible.
l Actes des apôtres, x vu, '28. — Ép. à TU , r, 12.
LE CÉLIBAT RELIGIEUX. 20î>
Voilà pourquoi la Lettre est la forme ordinaire de l'éloquence écrite dans les ouvrages des disciples des apôtres. Comme leurs devanciers, ils adressaient aux Églises des exhortations courtes et vives, qui sans nul doute répondaient mieux aux besoins des esprits que de longs traités. 11 ne faut chercher dans cette époque primitive ni le goût ni le loisir suflisant pour des œuvres de longue haleine. Non magna loquimur, sed vivimus : le mot de saint Cyprien était vrai, surtout pour cette période de l'Église naissante, où l'éloquence d'action devait avoir une plus grande place que l'éloquence spéculative. Il s'agissait avant tout de convertir le monde ; or la parole vivante, soutenue par de hautes vertus, a plus de torce que tous les livres. Platon et Aristote en avaient composé un grand nombre, et leur influence morale ne s'était guère fait sentir sur leur époque ni après eux. On ne comprendra jamais le premier mot de l'histoire du christianisme, si on persiste à l'assimiler à un système philosophique essayant de pénétrer dans le monde par les armes de la science. Ce n'est pas de la sorte qu'il devait conquérir la souveraineté spirituelle. Plus tard, une fois qu'il aura pris racine dans le sol, nous assisterons au merveilleux épanouissement du germe divin confié à la terre. Mais la comparaison de l'humble grain de sénevé devait se justifier sous toutes ses faces. De là ce genre simple et familier de l'éloquence écrite dans les Pères apostohques. Nous en avons trouvé deux modèles dans la première Épître du pape saint Clément aux Corinthiens et dans l'Épître de saint Barnabe. Les deux lettres de saint Clément aux vierges, que nous abordons aujourd'hui, vont nous le montrer sous un nouveau jour, en nous odrant l'un des sujets les plus graves et les plus élevés de l'enseignement chrétien. C est le premier traité de la virginité dans l'histoire de l'éloquence sacrée.
S'il est, Messieurs, un point sur lequel la prédication évangéUque contraste avec l'esprit du siècle auquel elle s'adressait, c'est la virginité. Sans nul doute chaque époque a ses vices et ses vertus, ses grandeurs et ses défaillances ; et pour
l'honneur du genre humain comme dans l'intérêt de la vérité, il ne faut en calomnier aucune. Mais, si l'on doit juger de l'état moral d'un siècle par le tableau qu'en ont fait les contemporains, celui d'Auguste est peut-être le plus licencieux qu'offre l'histoire de l'humanité. Sans descendre à des auteurs dont la crudité de langage nous oblige à jeter un voile sur leurs écrits, nous trouvons dans des historiens ou des moralistes tels que Tacite et Suétone, Sénèque et Juvénal, un témoignage irréfragable. On est tenté parfois de chercher l'hyperbole dans les invectives d'une colère vertueuse ; mais le récit plus calme d'un annaliste véridique détruit cette illusion en confirmant les faits ; et quand le plus grave des historiens de l'antiquité peignait en deux traits ce monde dépravé, corruwpere et corrumpi^ être corrompu et corrompre, il attachait au front de son époque un stigmate que l'histoire y a maintenu. Or, c'est à travers une société où l'on voyait un assemblage de monstres, tel qu'il ne s'en était jamais offert, c'est au milieu du siècle des îséron et des Caligula, des Messaline et des Agrippine, que le christianisme apparaissait avec sa grande doctrine de la virginité.
