‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 79 sur 143 · DOUZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DOUZIÈME LEÇON

Originalité de l'éloquence chrétienne dans les Pères apostoliques. — Elle s'est développée pendant cette période sans influence sensible de la part des littératures profanes — Comment s'explique l'absence d'art dans les premiers monuments de l'éloquence sacrée. — Les écrits des Pères apostoliques sont la première ébauche des chefs-d'œuvre de l'éloquence chrétienne dans les siècles suivants, — Le Pasteur d'Hermas, premier essai d'un traité élémentaire de théologie morale. — Vénération de l'Église primitive pour ce livre. — Incertitude sur son auteur et sur la date de sa composition. — Première partie : Les Visions. — Exhortation morale sous forme d'apocalypse. — Les apocalypses dans les premiers siècles de l'Église. — Développement des Visions d'Hermas. — Leurs rapports avec l'Apocalypse de saint Jean et le quatrième livre d'Esdra.«;. — La forme apocalyptique dans la Divine Comédie de Dante.

Messieurs,

C'est par le Pasteur d'Hermas que nous reprenons la suite de nos Études interrompues par les fêtes de Pâques. Avant d'aborder ce nouveau monument du premier âge de l'éloquence chrétienne, je crois devoir jeter un coup d'œil rapide sur l'espace que nous avons parcouru.

Vous n'avez pas perdu de vue, je l'espère, le sujet qui devait nous occuper pendant cette année. Étudier l'éloquence chrétienne dans les deux premiers siècles de l'Église, en nous attachant particulièrement aux écrits des Pères apostoliques, telle est notre tâche. A cet effet, nous avons pris notre point de départ â la clôture des Écritures canoniques, qui ne rentrent pas dans notre domaine ; et, après avoir déterminé le caractère et la forme de l'enseignement du Sauveur et des apôtres, nous nous sommes tournés vers les premières productions de la littérature chrétienne. Ce qui s'offrait à nous ilès l'abord, dans cet âge postérieur aux apôtres, c'étaient les Évangiles apocryphes. Expliquer leur origine, fixer leur date,

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discuter leur caractère doctrinal, leur valeur historique et littéraire : tel a été l'objet de quelques-unes de nos Leçons. Du milieu de ces légendes qui côtoient l'histoire évangéUque, notre sujet nous a conduits vers des écrits qui méritaient de notre part une attention plus sérieuse. La Lettre de saint Barnabe, en nous introduisant au cœur de la lutte primitive du christianisme avec le judaïsme, nous offrait un premier modèle de l'interprétation allégorique de l'Ancien Testament. A une controverse purement dogmatique est venue succéder une question d'ordre social et de gouvernement. Dans la première Épître du pape saint Clément aux Corinthiens, nous avons trouvé, en effet, tous les principes qui sauvegardent l'unité de l'Église. En recueillant avec soin tout ce qui nous reste de ce pontife, qui a joué un si grand rôle dans l'histoire de l'Église, nous avons dû donner quelque attention au roman théologique des Clémentines. Bien que cette œuvre, produit de l'hérésie ébionite, ne puisse d'aucune façon être attribuée à Clément, elle nous a paru digne du plus vif intérêt, par le récit dramatique qu'elle contient et par les doctrines qu'elle y mêle. Les deux Epitres du pape saint Clément aux vierges nous ont initiés à l'enseignement de l'Eglise primitive touchant le célibat et la virginité; et comme résultat de ces idées si fécondes et si élevées, nous avons étudié, dans les actes de saint Paul et de sainte Thècle, la condition toute nouvelle que le christianisme avait su faire à la femme dans la société, l'affranchissement du sexe entier et sa réhabilitation par la virginité et par le sacrifice. Tel a été le sujet de nos entretiens pendant le premier semestre.

