‹ Les Pères apostoliques et leur époqueChapitre 80 sur 143 · Adv. Hœres., ,y, 20, 2, xkXwç oOv slksv n yp<nfh · texte numérisé non relu

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la secte des montanistes, Tertullien se montre plein de vénération pour le Pasteur qu'il cite avec éloge dans son traité de la Prière. Après sa chute, l'impétueux écrivain se déchaîne avec fureur contre un livre qu'il accuse de favoriser l'adultère ^ Tandis que les ariens prétendent s'appuyer sur le Pasteur pour attaquer la divinité du Verbe, saint Athanase déclare ce livre de la plus grande utilité pour la défense du dogme catholique -. Eusèbe, saint Jérôme et Rufm n'en parlent pas avec moins de faveur ^. Si par contre le décret du pape Gélase le range parmi les livres apocryphes, rien n'autorise à penser que ce pontife ait voulu déclarer autre chose, si ce n'est qu'on ne doit pas le compter au nombre des Écritures canoniques. Nous pouvons donc conclure de tous ces témoignages que l'antiquité chrétienne tenait le Pasteur d'Hermas en haute vénération.

Cela posé, il est évident que l'origine de l'ouvrage a dû préoccuper les esprits. Là-dessus, il s'est formé dès les premiers temps deux opinions qui ont partagé la critique jusqu'à nos jours. Selon Origène, Eusèbe et saint Jérôme, l'auteur serait cet Hermas dont parle saint Paul dans l'Épître aux Romains ; et par suite le Pasteur aurait été composé dans le premier siècle de l'ère chrétienne. Ce sentiment avait généralement prévalu jusqu'à ce que Muratori eût découvert un fragment historique du if siècle qui attribue le li\Te à Hermas, frère du pape Pie I. Les annales des pontifes romains semblent confirmer cette assertion qui placerait la composition du Pasteur vers le milieu du ii^ siècle. Cette opinion a rencontré beaucoup de faveur chez plusieurs écrivains modernes, parmi lesquels il suffit de nommer Héfelé, Credner, Ritschl et Bunsen '•. Mais quand on l'examine de près, elle

l. De Orat.,xx; De Pudicit., x, xx, — 2. De Incarnat. Verbi, i, 35.

3. Eusèbe, Hist. ecdes., m, 3; v, 8 ; m, 25.— S. Jérôme, De Virisillustribus, tO. — Rufin. Com. insymbolum aposloL, c. 38. — 7. xvi, 14.

4. Iléfelé, Édit. des Hères apostol., proleg. — Credner, Histoiredu canondes Écritures, 90. - Ritschl, Oe V Église primitive, 297,— Bunsen. S- Ilippolyte et son temps, i. 428.

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paraît sujette à de grandes difficiillés. Si le Pasteur d'IIermas ne remontait pas au delà du if siècle, on ne s'expliquerait pas qu'il eût joui dans plusieurs Églises d'une autorité égale à celle des Écritures canoniques. Saint Irénée n'aurait certainement pas traité ^avec un tel respect un écrit com[)Osé de son temps. Si l'on ajoute à cette considération puissante par elle-même que l'auteur se dit contemporain de Clément, on est amené tout naturellement à placer la date de son ouvrage sous le pontificat de ce pape, vers la lin du pn^mier siècle. C'est le sentiment qu'ont embrassé Le Nourry, Gallandi, Lum per, Moehler et Jachmann * ; et jusqu'à preuve du contraire je n'hésite pas à m'y ranger.

Je vous retiens un peu longtemps, Messieurs, aux abords du Pasteur d'IIermas, parce qu'avant de pénétrer au cœur d'un ouvrage, il me paraît indispensable de savoir ce qu'en a pensé la tradition, non moins que d'être fixé d'une manière à peu près certaine sur son auteur et sur la date de sa composition. Voyons à présent ce qu'est en lui-même ce livre qui a si fort occupé l'attention des anciens et des modernes.

Le Pasteur d'IIermas est un traité de morale chrétienne sous forme de révélation ou d'apocalypse. Tel est son caractère. Par là, il se rattache au symbolisme prophétique qui trouve dans Ézéchiel et dans Daniel son expression la plus sensible, et à l'Apocalypse de saint Jean. Apocalyptique dans les Visions, purement didactique dans les Préceptes, l'enseignement d'Hermas est parabolique dans les Similitudes. Commençons par les Visions.

