Bibl. cod
4. Schnekenburger, De l'Évangile des Égyptiens, Berne, 1834 ;Schwegler, De l'âge postérieur aux apôtres, t. I, p 418 et suiv.
non pas de bouche seulement, mais par les œuvres, jusqu'au sacrifice môme de la vie. Qu'y a-t-il en effet dans ce monde que nous dussions regretter ? Le siècle présent et le siècle futur sont opposés l'un à l'autre : nous ne pouvons les servir tous deux. C'est pourquoi il faut combattre , et si nous ne remportons pas tous la couronne du martyre, nous atteindrons le but par les œuvres de la pénitence. L'auteur emploie à ce sujet une comparaison très-juste, pour expliquer la nécessité de faire pénitence dès ce monde :
« Pendant que nous sommes sur la terre, faisons pénitence. Nous sommes en effet comme l'argile entre les mains de l'artisan. Si le potier fait un vase et que ce vase vienne à se tordre ou à se briser, il peut le refaire de nouveau, mais une fois qu'il l'a jeté dans la fournaise, il ne peut plus y remédier. 11 en est de même à notre égard. Pendant que nous sommes dans ce monde, et que nous avons encore le temps de nous convertir , faisons pénitence des péchés que nous avons commis dans notre chair, afin d'être sauvés par le Seigneur. Car, après que nous serons sortis de ce monde, nous ne pourrons plus ni faire l'aveu de nos fautes (l'exomologèse), ni les réparer. »
C'est donc par les œuvres de la pénitence qu'on acquiert la béatitude dans l'autre vie. Vous avez remarqué sans nul doute ce témoignage rendu à la confession sacramentelle ; car l'auteur n'a pas pu entendre autre chose par cette exomologèse ou cet aveu indispensable de nos fautes que nous devons faire dès ce monde pour être sauvés. S'il n'avait voulu parler que d'un aveu fait directement à Dieu, sa phrase n'aurait aucun sens, et l'antithèse qu'il établit serait absurde, car nous pourrions avouer nos fautes à Dieu dans l'autre monde comme dans celui-ci. Ce passage de l'Homélie prouve donc que dans l'Église primitive non moins qu'aujourd'hui, l'aveu des fautes était envisagé comme une condition nécessaire pour le salut. Et qu'on ne restreigne pas cette exomologèse aux péchés publics, car l'auteur de l'Homélie parle indifféremment de toutes les fautes que nous commettons revêtus de notre chair
mortelle. Comme vous le voyez, l'étude des premiers monuments de l'éloquence chrétienne confirme la doctrine catholique sur tous les points. C'est ainsi qu'un peu plus loin l'orateur établit contre les gnostiques la résurrection de la chair. « C'est dans la chair, dit-il, que nous avons été appelés, c'est dans la chair que le Seigneur est venu à nous, c'est la chair que nous devons conserver intacte comme le temple de Dieu ; c'est dans la chair par conséquent que nous recevrons notre récompense. Attachons-nous à cette espérance, et loin d'imiter ces hommes qui préfèrent les joies passagères de ce monde aux délices du siècle futur, attendons le règne de Dieu en pratiquant la justice et la charité. » C'est à cet endroit que se termine ce fragment d'Homélie qui, s'il n'est pas de saint Clément, remonte sans contredit à la plus haute antiquité.
Je ne parlerai pas des constitutions apostoliques ni des lettres décrétales faussement attribuées au pape saint Clément : elles rentrent dans l'histoire du droit canon et sont étrangères à l'éloquence sacrée.
Cette foule d'écrits mis sur le compte de saint Clément prouve qu'après les apôtres nul personnage n'a rempli dans l'Église primitive un rôle plus considérable. Homéhes, Épîtres morales, législation, à tort ou à raison, tout porte quelque trace de son activité. Le plus ancien monument du droit ecclésiastique le revendique pour son auteur. L'Ébionitisme inscrit son nom au frontispice d'un grand ouvrage. Quand la critique ancienne ne trouve pas d'auteur déterminé pour une œmTe anonyme, le souvenir de Clément s'offre à elle. Pour lui, il reste enveloppé dans un nuage qu'on ne parviendra jamais à dissiper entièrement. Sauf quelques détails acquis à la science, sa biographie flotte dans ce demi-jour de la probabilité si favorable aux conjectures. Mais la célébrité de son nom atteste la puissance de son action. N'eût-il écrit que sa grande Épître aux Corinthiens, qu'il mériterait d'occuper la première place après les apôtres du Christ. En proclamant si haut le principe de l'unité dans l'Église, il a préludé au rôle
(le ses successeurs et ouvert la série de ces lettres des Papes qui ont gouverné le monde chrétien. Mais ses deux Épîtres aux vierges sont un nouvel et précieux monument de son activité apostolique ; et pour trouver dans cet âge postérieur à la fondation du christianisme un nom digne d'être comparé à celui de Clément, il faudra nous transporter sur d'autres rivages, dans une contrée qui avait reçu de bonne heure la semence de l'Évangile, l'Asie Mineure, où nous nous arrêterons bientôt devant saint Ignace d'Antioche.