En parcourant ainsi les premiers monuments de l'éloquence chrétienne, nous avons pu en constater la parfaite originalité. Expression simple et touchante de la foi, la littérature de ce premier âge de l'Église s'est produite en dehors des littératures profanes, qu'elle semble ignorer ou dont elle ne tient pas compte. Sa source unique, c'est l'Ancien et le Nouveau Testament, développé selon l'esprit de la tradition. Si, comme dans saint Clément par exemple le souffle de l'éloquence

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grecque vient traverser par moment les écrits des Pères apostoliques, cette influence n'est guère sensible. C'est dans saint Justin que nous rencontrerons, pour la première fois, l'action de l'antiquilé classique sur l'éloquence chrétienne.

Certainement, Messieurs, si l'éloquence n'était pour nous qu'une question d'art et de forme, ce petit nombre de lettres arrivées jusqu'à nous du premier âge chrétien, n'auraient pas mérité tout le temps que nous leur avons consacré. Mais des motifs plus graves nous retenaient et nous retiennent encore aux origines de cette grande littérature qui a rempli le monde. Ce que nous y cherchons avant tout, ce sont les idées nouvelles que la prédication évangélique est venue répandre sur son chemin, et sa puissance d'action sur la société humaine. De ce point de vue, jamais parole, soit orale, soit écrite, n'a obtenu de pareils triomphes, ni par suite mérité plus d'attention. Nous avons vu, en effet, qu'eu égard aux obstacles de touL genre que la parole chrétienne rencontrait devant elle, son caractère surnaturel éclate à chaque pas dans la transformation progressive des idées et des mœurs, des hommes et des institutions. Cette conclusion que des faits de diverse nature nous ont déjà permis de tirer, ressorlira pour nous avec une entière évidence, lorsque, étudiant l'action parallèle du stoïcisme romain et du christianisme, nous constaterons l'impuissance de l'un et la fécondité de l'autre.

Quant à l'absence d'art dans les premiers monuments de l'éloquence chrétienne, nous n'avons eu aucune peine à l'expliquer. Elle nous a semblé toute naturelle et commandée, en quelque sorte, par le caractère exceptionnel de la propagation de l'Évangile. Le mot de saint Paul,no?i in persuasihllibushumanx sapientix verhis, nous en donne la raison principale. Dans une œuvre dont le succès devait manifester la divinité, l'art humain eût voilé le doigt de Dieu : c'est en dehors des ressources naturelles de l'art ou de la parole, par sa vertu propre et intime, que le surnaturel chrétien devait prouver son incontestable réalité. Car enfin, on a beau dire et beau faire, il n'est pas naturel que douze pécheurs de la

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Galilée aient converti le monde ; il n'est pas naturel que quatre biographies fort courtes, appelées Évangiles, et une vingtaine de petites lettres aient changé la face de la terre. Cela n'est pas naturel : c'est un etfet qui n'est pas contenu dans sa cause apparente, un événement qui se passe en dehors du cours ordinaire et même possible des choses humaines, .le n'ignore pas qu'en multipliant les sophismes, on peut atténuer la portée de ce fait : Gibbon l'a tenté au siècle dernier, d'autres l'ont essayé depuis lors ; mais en dépit de toutes ces tentatives, il y aura toujours là pour un esprit non prévenu, une question de sens commun et de bonne foi, qui se résout d'elle-même. Dès lors, vous concevez que la parole, organe principal de la vérité chrétienne, ait dû l'offrir au monde toute simple et toute nue, pour lui laisser toute sa transparence. Ce n'est pas une théorie que j'imagine pour le besoin d'une cause : saint Paul Ta expliquée au long dans sa première Épître aux Corinthiens: « Je ne suis pas venu vers vous, leur écrivait il, avec l'éclat d'une éloquence humaine, afin que votre foi ne fût pas établie sur la sagesse des hommes, mais sur ia puissance de Dieu. » Tel est le secret de celte négligence, je dirais presque de ce dédain de la forme, qu'on surprend dans les premiers monuments de l'éloquence chrétienne. Plus tard, au iii^ et au iv« siècle, quand le fait accompli de la conversion d'une grande partie du monde sera devenu une preuve palpable de la divinité du christianisme, la parole évangélique ne se trouvera plus absolument dans les mêmes conditions. De simple vêtement qu'elle était à l'origine, elle pourra devenir un ornement. En cela, elle suivra la loi naturelle du progrès. J'imagine que les premiers hommes ont du commencer par se vêtir avant de songer à se parer. Il en a été de même de l'éloquence sacrée. Elle devra, sans s'écarter de la ligne tracée par saint Paul, s'accommoder aux besoins divers des temps et des lieux. Nous verrons les orateurs et les écrivains postérieurs du christianisme s'approprier les formes de l'antiquité classique, et, sans se dépouiller tout à fait de cette rudesse évangélique

