‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 73 sur 143 · Adv. Jovin., l. i, c · texte numérisé non relu

Adv. Jovin., l. i, c

2. Gallandi en rapporte quelques exemples dans sa Biblioth. vet. Patrum, l I, proleg., page 33.

Ce que saint Clément cherche à dégager de tout nuage dans sa première Épître, c'est la notion vraiment chrétienne de la virginité. Ce n'est pas sur la terre mais dans le ciel qu'il trouve la fin et le motif de ce sacrifice exceptionnel. Le Sauveur l'a dit : il y a des eunuques spirituels qui renoncent au mariage à cause du royaume des cieux. Il faut donc que ceux qui se sont voués à cette condition ne perdent jamais de vue le motif qui les inspire ni le but auquel ils tendent. Or, ce n'est ni par l'éloquence, ni par la réputation, ni par l'éclat des ancêtres, ni par la beauté ou la force du corps, ni par la longueur de la vie, que le royaume des cieux s'acquiert, mais par la foi qui se manifeste dans les œuvres. La sainteté de la vie, telle est la condition essentielle de la virginité. Sans les œuvres de la foi, le nom de vierge comme celui de chrétien n'est d'aucun prix. Plus l'état auquel vous aspirez est élevé,*^ plus hautes doivent être vos vertus. Or, savez- vous, ô vierges quelle est l'excellence de votre profession ? C'est le sein d'une vierge qui a porté Noire-Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, et ce corps, dont le Seigneur s'est revêtu et avec lequel il ^ soutenu son combat dans le monde, c'est d'une vierge qu'il l'avait pris. Jean son précurseur a été vierge ; cet autre Jean qui reposa sur sa poitrine, le Seigneur l'aimait à cause de sa virginité. Paul, Barnabe, Thimothée et tant d'autres, ont suivi cette même voie, dans laquelle Élie, Elisée et un grand nombre de saints personnages les avaient précédés. Si donc vous voulez marcher sur leurs traces, imitez-les, ou plutôt imitez le (Christ, votre grand, votre unique modèle. C'est à ce type parfait de la virginité que saint Clément ramène l'esprit de ses lecteurs. Mais, au lieu d'affaiblir cet enseignement par une pâle analyse, écoutons plutôt ces belles paroles qui expriment l'esprit le plus pur du christianisme :

« Vous désirez rester vierge ? Savez-vous combien pénible et laborieuse est cette véritable virginité, qui se tient sans jelâche devant Dieu et ne le quitte jamais, qui n'a de sollici tude que pour plaire au Seigneur de corps çt d'esprit ? Quelle est l'excellence et la sublimité de cet état et quelle grande

chose désirez- vous ? Savez-vous que vous allez descendre dans l'arène et lutter comme l'athlète, vous, qui, revêtu de la force et de l'esprit, avez fait choix de cette condition, pour être ceint d'une couronne de lumière, et recevoir les honneurs du triomphe dans la Jérusalem céleste ? Si donc vous désirez ces choses, combattez votre corps, combattez les passions de la chair, combattez le monde dans l'esprit de Dieu, combattez les vanités du siècle présent, qui passent, qui se brisent, se corrompent, s'éteignent ; combattez le dragon, combattez le lion, combattez le serpent, combattez Satan par Jésus-Christ qui vous fortifiera par sa parole et par la divine Eucharistie... Grand est votre labeur, grande sera aussi votre récompense '. »

C'est ainsi. Messieurs, qu'en face du sensualisme païen, l'Église naissante arborait l'étendard du spiritualisme chrétien. Je signalais tout à l'heure le contraste que présentait cette doctrine avec l'époque où elle se produisait : il suffit pour démontrer aux esprits les plus prévenus la divine originalité de la religion chrétienne. Évidemment de telles paroles n'étaient pas lécho naturel du siècle de Néron et de Domitien, et pour les expliquer, il faut admeltre que le souffle d'un esprit nouveau avait passé sur le monde. Relever ainsi le principe de la domination de l'esprit sur la chair et le replacer si haut dans la conscience humaine, au milieu d'une société qui tombait en pourriture, ce ne pouvait être l'œuvre de l'homme seulement. Il n'y avait qu'une force divine qui pût arrêter le torrent de la corruption universelle et le refouler vers sa source. Ce seul fait, je le répète, ce phénomène merveilleux de la virginité chrétienne, se produisant tout à coup au sein du paganisme, suffît pour prouver que la religion chrétienne n'est pas une œuvre qui doive à l'homme son origine ni sa puissance. Car ce qui est plus étonnant encore que l'apparition d'une telle doctrine, c'est son efficacité. On eût dit que cette terre ne dût plus connaître d'autre fécondité que

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