Com. in Madh. III
3. Orig., Ilomil. i in Lnram Philosoph. p 101 ; Eusèbe, Hist. ceci III. 25; Cyrille de Jéius., Calèches, iv et vi ; Ambros. ad Lucam, i, l ; s. Jérôme, Préface du com. sur s, Matthieu.
C'est ce qu'il est difficile de déterminer avec quelque précision. Un érudit distingué, M. Alfred Maury, qui s est occupé spécialement de cet Évangile, y voit un but dogmatique, la réfutation d'Apollinaire, évêque de Laodicée, qui à la On du iv« siècle rejeta le dogme de la descente aux enfers '. Selon lui, l'auteur, qui aurait vécu à cette époque, se serait servi pour établir ce point de doctrine, des écrivains ecclésiastiques du III* et du jv« siècle, particulièrement d'Eusèbe d'Alexandrie , et par le fait, il existe un parallélisme frappant entre un discours de ce dernier et la seconde partie de l'Évangile de Nicodème. Partant d'un principe tout opposé, le docteur Tischendorf s'est efforcé de prouver qu'Eusèbe d'Alexandrie avait puisé son récit dans l'Évangile de Nicodème, partant que ce dernier est antérieur au iii« siècle, sinon dans sa forme actuelle, du moins dans les parties qui le composent. Je n'entrerai pas dans cette discussion qui nous éloignerait trop de notre sujet. Nous verrons la prochaine fois que l'Évangile de Nicodème est une composition de grand mérite, qui. dans le but d'agir sur les Juifs incrédules, cherche à dramatiser les actes de Pilate ou la relation de la passion du Christ, et a rendre le fait de la descente au^x enfers sous une forme vive et saisissante. Qu'il nous suffise de constater, comme résultat positif de la critique moderne, que la date des Évangiles apocryphes est récente relativement aux Évangiles canoniques, qui, nés au premier siècle, sont cités par les Pères dès le commencement du deuxième, comme nous le montrerons dans le cours de ces Études.
Maintenant, Messieurs, que faut-il penser de la valeur historique des écrits dont je parle ? Faut-il croire que la crédulité ou l'instinct poétique en ont fait absolument tous les frais, de telle sorte qu'il n'y ait aucune espèce de réalité dans les faits qu'ils mentionnent? ou bien peut-on admettre qu'ils reposent sur un fonds traditionnel plus ou moins embelli ou défiguré? Je commencerai par dire, qu'ici comme en
1. Nouvelles recherches sur l'époque à laquelle a été composé l'ouvrage connu sous le litre d'Évangile de Nicodème, Paris, 1850.
LA LÉGENDE ET l'hISTOIRE. 47
tout point, l'Kglise catholique a montré sa profonde sagesse, en ne leur reconnaissant ni valeur doctrinale ni même aucun caractère d'authenticité. Car le mot apocryphe a ce double sens dans l'antiquité chrétienne. Il désigne ou des livres qui n'ont pas été reçus dans le canon des Écritures, ou des écrits qui portent un nom d'auteur supposé. Appliqué aux Évangiles en question, ce terme a les deux significations. On ne citerait pas un Père qui les ait regardés comme inspirés, ni môme comme authentiques. Si quelques écrivains des premiers siècles en ont fait usage, ils s'en servaient comme d'un document historique dans lequel tout n'est pas à rejeter. Saint Justin, Tertullien et Eusèbe s'appuient à la vérité du témoignage des actes de Pilate ; mais bien que cette relation ait été fondue dans l'Évangile de Nicodème, ce dernier est un ouvrage tout ditîérent et postérieur à ces trois écrivains. Saint Jérôme s'élève avec force contre les rêveries des apocryphes en plusieurs endroits de ses écrits ; saint Augustin va jusqu'à leur refuser toute autorité dans sa controverse avec Fauste le manichéen, et le pape Innocent I n'hésite pas à condamner tout ce qui, en dehors des Écritures canoniques, a paru sous le nom des apôtres*. Enfin le pape Gélase les a tous réprouvés dans son célèbre décret sur les apocryphes inséré dans le corps du droit canon ^. Mais de ce qu'un Uvre ne jouit d'aucune autorité en matière de doctrine, ou de ce qu'il a été faussement attribué à un auteur, s'ensuit-il que tout ce qu'on y rencontre soit absolument controuvé? Je ne le pense pas. Ainsi, tout en faisant la part de ce qu'il y a de fabuleux dans les Évangiles apocryphes, on peut leur reconnaître une certaine base historique, si peu large qu'elle soit.
Cette observation s'applique surtout à la vie de la sainte Vierge, telle qu'elle est retracée dans les Évangiles apocryphes. J'ai déjà dit. Messieurs, que ce point historique peu
1. s. Jérôme, contra Helvidium, c. vu et xrr; com. in Matth., xxiii, 35. ~ S. Augusl , 1. xxui, cont. Faustum, c, ix. — Innocent, i, Epistola ad Exsuperiiim.