Certes, Messieurs, on ne dira pas que le contraste ne fût extrême. Et pourtant on manquerait de justice envers l'ancien monde, en affirmant que le principe de la domination de l'esprit sur la chair y était complètement effacé. Malgré cette corruption universelle qui avait fait du paganisme le règne presque absolu de la matière et des sens, on y avait compris de tout temps la grandeur et la beauté morale de la virginité. L'histoire de l'antiquité est là tout entière, pour montrer que tous les peuples ont attaché à ce sacrifice complet de la chair à l'esprit, une idée de sainteté plus haute et de perfection céleste. Si le polythéisme grec déifie ses vices, qu'il place dans l'Olympe, il y fera monter également la virginité : Vesta, Minerve, Diane, Astrée, les Muses, les Grâces, seront des divinités vierges. Je n'ignore pas que les poètes n'ont pas toujours conservé à ces types leur pureté primitive : ce n'en est pas moins un fait cligne d'attention que cette personnification
de la sagesse, de la justice, des arts et des sciences, sous les traits de la virginité. S'agit-il d'exprimer une vertu dans sa forme la plus touchante, les poètes profanes ne se feront pas faute quelquefois d'y associer la continence parfaite. Aux yeux de Sophocle, le poëtele plus moral du paganisme, le dévouement filial d'Antigone se confond avec sa virginité. Quand Euripide veut dépeindre son jeune homme modèle, il montrera Ilippolyte vouant un culte perpétuel à la chaste déesse ; et Racine, tout chrétien qu'il est, gâtera cette belle conception du génie antique en y mêlant la galanterie du xviie siècle. Fidèles à cette pensée, que la virginité rapproche des dieux, ils lui accordaient de préférence le don de prophétie- La vierge Cassandre prophétise, la pythie vierge rend des oracles, les sibylles vierges sont regardées comme inspirées d'en haut. Et ce n'était point là une création arbitraire de l'imagination poétique; sorti de la conscience générale, ce culte de la virginité était consacré par la plupart des législations elles-mêmes. Vous savez de quels hommages l'ancienne Rome entourait ses Vestales : elles passaient pour la gloire et le soutien de la république. Les consuls leur cédaient le pas, et les licteurs abaissaient leurs faisceaux devant elles. Dans les calamités publiques, l'intervention de la virginité était regardée comme le moyen le plus sûr d'apaiser la colère des dieux. Ce que les Vestales étaient aux yeux des Romains, les druidesses l'étaient pour les Gaulois et les Germains, les vierges du soleil pour les peuples du Pérou. 11 me serait facile de parcourir ainsi toute l'antiquité païenne, pour montrer qu'au milieu d'une corruption devenue presque générale, les nations n'en reconnaissaient pas moins dans la virginité un état supérieur et qui rapproche davantage de la Divinité.
Cela prouve. Messieurs, qu'à aucune époque la conscience humaine ne se laisse complètement dominer par le vice et par l'erreur. A tel degré d'avilissement qu'elle arrive, il lui reste un fond de noblesse qui atteste la divinité de son origine. L'homme s'incline naturellement devant l'idée du sa-
crifice, lors môme qu'il se croit incapable de la réaliser : et tout en se faisant lui-même l'esclave du vice, il rend à la vertu un hommage volontaire ou forcé. C'est ainsi qu'en proclamant du milieu de ses égarements la grandeur et la beauté morale de la virginité, l'antiquité païenne obéissait à ce sen-
timent de la vertu, qui peut s'affaiblir, mais qui ne s'éteint jamais. Rien ne serait en effet moins rationnel, que de vouloir réduire à un préjugé cette admiration constante des peuples pour un fait ou un état si opposé à leurs mœurs. Le préjugé conspire avec les passions , mais ne se tourne pas contre elles. Le préjugé est de sa nature local et passager ; l'universalité et la perpétuité n'appartiennent qu'à Dieu et à la vérité. Si donc à travers cette longue période de l'histoire, où le polythéisme avait altéré dans les âmes la notion du juste et de l'honnête, où les passions humaines avaient rompu tout frein, où les religions divinisaient le mal sous tous ses aspects, si, dans ces temps de dégradation morale, l'idée de la virginité s'était maintenue haute et respectée dans la conscience des peuples, c'est qu'ils écoutaient une voix qui parlait plus haut que leurs vices, la voix de la raison qui proclame dans ce sacrifice complet de la chair à l'esprit une des formes les plus élevées de la perfection morale.
Ce n'est donc pas sans un étonnement mêlé de douleur, qu'en arrivant au xvi*^ siècle de l'ère chrétienne, on y trouve des hommes qui se sont érigés en réformateurs, et qui, sur ce point de doctrine, sont descendus bien au dessous des païens. Pour châtier la verve bouffonne de Luther et le dogmatisme prétentieux de Calvin, c'est leur faire trop d'honneur que de les mettre en regard du Christ et des apôtres ; il suffit de leur opposer ce qu'une conscience païenne savait trouver de grand et de beau dans ce sacrifice fait à la Divinité. Tandis que le moine de Wittemberg descend jusqu'au cynisme de la grossièreté contre un état de perfection qui le gêne , les poètes les plus licencieux de l'antiquité laissent échapper un cri d'admiration devant la continence parfaite ^ Et, puisqu'il