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dont ils conserveront la trace, y joindre les grâces de la diction, comme l'art divin se mariait à l'art humain sur le bouclier d'Achille ;^j]a, pour me servir d'une image moins profane , ils feroiil tourner au service du vrai Dieu les vases deJ'Égyple ; ils imiteront, selon l'ingénieuse comparaison de Grégoire le Grand, le peuple d'Israël qui descendait dans le camp des Philistins pour y aiguiser le soc de ses charrues. Kn deux mots, et pour parler sans métaphore, l'éloquence sacrée, dans sa deuxième période, prêtera à la vérité le secours de l'art ; et le genre d'éloque/ice qui rendra ce secours sinon nécessaire du moins fort utile, ce sera l'apologétique chrétienne.

J'ai dit. Messieurs, que le caractère surnaturel de l'établissement du christianisme et de sa propagation explique, daprès saint Paul, l'absence de Part dans les premiers monuments de l'éloquence chrétienne. Je pourrais ajouter avec saint Jérôme que, sauf des exceptions assez nombreuses, l'Église primitive ne s'est pas recrutée dans les classes lettrées, mais dans le peuple : Ecclesia Christi non de Académie et Lycœo, sed de vili plebeculâ congregata est \ Ici comme en maint endroit, le langage hyperbolique de saint Jérôme dépasse son idée ; mais le fond de sa pensée est vrai. Il en résulte que, pour s'adapter à ceux qui l'écoutaient comme à ceux qui l'annonçaient, la parole évangélique devait s'écarter de toute recherche dans le ton ou dans l'expression. Mais il est, à mon avis, une raison plus profonde qui achève d'expliquer cette négligence ou ce dédain de la forme, qu'on remarque dans la littérature primitive de l'Église. Mon intention n'est pas de faire un cours d'esthétique. Cependant, je ne puis m'empêcher de constater la loi générale qui a présidé au développement ou à l'évolution de l'art chrétien. Il existe un rapport si intime entre les diverses branches de l'art, qu'elles obéissent toutes à une même influence, en suivant une direction parallèle : de telle sorte qu'on retrouve