Je ne pense pas. Messieurs, que ce mot de vision puisse vous effrayer. Je n'ai pas à établir en ce moment la possibilité de la vision prophétique. Cette question se confond avec celle du miracle ou de la révélation en général, et se résout comme elle par la notion de la toute-puissance divine, llefuser à Dieu le droit ou le pouvoir de révéler aux hommes

1. Moehler, Patrol., i, 97; Jachmann, le Pasteur d'IIermas, Kœnigsberg, . isro. A-

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un ensemble de vérités quelconque sous telle forme et par tel mode qu'il lui plaît, c'est poser à sa puissance une limite qui la détruit. Toute la prophétie antique repose sur ce point dont la certitude est à l'abri de toute attaque sérieuse. Rousseau disait qu'il faudrait envoyer aux Petites-Maisons quiconque nierait la possibilité du miracle. Nous ne serions pas aussi sévères que lui : nous nous contenterions de l'envoyer à l'école du bon sens. Plus fréquente dans l'Ancien Testament qui n'était qu'une grande figure de l'avenir, la vision prophétique se restreint à peu près dans le Nouveau à l'Apocalypse de saint Jean, dont le symbolisme mystérieux offre un contraste assez vif avec le caractère simple et familier de l'Évangile. Mais l'homme est si enclin par nature à soulever le voile qui cache les choses invisibles, qu'il s'expose quelquefois à prendre pour un résultat de l'action divine le jeu naturel de son imagination. L'Apocalypse eut bientôt ses imitations ou ses contrefaçons comme l'Évangile et les Actes des apôtres. De là cette quantité d'écrits apocryphes dont nous n'avons plus que le titre, et qui ne laissèrent pas d'obtenir une certaine vogue sous le nom d'Apocalypses de saint Pierre, de saint Paul, de saint Thomas *. Je suis bien éloigné assurément de vouloir assimiler les Visions d'Hermas à ces productions émanées pour la plupart des hérétiques. L écrivain apostolique était-il réellement inspiré, ou bien, prenaitil pour des inspirations divines les conceptions naturelles de son esprit ? C'est ce que je n'oserais décider, faute de données certaines. D'ailleurs, cette question qui ne nous offre aucun élément de solution, se rattache à une autre question préjudicielle : llermas pré tendait -il faire passer son livre pour une écriture inspirée ; ou bien, n'employait-il cette forme apocalyptique que pour cacher le précepte sous le voile de l'allégorie et l'envelopper dans le mystère d'une vision? J'incline

1. Sozomène rapporte dans son Ilist. ecclés. vu, 19, qne l'Apocalypse de S. Pierre se lisait publiquement dans certaines églises. Celle de S. Paul était en usage parmi les gnostiques; le décret du pape Gélase range au nombre des apocryphes l'Apocalypse de S. Thomas.

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à penser que nous sommes en présence d'un traité didactique, d'une sorte de trilogie morale qui, sans se donner pour une révélation proprement dite, se développe sous la forme d'une apocalypse, dans une série de communications entre le ciel et la terre. Vous allez en juger vous-mêmes par le début assez romanesque d'ailleurs, et qui vous rappellera peut être la Divine Comédie de Dante.

Le père d'Hermas avait vendu à Rome une jeune esclave qu'Hermas revit quelques années après, et pour laquelle il conçut une vive inclination. 11 se disait en lui-môme: Que je serais heureux d'avoir une épouse douée de pareilles qualités ! Or cette pensée était coupable, puisque Hermas était marié, comme le prouve la suite-de l'ouvrage. Quelque temps après, l'esprit de Dieu le saisit pendant qu'il dormait et le transporta dans un lieu inaccessible qui menait à une vaste plaine. Là le ciel s'entr' ouvrit et la jeune femme, objet de ses désirs, lui apparut pour l'instruire et lui reprocher de la part du Seigneur la pensée coupable qu'avait formée son cœur. Tel est le début des Visions d'Hermas.

Voilà bien, si je ne me trompe, la Béatrice de Dante. Des deux côtés c'est la réalité qui s'élève à l'idéal, un attachement terrestre qui devient le point de départ d'une illumination céleste. Dans la Divine Comédie, celle qu'aimait Alighieri est ravie au ciel, d'où elle envoie Virgile pour conduire le poëte, jusqu'à ce qu'elle lui apparaisse elle-même au xxx^ chant du Purgatoire pour lui reprocher ses égarements. Tout le monde sait que dans cette vaste épopée du moyen âge, Béatrice, transfigurée par l'imagination du poëte, personnifie la théologie que Dante avait négligée pour se livrer aux sciences humaines. Dans Hermas l'allégorie prend un autre tour. La vision céleste figure la pureté que blesse le désir coupable. xMais, comme vous le voyez, l'analogie est assez frappante pour qu'elle nait pas dû nous échapper.