1 In Epist. ad Galatas, c. v.

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dans les origines de l'éloquence sacrée, en tant qu'œuvre littéraire, ce qu'offrent de particulier ou de caractéristique celles delà musique, de la sculpture et de la peinture chrétiennes. Lorsqu'on voit, par exemple, les emblèmes, les figures symboliques que le ciseau des premiers chrétiens traçait à la hâte sur les murs des catacombes de Rome et de Naples, sur les sarcophages des cimetières de Sainte-Lucine, de Saint-Sébastien, de Saint-Canxte,.on ne peut qu'être frappé de l'absence d art, du dédain de la forme qui s'y manifeste. De là, aux chefs-d'œuvre des siècles futurs, il y a une distance que l'œil peut à peine mesurer. Eh bien, la raison en est toute simple. La mission du christianisme consistait avant tout à détacher l'homme de la terre, à le rendre attentif aux* choses de l'âme, aux biens spirituels, à l'affranchir de cette captivité des sens et de la forme où le retenaient les doctrines païennes. Il en résulta que, dans cette ferveur d'enthousiasme qui entraînait les premiers chrétiens sur ces voies nouvelles frayées par la foi, ils n'accordaient aux choses de la terre qu'une place infiniment secondaire. De là cette indifférence, je dirais même cet éloignement pour tout ce qui les ramenait dans un cercle d'idées moins élevées, pour ce qui ne leur paraissait être qu'un jeu de l'esprit, une occupation frivole, peu digne du sérieux de la vie chrétienne. Ajoutez à cela que le paganisme avait pénétré de son souffle toutes les branches de l'art, l'éloquence comme le reste, que l'idolâtrie avait laissé son empreinte partout, et vous comprendrez sans la moindre peine cette espèce d'aversion pour les formes de l'art humain, dont nous trouverons dans TertuUien la plus haute expression. En général, les invectives de ce grand écrivain contre la philosophie et l'art antique ont été peu comprises, parce qu'on a voulu y voir l'esprit essentiel du christianisme au lieu d'une réaction inévitable contre un ensemble de choses que le paganisme avait imprégnées de ses vices. Ce qui prouve, en effet, que tout en détachant l'esprit du culte exclusif des formes matérielles, le christianisme est loin d'être hostile au développement de l'art, c'est qu'une fois le paga-

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nisme étouffé dans sa racine, l'art est venu couronner de luimême l'édifice construit par la vérité chrétienne.

Est-ce à dire pour cela, Messieurs, que sous le rapport littéraire, les premiers monuments de l'éloquence chrétienne qui font l'objet de nos études ne méritent pas une attention sérieuse ? Assurément non. La vérité toute simple et toute nue a bien son charme, lors même qu'elle n'emprunte aucun éclat aux artifices du langage. Aussi je n'hésite pas à dire que les écrits des Pères apostoliques, si peu connus et si dignes de l'être, sont la première ébauche des chefs-d'œuvre que nous admirerons dans la suite. Ainsi, la grande lettre du pape saint Clément aux Corinthiens est restée le modèle de cette littérature pastorale qui du siège de Rome a rayonné sur le monde depuis dix-huit siècles. L'Épître de saint Barnabe sur les rapports de l'Ancien avec le Nouveau Testament est un fragment de théologie spéculative qui a servi de point de départ à l'école d'Alexandrie pour l'interprétation allégorique de l'Écriture. Les deux lettres de saint Clément aux vierges ont frayé la voie aux traités sur la virginité, si nombreux dans l'éloquence sacrée. Parmi les œuvres qu'il nous reste à étudier, l'Épître à IJiognète tracera les premiers linéaments de l'apologie chrétienne en face du paganisme ; les Épîtres de saint Ignace poseront la base de 1 apologie catholique en face des hérésies; et le pasteur d'ilermas sera le premier essai d'un traité élémentaire de théologie morale. De sorte qu'on peut dire, sans crainte d'exagération, que toutes les formes essentielles de l'éloquence chrétienne sont dessinées à l'avance dans les écrits des Pères apostoliques. Abordons à présent le plus vaste sisBon le plus original de ces ouvrages, le Pasteur d Hermas.

Ce qui assure, en effet, au Pasteur d'Hermas une place à part dans la littérature des deux premiers siècles de l'Église, c'est la richesse du fond jointe à l'originaUté de la forme. Le seul aspect du livre suffit déjà pour en révéler le caractère. Il est divisé en trois parties : les Visions, es Préceptes et les Similitudes. A vrai dire, cette division n'est pas fort ancienne

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puisqu'elle ne se trouve pas dans les exemplaires manuscrits ; mais elle est justifiée par la diversité au moins apparente des matières. Composé en grec, l'ouvrage est arrivé jusqu'à nous dans une version latine qui remonte à une haute antiquité, puisqu'elle paraît avoir été répandue en Afrique dès l'époque de TertuUien. A côté de cette version peu élégante mais fidèle, dont on s'est servi jusqu'à nos jours, Albert Dressel, le dernier éditeur des Pères apostoliques, vient d'en publier une autre tirée d'un manuscrit de la bibliothèque du Vatican. Ces deux textes se complètent et se corrigent assez bien l'un par l'autre. Enfin, on avait pu se croire un moment rentré en possession du texte grec lui-même, que nous connaissons uniquement par quelques citations d'Origène, de Clément d'Alexandrie, d'Eusèbe et de saint Athanase. Mais l'illusion n'a pas été de longue durée. J'ignore, Messieurs, si vous avez eu connaissance de la gi-ande mystification dans laquelle le grec Simonidès entraîna, il y a deux ans, une bonne partie des savants de l'Allemagne. L'histoire du fameux palimpseste d'Uranios fabriqué par Simonidès avec une insigne mauvaise foi est trop connue pour avoir pu échapper à quelques-uns d'entre vous. On s'y laissa prendre à Berlin et à Leipzig avec une naïveté que les savantes dissertations du professeur Tischendorf eurent peine à détromper. La confusion fut grande, comme bien vous pouvez le penser, quand la fraude fut découverte ; et bon gré, mal gré, il fallut bien un peu rabattre de cette confiance excessive que la critique allemande met parfois dans ses propres forces. Or, à côté du précieux palimpseste d'Uranios qui, au lieu de quelques siècles, comptait peut-être une année d'existence, Simonidès annonçait en outre comme provenant du mont Athos le texte grec du Pasteur d'Hermas. Cette deuxième fraude eut le même succès que la première. Ce qui la rendait facile, c'est que le manuscrit du mont Athos existe en réalité. Seulement, Simonidès n'en avait apporté à Leipzig que trois feuillets ; le reste était une copie peu intelligente qu'il faisait passer pour l'original. On a beaucoup discuté en Allemagne sur la valeur

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(le ce manuscrit du monastère d'Athos. Le docteur Tiscliendorf, de Leipzig, me parait avoir établi par de solides raisons qu'il ne remonte pas au delà du xiv*^ siècle : bien loin de reproduire le texte grec primitif, il n'est lui-même qu'une traduction faite sur une version latine. Dans l'hypothèse contraire qu'ont défendue ALM. Anger et Dindorf, éditeurs du nouveau texte, on s'expliquerait difficilement cette foule de latinismes et de locutions inusitées à l'époque d'ilermas et particulières au moyen âge, qui prêtent au manuscrit d'Athos une physionomie plutôt latine que grecque. De sorte qu'en fm de compte, nous sommes ramenés à notre ancienne édition latine, comme au texte le plus sûr et le plus authentique du Pasteur d'tlermas.

Je tenais, Messieurs, à vous mettre au courant de ce petit incident bibliographique, pour vous montrer que la critique moderne reçoit de temps à autre des leçons d'humilité propres à la corriger, ce me semble, d'une certaine audace d'affirmation qui ne rentre que trop dans ses habitudes. Si maintenant nous entrons plus avant dans l'étude de ce remarquable document de l'Église primitive, la première question qui se présente à nous est celle-ci : Quel a été le jugement de l'antiquité chrétienne sur le Pasteur d'Hermas ?

Or, ce qui est hors de doute, c'est que ce hvre a joui dans les premiers siècles de l'Église d'une grande célébrité, jusqu'à être envisagé par plusieurs comme une Écriture inspirée. C'est l'opinion d'Origène, qui ne laisse pas de témoigner en plusieurs endroits de ses ouvrages qu'elle était loin d'être partagée par tous \ Clément d'Alexandrie n'est pas moins explicite sur l'inspiration divine du Pasteur -. Saint Irénée emploie, en le citant, la même locution que pour les livres canoniques : « Comme dit l'Ecriture ^\ » Avant d'être affilié cà

1. In Ep. ad Rom. xvi, 14; Hom. 8 in Num, lib.; Hom. i in Psalm , :J2 ; Comm. in Matlh., xxiv, 32; Hom. 3binLucam, xii, 58; De Princip., i\, I, 3, etc.

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