Cette apparition a troublé Hermas, qui craint pour son salut. Pendant qu'il reste ainsi plongé dans la tristesse, il voit paraître en face de lui un fauteuil en laine blanche comme la

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neige, sur lequel était assise une femme âgée revêtue d une robe éclatante et tenant en main un livre. Elle l'interroge sur le motif de son affliction et lui apprend que Dieu est irrité contre lui pour une deuxième cause, les désordres de ses enfants et son excessive indulgence dans l'administration de sa famille. Cn an après, la même vision s'offre à Hermas et il reçoit de nouveau l'ordre de réprimer les vices de ses enfants et les défauts de sa femme, qu'une intempérance de langue ne rend que trop fidèle aux habitudes de son sexe. Il doit étendre cet avertissement à. tous les fidèles en leur prêchant la pénitence : à cet effet, il fera deux exemplaires de son livre, l'un pour Clément qui l'enverra dans les villes étrangères, l'autre pour Grapta qui l'expliquera aux veuves et aux orphelins. Quant à lui, il devra l'interpréter à Rome même de concert avec les prêtres de l'Église. Il ne saurait être question en cet endroit que du pape saint Clément qui, en sa qualité de chef de l'Église, pouvait transmettre au loin sa doctrine, (jrapta était selon toute apparence, une diaconesse chargée du soin des veuves et des orphelins. Sur la fin de celle deuxième Vision, Hermas apprend que la femme âgée qui lui était apparue est l'Église elle-même.

Vous saisissez d'après cela l'enchaînement progressif de cette doctrine morale qui se produit sous la forme de visions ou d'allégories. Pureté intérieure, discipline domestique, réforme générale par la pénitence : tel est à peu près le thème développé par le Pasteur d'Hermas. Mais la troisième Vision va nous initier davantage à cet enseignement symbolique, qui nous paraît quelque peu étrange parce qu'il s'écarte de notre genre d'exposilion, mais qui rentre tout à fait dans les habitudes des premiers siècles. Ici, les monuments de l'art peuvent servir à nous expliquer ceux de l'éloquence. Vous savez quelle grande place occupe le symbolisme dans les productions primitives de l'art chrétien. C'est sous les emblèmes du poisson, de l'oiseau, du pêcheur, de la balance, de la palme, etc., que les vérités ou les faits de la révélation s'exprimaient d'une manière à la fois mystérieuse et sensible. Eh bien, ce mode

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d'enseignement se retrouve dans l'ouvrage que nous étudions, au point que la structure de l'Église, telle qu'elle s'offre à nous dans la troisième Vision d'IIermas, est reproduite dans les catacombes de Naples et dans une crypte du cimetière de Saint- Calixle à Rome, tant cette forme emblématique semblait naturelle dans la doctrine comme dans l'art. Je vais résumer brièvement cette troisième apparition.

Après qu'IIermas eut passé quelques jours dans le jeûne et dans la prière pour se rendre digne des révélations d'en haut, la femme âgée qui lui était déjà apparue, s'offrit à lui pour le conduire dans un lieu déterminé. Là, elle le prit par la main et, le plaçant à sa gauche, elle lui ordonna de lever les yeux. Or, voici ce qui se présenta aux regards d'IIermas. Une immense tour carrée s'élevait dans l'espace au-dessus des eaux : six jeunes hommes étaient occupés à l'édifier. Des milliers de personnes leur portaient des pierres, dont les unes sortaient de l'eau, les autres de la terre. Les premières étaient polies et s'adaptaient parfaitement l'une à l'autre, de telle sorte que la tour paraissait n'être que d'une seule pierre. Parmi les autres qu'on tirait du sein de la terre, celles ci étaient rejetées, celles-là adaptées à la construction. Outre les pierres qu'on jetait loin de la tour, il y en avait un grand nombre qui restaient étendues autour de l'édifice sans qu'on en fit usage : les unes rugueuses, les autres fendues, d'autres enfin rondes et blanches. Bref, aucune ne s'ajustait au bâtiment. Or parmi les pierres qu'on jetait loin de la tour, les premières roulaient du chemin dans un lieu désert, les deuxièmes tombaient dans le feu, quelques-unes près de l'eau, mais sans pouvoir y entrer. Enfin, sept femmes se tenaient près de la tour et semblaient la supporter. Quand cette vision se fut déroulée devant Ilermas, il reçut cette explication. La tour bàlie sur l'eau, c'est l'Église bâtie sur l'eau du baptême. Les anges de Dieu la construisent sous la figure des six jeunes hommes et de ceux qui apportent les matériaux. Les pierres blanches et carrées qui, sortant de l'eau, s'ajustent parfaitement les unes aux autres, figurent les apôtres, les évoques, les docteurs et les

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diacres qui ont rempli fidèlement leur ministère, ainsi que les martyrs qui ont souffert pour la cause de Dieu. Celles qu'on extrait du sein de la terre, ce sont les fidèles et les néophytes qui entrent pareillement dans la construction de l'édifice. Les pierres dont on ne peut se servir dans le moment et que pour cette raison on laisse près de la tour, signifient les pécheurs qui veulent faire pénitence. Celles au contraire qu'on rejette loin de la tour, ce sont les enfants d'iniquité qui ne se convertiront jamais. Les pierres rugueuses figurent ceux qui ont connu la vérité, mais ne lui sont pas restés fidèles ; les pierres fendues, ceux qui ne se plaisent que dans la division des cœurs ; les pierres blanches et rondes qui ne conviennent pas au bâtiment, les riches qui au jour de la tribulation renoncent à la foi pour sauver leurs biens. Hermas était de ce nombre, avant que des revers de fortune l'eussent rattaché à Dieu. Les pierres qui roulent sur le chemin et du chemin dans un désert, figurent les hommes que le doute emporte çà et là loin de la vérité ; celles qui roulent dans le feu, les hommes qu'embrase à jamais la flamme des passions ; celles qui tombent près de l'eau sans pouvoir y entrer, les hommes qui ont eu le désir du baptême, mais qui le diflèreront toujours, pour ne pas renoncer à leur vie criminelle. Les sept femmes qui entourent l'édifice et qui semblent le soutenir, c'est la foi, l'abstinence, la simplicité, l'innocence, la modestie, la discipline et la chanté. Quand la tour sera bâtie, les siècles auront achevé leur cours.

Telle est, Messieurs, cette vaste conception qui embrasse la cité de Dieu dans tous les détails de sa formation progressive. Je n'aurais pu vous donner une meilleure idée du Pasteur d'Hermas qu'en analysant cette Vision développée plus au long dans la neuvième Similitude. Là, douze montagnes de diverses figures, représentant les nations de la terre, environnent le rocher sur lequel la tour s'élève à plusieurs étages. La même idée s'y trouve reproduite sous une image semblable. On ne saurait nier, à coup sûr, que cette hardiesse d'imagination qui ne sacrifie en rien l'exactitude théologique, ne rappelle le.>

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-visions d'Kzéchiel el l'Apocalypse de saint Jean, la mystérieuse (lescriplion du temple de Jérusalem par l'un et celle de la Jérusalem céleste par l'autre. Ce sont, à proprement parler, les modèles ou du^moins les antécédents bibliques de l'apocalypse d'ilermas, comme nous le verrons tout à l'heure. Parmi les écrits apocryphes, c'est l'Ascension d'Isaïe, le livre d'Enoch et surtout le quatrième livre d'Esdras, qui offre le plus d'analogie avec cette remarquable composition du f^ siècle chrétien. Mais de plus, je ne crois pas forcer le rapprochement en constatant Tair de parenté qu'a le poème didactique d'Hermas avec la Divine Comédie de Dante. Des deux côtés, le symbolisme théologique présente de première vue le même •caractère d'étrangeté. Celte classification d'élus et de réprouvés qu'établit le Pasteur, ressemble fort à ces catégories de bienheureux et de damnés à travers lesquelles nous entraîne l'imagination du poëte florentin. De môme qu'Hermas peint les destinées de l'Église sous la figure d'une tour qui s'achève par degrés, Dante donnera à l'Enfer la forme d'un immense entonnoir aux cercles nombreux, au Purgatoire celle d'une montagne qui se rétrécit jusqu'au sommet, et au Paradis celle de sphères qui s'élèvent les unes au-dessus des autres, llermas personnifie les vertus chrétiennes sous les traits de sept femmes qui soutiennent l'Éghse figurée par la tour ; au xxL\« chant du Purgatoire, Dante représente les trois vertus théologales et les quatre vertus cardinales sous la forme de sept femmes qui entourent le char mystique symbole de rÉglise. Par là je n'entends pas assimiler entre elles des (euvres bien distinctes, ni ranger le Pasteur d'Hermas parmi les antécédents de la divine Comédie. Je cherche uniquement à vous faire remarquer la parenté lointaine du grand poëme catholique du xiu» siècle avec cette trilogie didactique du premier ; el sans nul doute leur caractère commun, c'est d'envelopper la théologie chrétienne sous le symbolisme d'une vision.

Les destinées de l'Église viennent de s'ofirir à Hermas sous la forme d'une tour dont la construction se poursuit jusqu'cà

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la fin des siècles. Resle à figurer dans une nouvelle Vision la lutte de l'Église avec le monde et les tribulations qui attendent les élus sur la terre. L'image sous laquelle apparaît ici la persécution, celle d'une bête monstrueuse, est très-ordinaire dans le symbolisme chrétien ; et le rapport d'analogie entre l'Apocalypse de saint Jean et le Pasteur d'Hermas est manifeste en cet endroit. Vingt jours après la précédente vision, Hermas marchait seul dans la voie Campanienne. S'étant écarté de dix stades du grand chemin, il priait le Seigneur de confirmer les révélations dont il avait était honoré. Tout à coup il entend une voix qui lui dit : t< Ne doutez pas, llermas ! « et au même instant, il voit se former devant lui un nuage de poussière soulevé par une béte grande comme une baleine. Le monstre avait près de cent pieds de long et sa tête était marquée de couleurs diverses. Saisi d'efi'roi, Hermas priait Dieu de le délivrer de ce formidable ennemi. Cette prière ranime sa confiance, et il marche droit à la bête qui, au lieu de lui faire aucun mal, se couche à terre pour le laisser passer. Alors l'Église se présente de nouveau à llermas sous la figure d'une vierge pour lui expliquer la vision. La bête représente les tentations et les épreuves de toute sorte qui affligent les élus. Ceux qui,àrexemple d'Hermas, gardent une foi inébranlable et placent en Dieu toute leur confiance, traversent les tribulations du siècle présent sans y trouver leur perte. Les quatre couleurs qui s'aUient sur la tête du monstre, ont chacune leur sens mystérieux. La couleur noire signifie le monde au milieu duquel restent les élus; la couleur de feu et de sang désigne les calamités qui enveloppent le siècle présent; la couleur d'or exprime les serviteurs do Dieu qui se purifient comme le métal se dépouille de ses scories; la couleur blanche figure le siècle futur où les élus paraîtront sans tache. Là se terminent les Visions d'Hermas.

Cette dernière partie nous permet de saisir les traits de ressemblance qu'ofi're le Pasteur d'Hermas avec l'Apocalypse de saint Jean et plus encore avec le quatrième livre d'Esdras. Si j'insiste sur ces rapprochements, c'est qu'ils peuvent seuls.

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nous faire connaîire le caractère de l'ouvrage, en indiquant à quel genre d'écrits il vient se raltacher. Jai dit, Messieurs, que le symbolisme chrétien, dans l'art comme dans l'éloquence, prenait sa source, d'une part dans les prophéties de l'Ancien Testament, de l'autre, dans TApocalypse de saint Jean. En effet, depuis les quatre Evangélistes figurés par les quatre animaux d'Ézéchiel jusqu'à Satan représenté par le dragon de l'Apocalypse, on citerait difficilement un emblème usité dans les premiers siècles qui ne remontât à l'une des origines que je viens d'indiquer. Ainsi, rien ne devint plus ordinaire dans le langage symbolique que de désigner une grande persécution sous la forme d'une bete monstrueuse. Daniel avait fait usage de cette figure dans les chapitres vu et VIII de sa prophétie. Saint Jean l'emploie d'une façon à peu près indentique dans les chapitres xii et xiii de l'Apocalypse. Nous venons de la retrouver également dans la quatrième Vision d'Hermas. Il est d'autres points encore sur lesquels ce parallélisme est facile à constater. Saint Jean reçoit l'ordre d'écrire dans un livre ce qu'il a vu et de l'adresser aux Eglises : une mission semblable est confiée à Hermas presque dans les mêmes termes. Saint Jean voit la nouvelle Jérusalem descendre du ciel parée comme une épouse pour son époux : l'Église apparaît à Hermas sous les traits d'une épouse revêtue de ses ornements et sortant de la chambre nuptiale. L'ange Abaddon de l'Apocalypse ressemble fort à l'ange Hégrin du Pasteur : tous deux déchaînent ou arrêtent les fléaux qui ravagent la terre \ Je ne poursuivrai pas cette comparaison qui explique comment d'éminents critiques, tels que Gotelier au xvii'^ siècle et le docteur Lûcke de nos jours, ont pu conclure à une imitation formelle de l'Apocalypse de saint Jean ^. Je me rangerais bien volontiers de leur côté, si lepoque à laquelle l'apôtre écrivit sa vision prophé-

i Apoc, I, II; Past , Vis. ii. — Apoc.y xii, 2; Past., Vis. w—Apoc, ix ii; Past., Vis. iv.

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